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mercredi, 08 mars 2006

Le tort d’être né

Les enfants du baby-boom, vous les connaissez, n’est-ce pas ? Ce sont ceux qu’on a appelé les « baby-boomers » et qu’on qualifie aujourd’hui de « papy-boomers ». Ceux à qui on reproche d’être nés, vous savez bien…

 

Ces gens qui ont eu le culot de vivre tout ou partie des « Trente glorieuses », le tort de ne pas connaître de guerre (on escamote l’Algérie pour appuyer l’idée reçue), le tort de faire mai-68 alors qu’ils étaient des enfants gâtés, le tort d’ouvrir la voie au féminisme, le tort d’être à gauche, le tort de céder à l’enfant-roi, le tort de polluer la planète, j’en passe.

 

À l’âge du service militaire, ils étaient trop nombreux dans les casernes, il a fallu exempter à tour de bras. On ne savait plus que faire d’eux. Il aurait fallu les nourrir durant un an. Sales baby-boomers. Et maintenant, ils ont le tort d’être trop nombreux à arriver à la retraite. S’ils pouvaient crever, ces enfants du baby-boom. Tout est de leur faute, bien sûr. Alors, en 2003, on a allongé la durée de leurs cotisations. De quarante ans dans le privé et trente-sept et demi dans la fonction publique, on est passé à quarante ans pour tout le monde en prévoyant l’échéance prochaine des quarante et un ans, celle des quarante-deux ans et en laissant entendre qu’on irait ainsi jusqu’à quarante-cinq annuités.

 

Ces sales enfants du baby-boom, on leur reproche tout et le reste, plus encore autre chose. Dans la fonction publique, on a déjà commencé à ne pas remplacer les départs à la retraite, aux motifs qu’il y aurait trop de fonctionnaires (dont, forcément, ces sales baby-boomers, forcément puisqu’ils sont partout) ; dans le même temps, on allonge la durée de cotisations. Moi , je trouve ça contradictoire, pas vous ? S’ils sont trop nombreux dans l’administration, ces horribles baby-boomers, qu’on les mette à la retraite anticipée. Non ? Moi, je suis preneur demain matin.

 


Mais ce n’est pas tout, les baby-boomers vont encore être responsables de faits démographiques puisqu’on prévoit d’ici quelques années un mouvement de population de l’ordre de dix pour cent au départ de la région parisienne vers la province. Ce n’est pas terminé. Dans Le Monde du 6 mars, Louis Chauvel, professeur à Sciences-Po, estime que « La France les a sacrifiés [les jeunes] depuis vingt ans pour conserver son modèle social, qui profite essentiellement aux baby-boomers ».  Et ce monsieur d’argumenter à propos du désarroi des jeunes que je comprends parfaitement et dont je m’émeus beaucoup, sur le principe habituel : « C’est la faute des baby-boomers ». Depuis vingt ans, ma situation sociale n’a cessé sinon de se dégrader, du moins de devenir de plus en plus difficile. Mais qu’importe, tout « profite essentiellement aux baby-boomers » ! Par ailleurs, ce monsieur feint d’oublier que ces sales baby-boomers n’ont pas tous le même niveau de vie… L’écrasement des classes moyennes, leur paupérisation en marche, cela ne l’effleure pas. Tout le mal vient des baby-boomers.

 

Lesquels commencent à en avoir par-dessus la tête de servir de boucs émissaires. Alors, qu’on me mette à la retraite anticipée, qu’on me propose de laisser mon poste à (par exemple) cinquante-cinq ans, je ne demande que ça. Je pars dans le Lot illico. Non, pour me punir d’être né, on me demande de travailler jusqu’à l’âge de soixante-deux ans, auquel j’aurai atteint mes quarante et une annuités, soit en décembre 2014. Bref, on ne veut plus de nous, mais on nous garde.

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mardi, 07 mars 2006

Les mémoires du taulier, 4

Sur l’ensemble des blogs que je lis régulièrement, j’ai pu constater une baisse singulière d’activité de la part du taulier. Évidemment, il y a quelques exceptions, mais la chose se vérifie. Il y a aussi baisse des commentaires, sans que je puisse savoir quelle chose entraîne l’autre. Nous sommes loin de la participation conséquente qui existait, il y a encore quelques mois.

 

Plus précisément, c’est depuis décembre dernier que j’ai ce sentiment, confirmé par les semaines qui passent. Certes, vous pourrez me citer des statistiques de fréquentation élevées, mais ce n’est pas de cela que je veux parler. J’évoque bel et bien, ici, l’activité du maître ou de la maîtresse de maison.

 

Je parle naturellement des blogs sérieux, de bonne tenue, qu’on en partage ou non les opinions, les points de vue, l’objet lui-même. Les autres ne m’intéressent pas. Je ne parle pas non plus des blogs dits « institutionnels », c’est-à-dire hébergés par des publications connues, les grands quotidiens par exemple. Je constate le même ralentissement sur des forums qui s’étaient signalés au contraire par leur mouvement.

 

Y a-t-il usure ? Je l’ignore.

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lundi, 06 mars 2006

Confusion garantie

Dans une vitrine de vêtements, j’observe une publicité pour un jean. Ne me demandez pas de quoi il s’agit, je n’en sais rigoureusement rien. Je suis l’anti-cible par excellence. Je ne vois pas les publicités et, lorsque, par exception, je les vois, je ne retiens jamais ce qui est paraît-il l’essentiel : la marque.

 

Bref, ce qui m’intrigue, m’attire, m’étonne dans cette vitrine, c’est ceci. La publicité tourne autour du thème des contes pour enfants. Les femmes montrées sur des cartons de toutes tailles, outre qu’elles ont cet air supérieurement idiot et ce regard désespérément vide qui n’appartiennent qu’aux mannequins, sont censées être insensibles aux contes et cela donne quelque chose comme : « Le jean lui va bien, le Prince charmant, elle s’en fout ». C’est très intéressant. J’en viens au fait : concernant Cendrillon, le slogan parle de la pantoufle de vair, comme il se doit. Ce n’est pas aux promeneurs de la rue Franklin que j’apprendrai ce qu’est le vair, ce petit-gris provenant d’un écureuil rare. Soit. Pour une fois, on n’a pas orthographié verre. Seulement voilà, la dame, sur le carton, tient à la main une chaussure de verre. Il y a, en vitrine, bien réelle celle-là, une petite chaussure de verre, d’ailleurs très mal réalisée et plutôt lourdingue.

 

Inévitablement, les enfants qui liront ces slogans et regarderont ces images penseront que le nom de ce matériau froid et fragile, dont on fait un usage quotidien, le verre, s’écrit vair. Forcément. Et cette confusion aussi vieille que le conte, qui, au début, paraissait évitée ici, se perpétuera.

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vendredi, 03 mars 2006

Solidarité

Il y a quelques années encore, existait cette chose que je trouvais délicieuse. On proposait aux guichets de poste – je parle de la poste, service public, pas de cette officine récemment transformée en banque – une fois par an, un ouvrage publié par La solidarité par le livre. Le volume était vendu à un prix vraiment très raisonnable, au profit des orphelins des PTT (par la suite, P & T) vivant au foyer de Cachan (Val-de-Marne). En prime, on avait droit au sourire de l’employé et à ses remerciements. Un jour, on a remplacé le livre par des séries de cartes postales.

 

Il s’agissait de romans, la plupart du temps vraiment très mauvais, rédigés par des auteurs « maison », souvent les mêmes : Émile Pagès, Henri Blanc… Mais la question n’est pas là. La solidarité (non, non, je ne suis pas grossier, il s’agit bien d’un mot appartenant à la langue française) existait et se manifestait à travers l’imprimé. C’est de cette chose fantastique que j’aime à me souvenir. Je crois en avoir déjà parlé mais où ? Dans un livre, dans l’ancien blog, ici même ? La sénilité me guette.

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mardi, 28 février 2006

Pétition

La page http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/index.php vous intéressera certainement.

14:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (6)

vendredi, 24 février 2006

Souvenirs de recherches documentaires

Le Magazine littéraire propose sur son site trente mille articles publiés depuis 1986. Le Monde en offre huit-cent quatre-vingt huit mille quatre-cent neuf, parus depuis 1987. Libération est plus en retard et n’a d’archives électroniques que depuis 1995. Le Parisien ne propose à l’écran que les trois dernières années. L’Humanité remonte à 1996. Je me suis cantonné à ces cinq journaux.

 

Avant 1986-1987, rien. Il s’agit des débuts de la micro-informatique domestique, de l’arrivée des premiers ordinateurs dans les maisons. C’était hier matin. Ce qui est étonnant, c’est que ni Le Monde, ni le Magazine littéraire ne proposent leurs archives antérieures.

 

Plus personne ne consulte donc les archives classiques : des articles découpés, référencés et classés dans des chemises ? Libération en donne la possibilité : un nom de responsable et des horaires auxquels joindre cette personne – mais il ne figure en ligne aucune indication de date.

 

Il y a quelques années, pour obtenir du Monde, alors sis rue des Italiens, ses archives sur tel sujet que je voulais traiter dans un livre, j’ai mis un mois : appel téléphonique, lettre de commande avec réglement, réception des articles avec facture, appel pour signaler des références non fournies, visite dans les locaux du journal… Sur le sujet qui m’intéressait, les dossiers du Monde remontaient jusqu’en 1961, pas davantage. Quelques années plus tard, tombant par hasard, en bibliothèque, sur un index des articles du journal, j’eus la surprise de voir qu’il existait d’autres articles et qu’on pouvait remonter jusqu’en 1949. J’ai obtenu ces documents en faisant tirer sur papier des archives microfilmées à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du centre Pompidou. C’était plus rapide. En moins d’une heure, c’était consulté, repéré, imprimé.

 

De longues années après, un journaliste traitant le même sujet me téléphona et me dit, en substance : « Je n’ai pas pu aller plus avant que l’année 1961. C’est curieux, Le Monde n’a rien de plus ancien ». Je lui dis que le journal ne possédait pas l’intégralité de ses propres archives. Il eut bien du mal à le croire : il travaillait lui-même au Monde. Il ne savait pas qu’il existe aussi un dépôt légal des journaux à la Bibliothèque Nationale. Je lui ai donné des photocopies des articles qu’il a pu citer.

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mercredi, 25 janvier 2006

De viris illustribus

D’un intéressant article du Monde du 25 janvier consacré au photographe Raymond Depardon, article qu’on peut lire ici, j’extrais cette conclusion qui me paraît piquante.

 

Raymond Depardon dénonce en revanche une tendance « détestable » de la photo politique des années 1980-1990, où des reporters, par surenchère dans le spectaculaire, ont montré l’homme politique de façon anecdotique ou ridicule. « Certains ont imaginé des mises en scène absurdes, incongrues, sans se soucier du sens, avec un vélo, une cuisine, un déguisement... » C’est aussi l’époque de l’arrivée en force du contrôle des images par des responsables de communication. « On est revenu, en pire, à la période de Gaulle. Les hommes politiques disent vouloir des photos libres, mais, à cause des enjeux, ils s’isolent. Sur le terrain, je ne vois plus de différence visuelle entre la gauche et la droite. Je ne vois que des différences de génération. Je l’aime beaucoup, cette nouvelle génération, mais les photos ne sont pas bonnes. Ces hommes et femmes qui sont remarquables quand ils avancent dans l’espace urbain ou un chemin de campagne sont transformés en "corps-troncs" phagocytés par la télévision. »

 

Le but n’est pas de parler de l’exposition Depardon qui a lieu en ce moment – encore une fois, pas de journalisme ici – mais de réfléchir aux nouvelles images, qu’on nous donne à voir, des hommes politiques.

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Richard contre TF1

Un coup de gueule de Richard contre la télévision-poubelle est à lire sur son blog.

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jeudi, 05 janvier 2006

Internet au travail

À tous ceux qui consultent internet au bureau (mais si, mais si, ça existe, voyons…) ou, d’une manière générale, sur leur lieu de travail, je rappelle que « sauf risque ou événement particulier, l’employeur ne peut ouvrir les fichiers identifiés par le salarié comme personnels contenus sur le disque dur de l’ordinateur mis à sa disposition qu’en présence de ce dernier ou celui-ci dûment appelé » (Cour de casssation, 17 mai 2005, n° 03-40017).

 

La Cour de cassation avait déjà estimé que « le salarié a droit, même au temps et au lieu de travail, au respect de l’intimité de sa vie privée ; que celle-ci implique en particulier le secret des correspondances ; que l’employeur ne peut dès lors sans violation de cette liberté fondamentale prendre connaissance des messages personnels émis par le salarié ou reçus par lui grâce à un outil informatique mis à sa disposition pour son travail et ceci même au cas où l’employeur aurait interdit une utilisation non professionnelle de l’ordinateur » (Soc, 2 octobre 2001, société Nikon-France SA contre M. Onof).

 

Cela étant, n’abusez pas. Le détournement de matériel informatique, à des fins personnelles, par un salarié à qui ce matériel a été confié peut être qualifié… d’abus de confiance. Une promenade rue Franklin vaut-elle un tel risque ? Si vous dites au juge : « C’était pour Layani », peut-être comprendra-t-il ? Vous pouvez toujours essayer.

07:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)

mercredi, 21 décembre 2005

À vos souhaits

À Paris où l’on est aimable – chacun le sait depuis (au moins) Villon, « il n’est bon bec que de Paris » – on souhaite les meilleures choses à son prochain. C’est, tout au long du jour, un festival de « Bon courage », « Bonne chance », « Bonne journée », « Bon après-midi », « Bonne soirée », « Bon week end », « Bon retour ».

 

Quand l’Éducation nationale me nomma en banlieue parisienne, il y a mille ans au moins, je fus frappé, installant mes pénates, de la quantité de « Bon courage » que se disaient les gens autour de moi. Diable, la vie était-elle donc si difficile en ces lieux, la moindre tâche paraissait-elle si insurmontable à qui devait l’accomplir qu’elle nécessitât de si conséquents encouragements ? Je compris rapidement que le souhait n’avait aucune réalité, relevant la plupart du temps du tic de langage, à tout le moins de la considération routinière.

 

Ce qui continue de m’étonner, c’est le nombre de fois où l’on s’entend dire « Bonne journée ». Peut-être le souhait en question est-il formulé si machinalement qu’on se demande si son auteur prête seulement attention à ce qu’il dit. Par ailleurs, l’accélération grotesque de la vie urbaine conduit à des excès dont on ne relève même pas le ridicule. L’an dernier je crois, j’ai cru mourir d’un grand rire intérieur en entendant préciser : « Bonne fin de journée »… à neuf heures du matin.

 

Le comble est atteint depuis quelques années. La manie technocratique qui consiste à découper la journée en fractions de fractions – manie singulièrement colportée par les malfaiteurs langagiers qui sévissent dans l’audiovisuel : première partie de soirée (en français : prime time), deuxième partie de soirée – s’est répandue partout. J’ai entendu dire : « On verra ça en deuxième partie d’après-midi » sans savoir précisément ce que cela pouvait bien signifier. En fait, c’était après seize heures. S’agissait-il d’une survivance de l’heure, inscrite en notre tréfonds, du goûter ?

 

Dans le même ordre d’idées, on commence maintenant à se souhaiter un bon week end le vendredi matin. Ce n’est pas grave : personne n’y croit.

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samedi, 10 décembre 2005

La cour d’appel de Paris bloque la vente de manuscrits d’Emil Cioran, par Clarisse Fabre

Je propose un article paru dans Le Monde du 4 décembre 2005. Il me paraît présenter un point de droit fort intéressant, en même temps qu’une énigme.

 

La vente aux enchères des trente-sept cahiers manuscrits du philosophe Emil Cioran, mort en 1995, n’a pas eu lieu. Prévue vendredi 2 décembre, à 14 heures, à l’Hôtel Drouot, la vente a été suspendue in extremis par une ordonnance de la 14e chambre, section B, de la cour d’appel de Paris, rendue vendredi, à 12 h 30 précises.

 

C’était une « affaire exceptionnelle » pour le commissaire-priseur qui a organisé l’opération, Me Vincent Wapler : les manuscrits en question comprennent cinq versions successives de l’un des ouvrages majeurs de Cioran, De l’inconvénient d’être né (1973) ; des cahiers de notes préparatoires à d’autres livres, Écartèlement (1979) et Aveux et anathèmes (1987) ; enfin, dix-huit cahiers inédits contenant des souvenirs et réflexions de Cioran, de 1972 à 1980 : son obsession de la mort, sa souffrance au quotidien... Ce sont de simples cahiers à spirales « Joseph Gibert », jaunis par le temps. « Kandinsky soutenait que le jaune est la couleur de la vie. C’est bien possible et, dans ce cas, on comprend mieux pourquoi cette couleur fait si mal aux yeux », lit-on sur l’un d’eux.

 

Le plus déroutant, dans cette affaire, est la façon dont ces manuscrits ont été découverts. Il faut revenir dix ans en arrière : quelques semaines avant la mort de Cioran, sa compagne, Simone Boué, dévoilait, dans une lettre datée du 25 février 1995, son « intention » de faire don à la bibliothèque littéraire Jacques-Doucet de « tous les manuscrits de Cioran en français comme en roumain ayant fait l’objet d’une édition ou inédits ». Le courrier était adressé à la chancellerie des universités, établissement public sous la tutelle du ministère de l’éducation nationale, qui gère la bibliothèque Jacques-Doucet.

 

Une « fouille » de trois jours

 

Cioran meurt en juin 1995 et, le 14 décembre 1995, la chancellerie accuse réception d’une « exceptionnelle donation » réalisée par Mme Boué. Celle-ci meurt en septembre 1997. Le 24 octobre 1997 a lieu l’inventaire notarié de l’appartement qu’occupait le couple, rue de l’Odéon, à Paris. Suit une nouvelle fouille de trois jours réalisée par le directeur de la bibliothèque Jacques-Doucet et « ami » des Cioran, Yves Peyré. Aucun manuscrit n’est mentionné à l’inventaire. En février 1998, le frère de Mme Boué, légataire universel, charge Simone Baulez, brocanteuse, de « débarrasser complètement » l’appartement des « meubles et objets » qui s’y trouvent encore. La dame ne sait alors pas qui est Cioran, dit-elle.

 

Elle récupère, entre autres, un buste en plâtre du philosophe, non signé, son bureau, etc. Elle met de côté une cruche en faïence où il est écrit « Cioran et Simone ». Il y a, surtout, « ces cahiers à spirales éparpillés au sol, dont certains ont les pages arrachées ». « J’ai dû en jeter certains... », avoue-t-elle aujourd’hui. Mais pas tous : elle fait le tri et stocke les meubles d’un côté, les manuscrits de l’autre. « Mon gendre a vu la cruche : tiens, Cioran, c’est un écrivain. Il faut peut-être garder les affaires..., m’a-t-il dit », raconte la brocanteuse. Elle connaît Me Wapler pour avoir effectué dans le passé d’autres successions prestigieuses. « Au printemps 2005, Me Wapler m’annonce qu’il va vendre des écrits de Céline. Je lui réponds : j’ai des manuscrits de Cioran. »

 

Les documents sont aussitôt authentifiés, et leur valeur estimée à environ 150 000 euros ; la vente aux enchères est annoncée dans la Gazette de l’Hôtel Drouot, datée du 11 novembre. Alertée, la chancellerie des universités demande, en référé, l’interdiction de la vente, au motif que Mme Boué a fait une donation de l’oeuvre de Cioran à la bibliothèque Jacques-Doucet, en 1995, et que les trente-sept manuscrits relèvent de son « domaine public mobilier ».

 

Le 30 novembre, le tribunal de grande instance déboute la chancellerie des universités en estimant qu’elle n’a « aucun droit » sur les documents, comme l’a plaidé l’avocat de la brocanteuse, Me Roland Rappaport. Coup de théâtre, le 2 décembre : les juges de référé de la cour d’appel ordonnent, au contraire, le retrait de la vente aux enchères des manuscrits litigieux en vue de prévenir un « dommage imminent », et leur mise sous séquestre. La chancellerie des universités a deux mois pour saisir les juges du fond, faute de quoi l’ordonnance de la cour d’appel sera caduque. Mais il n’est pas exclu que l’affaire soit réglée à l’amiable.

 

Reste une question : comment le directeur de la bibliothèque Jacques-Doucet, qui a fouillé de fond en comble le deux-pièces de Cioran, a-t-il pu laisser passer les manuscrits ? « Ils n’y étaient pas ! Trente-sept manuscrits, ça ne se rate pas ! », a déclaré au Monde M. Peyré. La partie adverse rit sous cape, et maintient sa version : « Si la brocanteuse n’avait pas fait son travail, les manuscrits de Cioran auraient fini à la poubelle », grince son avocat.

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mardi, 06 décembre 2005

À classer

Durant trois ans, de 2001 à 2004, j’ai classé les archives de l’ancienne université de Paris, celle que 1968 fit exploser et que la loi Edgar-Faure de novembre 1968 transforma en treize universités pluri-disciplinaires. Ces documents remontaient au XIXe siècle et le classement a demandé quelques vingt années, je crois. Je me suis également occupé des archives de l’ancienne école normale supérieure de jeunes filles de Fontenay-aux-Roses, devenue par la suite Fontenay-Saint-Cloud puis ayant émigré à Lyon. J’ai encore trié quelques fonds divers et j’ajoute que j’ai, durant ces trois années, contracté une solide allergie à la poussière de stockage, ce qui, pour un amoureux du (vieux) papier, est cruel. Tout cela se passait au rectorat de Paris, dans les locaux de la Sorbonne. C’était un local de pré-archivage, les cartons, avec leurs répertoires, étant ensuite versés aux archives nationales, plus précisément au centre des archives contemporaines (CAC) de Fontainebleau. Les chercheurs en histoire de l’éducation disposent ainsi de fonds considérables dont l’intérêt est triple : historique, pédagogique et administratif.

 

Cela représente des millions de feuilles de papier, quelques dossiers passionnants, d’autres moins intéressants. Cela représente surtout, et c’est pour cela que j’en parle ici, un usage (en même temps qu’une utilisation) de l’écrit qui laisse rêveur. En effet, une large part de ces documents n’existerait plus aujourd’hui, l’usage du téléphone et, par la suite, d’internet ayant réduit considérablement la production d’écrits. Au moins sur ce plan : tout ce qui se règle par téléphone, par exemple, ne laisse plus de traces ; plus de lettres demandant un rendez-vous, de réponses l’accordant, plus de correspondance du type : « Pense à prendre ton parapluie car il pourrait pleuvoir » (j’exagère à dessein). Tout ce qui se traite par courrier électronique ne figurera plus désormais dans les archives, sauf à imprimer le moindre message, ce qui n’aurait pas de sens.

 

Les dossiers d’aujourd’hui, archives de demain, seront plus légers mais je me demande ce que trouveront les chercheurs. Il ne seront plus encombrés de lettres sans intérêt autre que leur charme désuet, mais ils auront devant eux des dossiers pratiquement vides. De plus en plus de choses se traitent numériquement et ne sont pas toujours conservées dans des disquettes ou dans des CD. Il y a toujours, dans l’administration de l’Éducation nationale, beaucoup de papier, certes, mais tout de même moins qu’autrefois, vraiment beaucoup moins. Surtout – est-ce une habitude, contractée, de l’éphémère ? – on ne le conserve plus systématiquement, comme on le faisait. Il ne viendrait plus à l’idée de personne, à présent, d’archiver pour l’éternité, notre dérisoire éternité, un dos d’enveloppe sur lequel on peut lire : « À classer ».

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mardi, 29 novembre 2005

Une opinion de Pierre Magnan

Je relaie une note de l’écrivain Pierre Magnan, publiée sur son site (http://www.lemda.com.fr/) dans la « Rubrique de l'indigné permanent ». C'est une belle leçon de liberté émanant d’un homme né en 1922.

 

Il est grand dommage que le dernier numéro des dossiers du Canard enchaîné intitulé « Comment les hypers gagnent » paru au début octobre 2005, ne soit pas lu par les soixante millions de consommateurs car ils y apprendraient des choses succulentes. Entre autres et par exemple, la technique du « remballe » qui consiste à changer les emballages des produits en fin de course pour les remettre en vente après avoir modifié la DLC (date limite de consommation). Ceci est légitime aux yeux de certains commerçants avisés mais ce qui l’est moins c’est que le « remballe » n’est pas un délit en soi. Aucune réglementation nous dit le Canard n’impose de norme stricte au commerçant pour établir le délai de consommation de la viande.

 

D’autres coups fourrés tout aussi défrisants (et tout aussi dragueurs de gastro-entérites qui drainent les patients vers la sécurité sociale en déficit) sont dénoncés au cas par cas dans cet album qui ne manque pas de nous faire rire jaune.

 

Néanmoins le Canard attaque les supers et les hypers, ce qui est louable mais il omet de dénoncer l’illettrisme dans ce domaine, du consommateur de base. Il n’y a pas d’alphabétisation contre les nouveaux morticoles, ceux que J.-J.Gauthier appelait naguère « les assassins d’eau douce ».

 

On apprend depuis longtemps aux ménagères à balancer leur sac à main bien lesté sur les loubards qui en veulent à leur portefeuille mais pas à aller entarter le directeur de supermarché ce qui rendrait la profession beaucoup moins glorieuse ! Même si c’est sur ordre verbal de ces patrons qu’il vient de leur refiler un sachet de surgelés dont la chaîne du froid a subi trois ou quatre ruptures avant d’arriver au consommateur.

 

Comment faire ? Par les horaires de tous savamment calculés pour, en toutes choses, laisser le moins de temps possible à la maturation du discernement, laquelle a besoin de temps ; l’assommoir des sonos tonitruantes qui abrutissent et désorientent, tout est fait pour nous pousser pieds et poings liés vers les caisses enregistreuses avec des caddys surpondérés (comme dit la Bourse) par des packs qui vous obligent à prendre quatre articles à la fois alors qu’un seul suffirait ; par des emballages aux couleurs attrayantes mais vides au tiers parce qu’un emballage volumineux (c’est calculé par ordinateur) est plus tentant qu’un minable petit kilo strictement serré par un carton dans ses limites naturelles. (Nos poubelles pléthoriques sont pleines d’un vide qu’on néglige de compresser !)

 

Comment faire ? Comme toujours ce combat sera une longue patience. Il faut créer dans les écoles un espace de temps pour enseigner dès le plus jeune âge à résister à la publicité sous toutes ses formes ; enseigner le mécanisme par lequel on conditionne le consommateur à acheter deux fois plus que ce dont il a besoin. Il faut enseigner à l’école avec obstination qu’égaler son prochain en étalant comme lui la même paire de chaussures, le même blouson, la même casquette, le même cartable, les mêmes rollers perfectionnés et peints en jaune, n’est pas une originalité mais une imitation servile.

 

Je suis bien tranquille : une petite minorité seule se dégagera pour profiter de cet enseignement mais ceux-là seuls seront demain maîtres de leur destinée, les autres seront des esclaves. C’est ainsi que je me suis enseigné et renseigné dès mon plus jeune âge. S’il suffisait que ces lignes soient captées et entendues par un seul individu, ce serait déjà une victoire insigne.

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jeudi, 24 novembre 2005

L’Unicef tire la sonnette d’alarme sur l’excision

Je reproduis une dépêche de l’AFP, en date du 24 novembre 2005.

 

L’excision est un phénomène dont l’ampleur avait été jusqu’à présent sous-estimée et qui est en voie de globalisation, selon un rapport publié jeudi par l’Unicef.

 

« L’excision touche beaucoup plus de femmes qu’on ne l’a estimé auparavant », indique l’agence de l’Onu pour l’enfance, dans une étude sans précédent sur les pratiques de mutilations génitales féminines (MGF). Environ trois millions de femmes sont victimes de l’excision chaque année rien que sur le continent africain, selon l’organisation. Cent à cent quarante millions de femmes à travers le monde auraient subi, à divers degrés, une mutilation sexuelle, selon des estimations publiées par le rapport. Sa pratique, qui est étroitement liée à l’appartenance ethnique, semble être en déclin dans certains pays (Bénin, Bukina Faso, Nigeria, Yémen), mais reste stable dans d’autres (Côte d’Ivoire, Égypte, Niger, Soudan). Selon les pays et les traditions locales, les MGF incluent des pratiques qui vont d’une coupure au clitoris jusqu’à l’ablation totale des parties génitales externes et la suture de la vulve. « Cette pratique constitue une violation du droit des filles et des femmes à l’intégrité physique, porte atteinte à leur liberté et constitue une forme extrême de violence et de discrimination », selon l’Unicef. L’excision est interdite par les législations nationales de nombreux pays africains et du Moyen-Orient et est condamnée par la Convention internationale sur les droits de l’enfant, rappelle le rapport. Elle n’est prescrite par aucune religion, même si des justifications religieuses sont souvent avancées par ceux qui la pratiquent. Parmi les tendances relevées dans le rapport   fruit de deux ans de recherches par des agences onusiennes et des ONG locales l’Unicef note la globalisation du phénomène. L’excision ne se limite plus au seul continent africain mais est également pratiquée au Moyen-Orient et dans les communautés immigrées en Occident (Europe occidentale, États-Unis, Australie, Nouvelle Zélande). Mettre un terme au développement de ce phénomène s’avère une tâche difficile, selon le rapport. « L’excision est une convention sociale profondément ancrée » dans certaines sociétés, estime le rapport, soulignant que les familles qui ne s’y plient pas risquent souvent d’être stigmatisées. L’Unicef en appelle à une campagne accrue au niveau des pouvoirs publics, des systèmes éducatifs et des médias, afin de créer un lien entre les solides garanties légales qui existent sur la question et les communautés concernées.

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mercredi, 23 novembre 2005

Loger les blousons

Un des ridicules de la République est le vote de lois qui ne sont jamais respectées. Celle qui impose aux communes vingt pour cent de logements sociaux en est une remarquable illustration.

 

La semaine dernière, Le Parisien, avec le sens de la retape qui le caractérise, titrait en une et en gras sur les communes hors-la-loi. De fait, un certain nombre de maires ne veulent pas entendre parler du logement social : ils évoquent le coût du mètre carré dans leur ville, le manque d’espace, tout ce qu’on voudra. La seconde opposition au logement social vient de leurs administrés qui, eux-mêmes, n’en veulent pas, au motif que leur commune doit maintenir son standing : j’ai lu les propos d’une commerçante qui, sans rire aucunement, déclarait que le logement social, cela signifiait qu’on verrait dans les rues des gens en blouson. Mais si, mais si. Ne riez pas.

 

Comme toute loi, celle-ci prévoit des amendes pour les contrevenants. Dans ce cas précis toutefois, les maires et leurs administrés préfèrent – et le disent – les amendes à la construction de HLM. Les citoyens de ces communes se déclarent prêts à accepter une augmentation des impôts locaux (conséquence inévitable des pénalisations). Tout plutôt que d’accueillir des personnes à revenus modestes. Sans parler, bien entendu, du racisme évidemment tu, mais qui irrigue ces propos.

 

Jacques Chirac vient d’exiger l’application de la loi. Il demande aux préfets de faire le recensement des villes contrevenantes avant la fin de l’année et de les pénaliser. On veut croire que cela se fera...

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lundi, 14 novembre 2005

Contrôle

L’ami Feuilly me signale un article du Monde diplomatique, intitulé « Contrôler Internet ».

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/11/RAMONET/12901

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mercredi, 09 novembre 2005

La colère

Depuis plusieurs jours, je retarde la rédaction d’une note sur les événements actuels, afin de raison garder et de tenter d’écrire quelque chose de juste, à tout le moins de réfléchi. Je vais essayer de dire point par point ce que j’en pense, car ce qui s’écrit ici et là dans la blogosphère de droite et d’extrême-droite me fait dresser les cheveux sur la tête. Je ne prétends pas détenir la vérité, moins encore de solution. Ce qui se passe me terrifie et me remplit d’angoisse et d’horreur. Et pourtant, c’est notre devoir d’hommes libres et raisonnables de réfléchir.

 

La terminologie. Quoiqu’on puisse en dire et en écrire, il ne s’agit évidemment pas de casseurs. Il y a en ce moment des émeutes pures et simples. Une émeute, toute l’histoire le prouve, a toujours un fondement social et politique au sens large. Ce que ces émeutiers nous crient, c’est le refus et le désespoir. Ils le crient à leur manière, que je ne cautionne pas.

 

L’état d’urgence. Bien qu’on parle de couvre-feu presqu’uniquement, il s’agit de la loi de 1955 sur l’état d’urgence. Cette loi a été votée lors de ce que l’on n’appelait pas encore la guerre d’Algérie. Elle instaure entre autres le couvre-feu. C’est une loi qui est entrée en vigueur lorsque j’avais trois ans et que j’ai personnellement déjà connue, à Alger. Les choses de l’enfance sont ancrées si profondément en nous, vous le savez bien, qu’elles nous paraissent être la nature elle-même. Oserai-je l’écrire, le couvre-feu, pour moi, c’est (presque) naturel. Cela s’appelle un traumatisme, je crois. Tout cela pour dire que je ne suis pas particulièrement apeuré par cette loi et que je me demande cependant : l’état d’urgence est-il la bonne réponse ? Je ne le pense pas. Je ne vois pas ce que l’on pourra légalement faire si les émeutes continuent malgré le couvre-feu. Gronder les émeutiers : « Vous êtes dans l’illégalité » ? Ils le sont déjà, ce me semble.

 

L’assimilation à l’Islam. Il est trop facile d’assimiler des gamins désespérés (que je ne cautionne ni n’excuse, le dirai-je jamais assez), sans revendication autre qu’un désespoir hurlé d’une certaine manière, sans mot d’ordre et sans coordination, aux islamistes. Gardons-nous de cela. Il paraîtrait que des « Allah akbar » ont été criés. D’abord, nous n’y étions pas, et puis qu’est-ce que cela prouverait ? On peut vraiment crier n’importe quoi, sans parler de provocateurs très possibles…

 

L’attitude de la police. Je ne peux pas m’empêcher de penser que les CRS, il y a deux ans, étaient capables de courir après les manifestants au moment de l’affaire des retraites, y compris dans le hall de l’Opéra, pour taper à trois sur une femme à terre. Ils sont moins flambants aujourd’hui, semble-t-il. Au-delà de ce mauvais esprit, je remarque qu’on n’utilise pas les moyens qui, d’habitude, sont mis en œuvre contre de simples manifestants, du genre canon à eau. Quand, après 1968, le sieur Marcellin, ministre de l’Intérieur persuadé qu’il y avait un complot contre la France, interdisait les manifestations que nous faisions quand même, on usait parfois du canon à eau. Il est impossible de ne pas battre en retraite devant ça, sans parler du fait que l’eau calme les ardeurs guerrières, surtout à haute pression. Sans faire de victimes. Et puisqu’on évoque l’Algérie à propos de la loi de 1955, je m’étonne d’une chose. La presse nous dit qu’il est difficile de prouver l’implication des personnes arrêtées dans les incendies et les bagarres. En Algérie, justement, il y avait un système : le bleu de méthylène ou le mercurochrome dont on aspergeait les manifestants. Sinon indélébile, du moins fort long à disparaître. Ça vaut bien les traces d’essence sur les vêtements… Je dis cela très tristement, qu’on n’aille pas imaginer que je suis favorable au marquage. Je désire seulement montrer l’absurdité de ce qui nous est raconté. Ce qui m’amène tout droit au

 

Rôle des journalistes. En 1972, Le Pen totalisait 0, 4 % des voix. Trente ans plus tard, il était présent au second tour de l’élection présidentielle. Il a été fabriqué par le retentissement médiatique (je note d’ailleurs qu’il ferme obstinément sa gueule depuis le début des nuits folles). Ici aussi, je tiens que la « contagion » a été le fait de la presse et, surtout, de la télévision. On a interviewé des gamins (en changeant les noms) dans la presse écrite, on a vu l’un d’entre eux au journal télévisé. Il ne faudra pas s’étonner. Quant aux images d’incendies et de bagarres nocturnes sur fond de hauts immeubles, elles sont absolument interchangeables et je suis sûr qu’on pourrait – je ne dis pas que cela a été fait – présenter telle nuit à tel endroit pour telle autre nuit à tel autre endroit, le lendemain. Je n’ai aucune confiance en l’information qui nous est donnée.

 

Sarkozy. Ce monsieur qui n’a pas toute mon estime (litote) a certainement commis des erreurs dans la façon dont il s’est exprimé tous ces derniers temps. Ce n’est pas une raison pour le tenir pour seul responsable d’accumulations de bêtises effectuées depuis trente ans par tous les gouvernements du moment. Cela dit, il est visible qu’on le laisse actuellement en première ligne, afin de le perdre politiquement. Si, politiquement toujours, il disparaissait à la suite de cette histoire horrible, ce serait parfait. Mais cela ne réglerait absolument rien. Et j’en viens à me demander – peut-être suis-je un peu parano, mais j’en ai vu d’autres – si tout cela n’a pas été délibérément orchestré pour lui coûter sa carrière politique. Encore une fois, je ne souffrirais nullement de sa disparition de la scène publique, mais une manipulation de ce genre révèlerait un cynisme criminel. Je ne nomme personne, mais mon regard (air connu)…

 

Les morts. Oui, il y a eu des morts et j’espère de tout cœur qu’il n’y en aura pas d’autres. Il faudrait cependant – je rappelle que nous vivons dans un État de droit – ne pas confondre des personnes détruisant des biens ou des édifices publics avec les quelques uns qui, en un instant, sont devenus des meurtriers et qu’il faudra donc juger comme tels. L’opinion publique aujourd’hui mélange tout cela. Encore pourrons-nous nous estimer heureux si les pillages et les viols ne suivent pas. En temps d’émeutes, c’est chose courante.

 

Ces événements me bouleversent et c’est ce bouleversement même qui a causé mon silence de plusieurs jours sur ce point. Je rappelle que ma fille, professeur à Bobigny, a dans ses classes ces enfants-là, ou leurs frères, leurs cousins, leurs amis. C’est dire si je m’inquiète, à titre personnel aussi, de ce qui se passe. Fanny, sans doute, interviendra dans ce débat.

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samedi, 05 novembre 2005

Gary parle

« Vivre entouré de chefs-d’œuvre, c’est s’accrocher d’une manière pathétique à l’immortalité. Chaque fois que je vais dans un musée et que je jette un coup d’œil à l’immortel, j’ai l’impression que la mort se marre. J’ai essayé de l’exprimer à travers le personnage de señor Galba dans Clair de femme, pour qui la Mort est un personnage toujours présent, presque visible. Malraux a passé sa vie à parler de l’immortel et de l’intemporel, mais au fond, il n’aimait vraiment que ses chats... On s’est toujours étonné de mon amour excessif pour les chiens : ils ont ceci de commun avec nous qu’ils ne savent pas ce qui leur arrive. Nous, on répond à cette ignorance par des chefs-d’œuvre et eux, en remuant la queue... Lorsque je vois un chien qui remue la queue à ma vue, je sens beaucoup mieux pourquoi je suis là que lorsque je vois la Joconde... »

 

Romain Gary ou le nouveau romantisme, entretien avec Jérôme Le Thor, dossier ajouté à Clair de femme, Cercle du nouveau livre, Taillandier, mai 1977.

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mercredi, 02 novembre 2005

Grossièreté

« La grossièreté ne connaît ni frontières ni barrières nationales, ni classes ni races ; peut-être est-elle la seule incarnation vraie et complète de la fraternité de nos jours. Avec l’activité sexuelle et la faim, elle est la caractéristique la plus générale de l’espèce et le véritable lien entre tous les peuples du monde. Il suffit de voir les gosses dans les rues de Varsovie ou de New York, tout droit sortis de Graine de violence, d’observer comment les Français et les Italiens qu’on dit courtois au volant vous crachent leur haine ou de participer en tant que membres de l’opposition à quelque rassemblement politique pour mesurer que, sur le plan de la brutalité des manières, toutes les nations et tous les peuples, quels que soient leur credo religieux ou la couleur de leur peau, ont enfin acquis une unité, une liberté, une égalité et une fraternité, prouvant que l’humanité n’a pas rêvé en vain. »

 

Romain Gary, extrait de « The triumph of rudeness », Holiday, n° 30, juillet 1961 (traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat).

 

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jeudi, 20 octobre 2005

Chronique des jours lassés

Que penser de la Fnac-Italie où un ouvrage sur le célèbre jardinier-grainetier Truffaut est classé au rayon cinéma, et ce depuis plus d’un an ? Il n’est pourtant nulle confusion possible au lu du texte de quatrième de couverture, mais qui parle de lire ?

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mercredi, 19 octobre 2005

Les mémoires du taulier, 3

L’archétype de ce qu’il ne faut pas faire, en matière de blog, est le fichu carnet de l’amateur d’art qui rend compte avec une régularité maladive des expositions qu’il va finir par se croire obligé d’aller visiter, pratiquement par conscience professionnelle. Enfin, si l’on peut dire. 

Qui rend compte... en quelques phrases, provoquant aussitôt une cascade de commentaires de deux lignes dont la moitié est consacrée à s’extasier sur la qualité du blog en question : « Ton blog est une pure merveille », version bourgeoise de « Sympa, ton blog » mais qui ne va pas plus loin. J’enrage lorsqu’on qualifie de merveille ce qui demeure une imbécillité absolue. En un mot comme en cent, ce que pense Machin de telle exposition, je m’en moque complètement, et même un peu plus. Que Machin me confie, à titre personnel, son sentiment, est une autre affaire. D’individu à individu, tout me touche a priori. Après, on peut discuter d’éventuels désaccords. Mais que Machin, du haut de son blog, m’assène deux paragraphes mal tournés, à la syntaxe enrhumée, pour m’expliquer qu’il vient de découvrir un peintre du XXe siècle, un certain Picasso, est inacceptable. Encore une fois, je n’ai que faire de l’avis des gens et celui de Machin n’est pas plus autorisé que le mien. Ce qui, par parenthèse, pose le problème de l’autorisation que confèrerait un « tamis » éditorial, par exemple.

Un avis n’est pas une opinion ou un sentiment, deux choses que je respecte. Un avis n’a pas plus d’intérêt qu’un goût exprimé. Quand j’entends la sacro-sainte phrase : « On ne discute pas des goûts et des couleurs », j’entre dans une fureur biblique. Et de quoi, par tous les diables, pourrait-on donc discuter, sinon des goûts et des couleurs ? L’avis de Machin m’intéresse aussi peu que le compte rendu d’un livre par Ixe ou Ygrec, journaliste auto-proclamé critique littéraire.

Et pourtant, combien de milliers de blogs ne tournent-ils qu’autour de ça ? Des notes indigentes et mal rédigées sur des livres piteux ou des films à la mode. Avec des commentaires aussi puissants, aussi indispensables, aussi vertigineux que « Un bonjour en passant », « Ta note me donne envie d'aller voir ce film », « Quelle imagination ! ». Quand il ne s’agit pas, purement et simplement, de listes ! Ah, les listes ! « Livres lus », « Films aimés », « Disques que j’écoute en ce moment ». Assez ! Le taulier s’en tape.

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lundi, 17 octobre 2005

Elle revient, fuyons

Elle est de retour. Il y avait quelque temps qu’on n’entendait plus parler d’elle. Il fallait bien qu’elle revînt. Certes, cette fois, elle exerce son métier de journaliste, nous livrant une somme sur l’affaire d’Outreau. 


Nous allons de nouveau avaler notre dose quotidienne obligatoire d’aubenasserie, cette tisane vendue depuis des mois, produit fabriqué imposé qui m’avait valu, il y a plusieurs mois, une grande bagarre sur LSP, bagarre débordant du ring pour en arriver dans l’heure à une mise en cause de ma personne, pour changer un peu. Passons.


Florence Aubenas est de retour, pas Gloria, pas Alleluiah du tout, Florence Aubenas nous casse les pieds, qu’elle nous foute la paix. Le dirai-je jamais assez fort ?


Ah j’entends déjà, du fond de mon bureau, objecter : « Mais elle ne parle pas d’elle, elle ne relate pas sa captivité, elle traite d’Outreau, vous savez bien, cette énorme erreur judiciaire, ce cas sans précédent, ça fera jurisprudence, vous savez »… Oui, je sais.


Si elle n’a rien produit à ce jour sur sa captivité (c’est tant mieux, d’ailleurs, ça nous épargnera du papier), on peut être certain que c’est pour obéir aux injonctions des services secrets qui l’avaient cueillie à son retour et emmenée, avec les siens, en hélicoptère.


En ce qui concerne Outreau, un livre, certainement, était nécessaire. Mais ce genre de parution entérine l’idée reçue selon laquelle ne peuvent et ne sauraient écrire que les journalistes et les universitaires. Les écrivains, on ne sait plus ce que c’est. J’insiste : des auteurs comme Vailland, Kessel, Mauriac, d’autres encore, n’ont jamais négligé le document, le récit. Ils ont aussi fait du journalisme, d’ailleurs, mais à quel niveau ! Aujourd’hui, les écrivains ne jugent plus cela dignes d’eux, ils préfèrent se nombriliser le sentiment dans des romans prétentieux paraissant à l’automne et en janvier et finissant bradés sur le trottoir, chez Boulinier, boulevard Saint-Michel.


De plus, avec le relatif recul dont on dispose à présent, un traitement journalistique de cette affaire ne s’imposait absolument pas. Une analyse sociale et critique, et surtout rédigée, avait sa place.


Regardez maintenant la couverture du livre en question : le nom de l’auteur est bien plus gros que le titre, regardez encore – qui voit-on sur la couverture de ce volume consacré à quelque chose de grave ? L’auteur, mais oui, mais c’est bien sûr.


Que les écrivains nous libèrent définitivement de Florence Aubenas.

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jeudi, 13 octobre 2005

Après un mois

Après un mois d’activité, je tire un premier bilan de ce blog. Je suis comme ça, j’aime faire le point, avoir des résultats. Toujours mon côté professeur raté… De plus, je trouve qu’il est parfaitement naturel de rendre compte à ceux qui me font l’amitié de s’intéresser à mes petites bêtises, de la façon dont fonctionne ce lieu qu’ils habitent parfois.

 

La fréquentation a chuté des deux tiers par rapport à l’ancien blog. On peut en déduire que, de ces deux tiers manquants, l’un venait de l’ouverture à tous (page Haut et Fort des nouvelles notes publiées) y compris ceux qui arrivaient là par erreur (moteurs de recherche), l’autre des liens dont quelques amis avaient bien voulu me faire bénéficier. Tout cela ayant disparu, les participants qui demeurent sont des participants « authentiques ».


La plus grande fréquentation s’est déplacée aux alentours de quinze heures, puis est revenue où elle se situait avant, soit vers onze heures. C’est curieux. Comme d’habitude, elle est en chute libre le samedi et remonte un tout petit peu le dimanche.


La moitié environ des personnes invitées ne se sont jamais exprimées ou, au maximum, une fois ou deux. C’est une chose que je comprends d’autant moins que le taulier et la taulière sont les mêmes, les idées développées aussi, les « catégories » identiques et les lecteurs les mêmes encore.


Trois personnes sont parties. L’une l’a dit publiquement, les deux autres me l’ont dit en privé. Peut-être certains, parmi ceux qui n’interviennent pas, sont-ils partis également, sans me le dire. Ils n’y étaient pas tenus, évidemment.  Bien entendu, la porte reste ouverte et ces amis peuvent revenir, s’ils le désirent.

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lundi, 10 octobre 2005

Trois journaux intimes

Je lis régulièrement, sur la Toile, trois journaux intimes. Mon propos n’est pas ici de discuter du caractère précisément non intime que leur confère Internet (on parle maintenant de « journal extime ») ; de toute façon, leurs auteurs ont incontestablement désiré être lus. C’est à mon avis le cas de tout diariste, quoi qu’il puisse en dire, mais ici, l’auto-publication ne permet plus le doute.


Je voudrais plutôt parler de l’impression que me font ces lectures. Je ne donnerai pas de noms ni de titres, pas d’adresses. Bien entendu, tous trois sont des journaux tenus par des adultes, avec un évident souci d’écriture.


Le premier, de facture classique – la journée du diariste : son travail, ses amis, ses lectures, ses occupations – me plonge dans la stupéfaction. D’où vient en effet que la présence d’autrui dans ces textes, la société décrite, paraissent inexistantes ? Tout est vu, lu, digéré par l’auteur, le monde n’existe qu’à travers son regard, il n’y a là aucune générosité. Davantage encore : l’attention portée à autrui, qui existe puisque l’autre est décrit – et souvent raillé, d’ailleurs – est comme annihilée, évaporée, rendue absente par l’écriture elle-même. Non que l’auteur ne sache écrire : son style est d’une platitude absolue, mais l’exposé des idées et des faits est en soi parfaitement compréhensible. C’est pire que cela : son écriture transforme le monde, non d’une manière révolutionnaire hélas (forme, fond, indissociables, restent plats) mais en l’enduisant de grisaille. On voit certes la vie au travers des yeux du diariste, mais le problème est que lui-même ne l’observe qu’en fonction de son propre nombril, lequel malheureusement est dépourvu d’intérêt. Comprenons-nous bien : un nombril peut être passionnant si celui qui le porte y fait pousser des fleurs. Rien de tel, en l’espèce. Une telle attitude dans la vie, un regard de cette sorte, ne laissent point de m’étonner.


Le second est bien plus intéressant. D’abord parce qu’il n’est pas systématique : le diariste n’écrit pas chaque jour, ce qui nous épargne le côté factuel, l’aspect anecdotique. Ensuite, la langue est parfaite, savoureuse, sensible, elle coule sans heurt. Le monde existe, même en dehors du regard que porte sur lui l’auteur. Le style est riche, le vocabulaire aussi. L’auteur n’a certainement pas que des qualités et il ne se peint pas comme un saint – loin de là, même – mais il est attachant, quand le premier ne l’est guère. Sa sexualité différente de celle du nombre, si elle lui pose éventuellement des problèmes, ne le dresse contre personne. Il sait mordre, ne s’en prive pas quelquefois, toujours avec panache. Incontestablement plus cultivé que le premier, ce diariste-ci a choisi d’autoriser les commentaires, solution la plus périlleuse en matière de journal, surtout si l’on tient compte du fait qu’aucune barrière, apparemment du moins, n’est élevée par lui face aux faits relatés.


Le troisième est original en soi. Le diariste retient de sa journée un ou deux faits, trois tout au plus, et les rapporte dans un style volontairement détaché comme s’il n’était pas toujours concerné. Ce qui frappe le plus ici, c’est que chaque fait est mis exactement sur le même plan que les autres. Il n’y en a pas de plus important. Entendons-nous : la relation qui en est faite n’en met aucun en lumière. D’ailleurs, l’auteur ne va jamais à la ligne (ou rarissimement), chaque journée se présente, visuellement, comme un petit « bloc », où tout paraît valoir tout : travail, famille, lectures, enfants, femmes (au pluriel car le monsieur les affectionne particulièrement), ascenseurs, voisins, voiture, journaux, tout est égal à tout. Incroyablement, les notes quotidiennes ont peu ou prou la même longueur, systématiquement. Légèreté oblige. Le diariste se veut dandy littéraire, en suspens face à la réalité, l’air de ne pas y toucher. On n’y croit pas en permanence, on perçoit les failles et les douleurs, les plaies ouvertes parfois. Cependant, indéniablement, ce journal a un style, un climat propres. On ne peut pas faire de  commentaires, mais un petit forum annexé autorise les réactions – lesquelles, est-ce l’influence du maître de maison, restent toujours comme en retrait.

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vendredi, 30 septembre 2005

Tourne-pages

L’ami Feuilly appelle mon attention sur une machine nouvelle dont parle Le Monde. Cet article s’insère, je pense, dans la lignée des propos que nous échangeons depuis quelques jours sur le livre.

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Louise Michel

Son altruisme était invraisemblable et sa charité envers tous les miséreux – animaux compris – était incroyable. Elle n’avait rien à soi ; sur son chemin, elle distribuait tout ce qui était sur elle ; elle donnait à qui lui semblait plus miséreux qu’elle ses quelques francs, son parapluie, son manteau et, si sa compagne ne l’avait protégée contre elle-même, elle serait rentrée, sa journée achevée, dans sa piètre demeure, absolument dépouillée de tout ce qui la vêtait à son départ ! 

Partie avec une robe neuve, elle revint en jupon de Saint-Étienne ; n’ayant plus rien à distribuer, elle l’avait donnée à plus malheureuse qu’elle…


 Extrait de P.-V. Stock, Mémorandum d’un éditeur, Stock, 1935.

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mercredi, 28 septembre 2005

Les mémoires du taulier, 2

Il est quelqu’un, sur internet, qui parcourt tous les blogs lui tombant sous la souris (il y en a paraît-il 1, 7 million en langue française), laissant partout le commentaire suivant : « Sympa, ton blog », avec cette variante : « Yop, sympa ton blog ». De toute évidence, l’auteur de ces mémorables notations ne lit rien de ce que lui proposent les gens « sympas ». Ce qui l’intéresse, c’est de signer et d’adjoindre à son paraphe un lien vers son carnet à lui… Alors là, on mesure l’étendue du désastre. Cette personne n’a rien à dire et le dit mal. Je trouve incroyable cette manière d’écumer la Toile pour se faire connaître. J’ai trouvé « Sympa, ton blog » en des lieux très divers, traitant de langue française, de politique… Je parle de ces domaines parce qu’évidemment, j’en suis moi-même lecteur, mais reste persuadé que beaucoup d’autres sont atteints. Tout est « sympa », ou « yop, sympa ». Le contenu ? Aucune importance.

*

Je ne comprends pas très bien pourquoi il est difficile d’entamer une discussion – et surtout de la maintenir au-delà de deux ou trois jours – sur des sujets littéraires techniques. J’entends par là : des sujets d’écriture et de composition. Comme si personne n’avait d’opinion… Cependant, quand on achète un livre, on attend bien de lui quelque chose, n’est-ce pas ? On ne l’achète pas pour rien. De plus, je sais bien que, sur ce blog comme sur le précédent (mais c’est le même, en fait), nombreux sont les participants pour qui tracer des lignes sur du papier constitue une suffisante justification à leur existence. Alors quoi ?

J’ai posé la question de l’écriture biographique avec une suite de réflexions qui, je pense, étaient fondées. En tout cas, pas ridicules. On pouvait n’être pas d’accord, il suffisait de le dire. Quand on lit une biographie, qu’attend-on ? Et ceux qui comme moi, très humblement, tentent d’écrire, n’ont-ils pas la moindre idée de ce que doit être, selon eux, une biographie ? Il n’était pas interdit – rien n’est interdit ici – de faire dévier le débat sur un autre plan que le genre biographique, pourvu qu’on argumentât. Las, seuls quelques commentateurs se sont lancés, et je les en remercie.

Je remarque encore que, dès qu’une note date de quelques jours, elle est considérée comme ancienne et ne suscite plus de commentaires. Je me demande honnêtement pourquoi et si cela ne relève pas purement et simplement d’une soumission au récent, d’un esclavage inconscient vis-à-vis de la nouveauté, laquelle bien entendu dure de moins en moins et réclame chaque fois plus vite son propre renouvellement. Dans ces conditions, la pratique du blog devient du journalisme – l’aurai-je assez dit, répété – et n’est plus mon propos. Ces carnets ne se veulent pas d’actualité et, si je les ai souvent comparés, par dérision, par amusement, à un restaurant, il reste que la maison ne sert pas forcément de plat du jour.

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mardi, 20 septembre 2005

Après une semaine

Cinquante-deux commentaires apportés, à ce jour, à la note Le roman, l’écriture, auxquels il faut ajouter les quinze de celle intitulée Faites sortir la rentrée, soit soixante-sept commentaires soulevés par un sujet presque unique.

Puisque nous parlons chiffres, cinq personnes, parmi celles que j’ai conviées, ne se sont jamais exprimées. Comme je l’ai dit, il n’y a aucune obligation, évidemment. C’est juste pour faire le point après une semaine d’activité de ce blog « réservé ». Sa fréquentation quotidienne a chuté des deux tiers par rapport à l’ancien. Le pic horaire de 10 h-11 h 30, remarqué sur l’ancien blog, existe toujours, mais il est très nettement devancé par un autre, qui se situe aux alentours de 15 h.

Tout cela n’est pas si mal, peut-être, compte tenu des portes fermées, des sujets traités et de l’importance (en longueur aussi) des commentaires. Je vous remercie tous.

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vendredi, 16 septembre 2005

Les mémoires du taulier

J’ai récupéré l’essentiel des Réflexions sur les blogs, parues dans « Les mots ont un sens » avant sa fermeture. Je les redonne ici, sous le titre, désormais générique puisqu’à n’en pas douter, il y aura d’autres remarques, de Les mémoires du taulier.

 

 

C’est un phénomène de mode, certes, et la plupart n’ont rien à dire, qui l’écrivent gaiement et à répétition. Qui n’a pas aujourd’hui son blog, version virtuelle du nombril à l’air, vitrine de l’autosatisfaction dérisoire ? Dans le même temps, et c’est cruel, révélateur des médiocrités.

Le blog, c’est la quintessence du souffle court, la couronne de lauriers de la plume aux petites jambes. C’est la justification du pas grand-chose quand il se prend pour un éditorialiste de renom. Et les éditorialistes, déjà, ce n’est vraiment pas beaucoup… Pourtant, il est bon, je pense, que chacun puisse écrire ainsi ce qui lui tient à cœur. Un jour ou l’autre, la source est tarie et le blog ferme.

Je ne connais pas tous les blogs, certes, mais pour le moment n’en sais pas plus de quatre ou cinq, lisibles et de haute tenue. Et originaux, ce qui ne gâche rien. Puisse celui-ci venir s’agréger à ses plus illustres devanciers.

***

 

Je me suis souvent demandé ce que les lecteurs des blogs venaient chercher.

Est-ce pitance, c’est-à-dire mets de leur goût ? Si oui, aiment-ils uniquement quelques plats ou apprécient-ils le restaurant, voire la patronne ? Dans le premier cas, se trouverait expliqué le fait qu’incompréhensiblement des notes de quelque intérêt demeurent sans commentaires. Dans le second, rien ne l’expliquerait car, s’ils n’apprécient que l’endroit, le chef, le service, la taulière mais non les plats, que viennent-ils faire, sachant que le menu change tout le temps et n’est jamais à prix fixe ? Quand je vois une note s'éterniser sans commentaires, j'ai parfois l'impression qu'on jette les couverts avec les reliefs du repas.

Peut-être aimeraient-ils donc trouver autre chose, ces lecteurs. Mais quoi ? Ils devront bien comprendre qu'on ne leur servira pas forcément ce qu'ils demandent, bien plutôt ce que le patron aura décidé. En aucun cas, on ne proposera de soupe claire, de plat tiède ou de boisson douceâtre. Le café est servi sans sucre, sans chocolat, sans gâteau et sans verre d'eau. Austérité.

Cela dit, si vous avez envie de serrer la main du propriétaire, de partager avec lui une bouteille de château-margaux, de traîner un moment d'éternité dans les yeux attentifs et discrets de la serveuse, si vous avez envie de silences éloquents, bienvenue, mais enfin, signalez-vous.

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Le phénomène des blogs a donné à chacun une possibilité de libre expression et d’immédiateté. Lorsque la mode sera passée, on verra bien lesquels demeureront.

Il a, je pense, sonné le glas des revues littéraires dites de création. Les auteurs n’attendront plus six ou neuf mois, voire davantage, pour être « publiés » dans des opuscules confidentiels, mal mis en pages, mal imprimés, non diffusés et lus de loin par les responsables d’une autre revue. Car les lecteurs des revues littéraires sont les administrateurs de la revue d’en face, et réciproquement. Tout ce petit monde s’auto-commente et s’auto-congratule. Désormais, c’est terminé. Je sais de quoi je parle, ayant autrefois donné à lire plusieurs dizaines de textes dans des revues de France, de Belgique et d’Italie, ayant moi-même fait partie des équipes rédactionnelles de deux revues. J’ai arrêté lorsque je me suis convaincu de l’inanité de tout cela – après cinq années de revuisme, tout de même. Le minable pouvoir des « directeurs de publication », des « rédacteurs en chef » et des « comités de lecture » ringardissimes, auscultant avec grand sérieux des manuscrits essoufflés de deux à trois pages, prétentieusement ornés du timbre sec d’un huissier de justice – des fois qu’on veuille voler un tel trésor, le publier sous un autre nom ! – tout cela a disparu. Avec le blog, publication immédiate. Ce qui explique aussi qu’on puisse voir paraître, sur nos écrans, de calamiteux carnets agrémentés de photos de famille ratées. C’est un autre problème et la fin de la mode effacera tout cela, fera le tri.

Le blog a donné aussi aux jaloux l’occasion de nuire à peu de frais et toujours courageusement cachés derrière leur anonymat, bien sûr. En ce qui concerne ce lieu, la règle que je me suis fixée est fort simple : je ne répondrai jamais aux commentaires ironiques, insultants ou donneurs de leçons. Je ne les effacerai pas, bien entendu. Ils demeureront là, tragiquement isolés dans la stérilité et la médiocrité, seuls, sans écho, pauvres témoins d’un défoulement momentané de leur auteur.

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Dans Le Monde du 21 mai a paru un article consacré aux blogs, article d’une rare indigence et d’une consternante banalité. On s’attriste de trouver une telle platitude dans ce qui fut un journal de référence.

Cette piteuse lecture m’amène à de nouvelles réflexions sur les blogs. En un peu plus d’un mois de pratique, j’ai bien constaté que ce qui faisait réagir les lecteurs était l’actualité : sujets politiques et de société. Le reste, notes consacrées à des écrivains, nouvelles, humeur, propos « techniques », intéresse bien moins. Ce qui tendrait à faire de l’activité du blogueur une forme nouvelle de journalisme pur et simple, ce contre quoi je m’insurge évidemment. Plus exactement, il faut certes profiter du blog pour priver la presse d’une partie de son pouvoir jusque là exclusif – encore faut-il en avoir le talent – mais ne pas limiter à des billets d’actualité ce qui peut relever d'une invention formidable.

Je pense que certains blogueurs n'hésitent pas à donner à leur public des notes sur mesure, écrites pour intéresser et recueillir le maximum de commentaires. Cette forme d'audimat privé ne me convient guère. Cependant, la lecture des innombrables blogs permet, à l'évidence, de le constater, et ce quel que soit le thème initial du blog. Quand il en a un.

Dans une note du 19 avril dernier, j'écrivais : « Ils [les lecteurs] devront bien comprendre qu'on ne leur servira pas forcément ce qu'ils demandent, bien plutôt ce que le patron aura décidé ». En ce lieu, en tout cas, il en va et en ira ainsi.

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Je ne pensais pas publier si rapidement d'autres réflexions sur les blogs. Il se trouve que Le Nouvel Observateur vient de faire paraître un article réellement très pauvre, faisant le point (un point bien rapide, bien superficiel) sur les blogs littéraires. Je n’ai rien contre l’Observateur, encore que, comme Le Monde, il soit devenu l’ombre de lui-même. La platitude de cet article est vraiment consternante. Où est le savoir épicé de l’Observateur que j’ai connu ?

Sartre, revenez, on s’ennuie !

J’allais écrire que la presse traditionnelle (comprendre : la presse en papier, quoi, avec des pages qui se déchirent à défaut d’être déchirantes) commençait à être agacée par les moustiques libres de piquer ici et là sur internet – oh, juste agacée, il ne faudrait pas nous exagérer notre importance tout de même – lorsque j’ai lu la même chose, en substance, sous la plume de
Juan Asensio qui m’avait devancé. Il reste que les blogs existent suffisamment pour que, coup sur coup, Le Monde et l’Observateur s’en aperçoivent et s’en émeuvent comme on gratte une piqûre soudainement apparue, en se disant que c’est gênant mais au fond bien peu de chose et que cela disparaîtra bientôt.

La quasi nullité des articles proposés par ces deux grands journaux doit toutefois nous encourager chaque jour à davantage d’exigence dans nos lectures, dans notre pensée, dans notre écriture. C'est difficile. Vivre debout est toujours difficile.

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J’ai remarqué que certains blogs proposaient des liens vers… les journaux. Cela m’a paru incroyable. Quel est l’intérêt de lier Le Monde, Libération ou un autre ? Comme si l’on avait besoin de ces blogs pour trouver le chemin des grands quotidiens… C’est à se demander si l’architecture prévue par les plate-formes de blogs n'en arrive pas à contraindre les auteurs à utiliser par principe toutes les fonctionnalités, même s’ils n’ont rien à dire, rien à y mettre. Bientôt, sur les blogs, des liens vers la météo ! À noter (et à regretter) que cela se produit même sur les blogs supposés littéraires. Ça doit faire bien, cela doit poser son auteur, de lier Le Monde. Enfin, dans l’esprit de l’auteur…

On constate aussi que certains liens sont communs à des gens très opposés. C'est tout de même étonnant, surtout lorsqu'ils aboutissent à des blogs très connotés politiquement. Peu importe ici lesquels. La chose en soi me laisse sans voix. Je sais bien que je suis d'un âge préhistorique où l'on disait : « Tout est politique », mais je pense qu'il ne peut pas être indifférent de lier tel ou tel.

Autre constatation : il se crée de plus en plus de blogs dont l'objet est d'en choisir d'autres afin de les faire connaître. Je ne discuterai pas ici des choix effectués ni de l'autorité auto-proclamée des sélectionneurs. Ce qui est intéressant à remarquer, c'est bien l'émergence d'une forme de critique des blogs. Il est piquant de constater qu'une chose récente ou nouvelle, quelle qu'elle soit, fait rapidement naître une administration, une intendance, une gestion : ici, après les annuaires, la critique, l'argus, sont en train de s'installer. Sur le fond, pourquoi pas ? La réserve porte sur la forme, on s'en doute : c'est une critique journalistique, disons, c'est-à-dire répondant aux critères suivants : sollicitations clinquantes et brièveté insipide des notes. À quand Le Monde des blogs ? Peu importe d'ailleurs, puisque naîtra peut-être un jour une critique de blogs de haute volée.

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Entre 10 et 11 h 30 environ, la fréquentation de ce blog connaît une pointe. Chaque jour, sans exception, le confirme. Lorsqu’il n’y a pas de nouvelle note, elle baisse rapidement, juste le temps, je suppose, pour les visiteurs, de lire les derniers commentaires, ceux de la veille, de la nuit, du matin, avant de s’en aller.

D’où la question que se pose, forcément, le taulier. Doit-il publier une note chaque jour ?

En juin dernier, je l’ai fait par jeu. Ce n’était pas très intéressant pour moi, même si, pour les autres, c’était varié. Disons-le : on ne peut pas faire une note par jour. J’entends : un texte d’une longueur au moins moyenne, qui dépasse tout de même les trois lignes, avec ou sans photographie, et qui ait une signification si possible autre qu’anecdotique. Mon but n’est certes pas de critiquer ceux qui le font, je ne livre ici que des considérations personnelles.

Donc, et ce n’est pas la première fois que j’en parle ici,
mais c’est peut-être parce que j’y pense souvent, je me demande ce que viennent chercher les lecteurs. J’ai la chance d’avoir un public dont les réflexions dépassent « Moi aussi », « Ah oui, c’est vrai », et ce, que nous soyons ou non d’accord. Mais, en tout état de cause, je le répète, ici, le patron sert ce qu’il veut. Je refuse de tomber dans le piège du « Qu’est-ce que je pourrais bien leur raconter aujourd’hui ? ». Je persiste à dire que les forums sont plus riches que les blogs dans leur principe, parce que chacun peut proposer des sujets, lancer des discussions. Dans le blog, la plupart du temps, les commentaires sont liés au billet initial : ici, et j’en suis heureux, ils s’en détachent souvent, des conversations naissent alors entre les participants, ce qui finalement recrée un forum.

Autre sujet d’interrogation : jusqu’où dois-je rester courtois ? Il se trouve que je ne fais aucun effort, c’est ma tendance naturelle, ici et dans la vie. Mais je ne peux m’empêcher de réfléchir à cela. S’il se dit ici des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord, quelle doit être mon attitude ? Je suis sûr d’une chose : je n’ai jamais effacé ni caviardé aucun message et je ne le ferai jamais (il ne manquerait plus que ça !). Il a pu m’arriver de laisser dire, voire de protester sans trop de vigueur. C’est le débat dans lequel je me trouve à présent. Ma tendance naturelle, encore elle, est : « Cause toujours ». Donc, je ne dis rien. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas. Toutefois, je déteste la polémique. Par conséquent, il est difficile de cerner mes possibilités de protestation et leurs conséquences éventuelles. Il est certain toutefois que je ne laisserai pas dire d’énormités dans ces pages sans gueuler un brin.

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jeudi, 15 septembre 2005

Autres rapaces

À titre indicatif, j'ai encore été insulté deux fois ce matin, en l'espace de deux minutes, par deux personnes différentes, l'une dans ma messagerie personnelle (Traube, sous son véritable nom), l'autre sur LSP (sous pseudonyme). Tout est dans l'ordre.

 

Ces personnes, comme toujours, n'ont rien à me reprocher sinon le fait d'exister. C'est comme ça. Je dérange.

 

11:26 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2)

mercredi, 14 septembre 2005

Rapaces sans miséricorde

Tout de même, je ne puis m’empêcher de penser à ce dont sont capables des esprits qui s’ennuient et qui nuisent. Internet donne un « courage » – c’est vraiment une façon de parler – que les mêmes, évidemment, n’auraient pas, s’ils voyaient en face d’eux les personnes dont ils ont fait leurs cibles de prédilection. Alors que, devant un écran… (Je m’amuse d’ailleurs considérablement d’entendre dire, en permanence : « Derrière un écran ». Il vaut mieux, à mon avis, se trouver devant).

 

La pathologie de ces rapaces sans miséricorde mais non sans médiocrité me laisse coi. Quel médecin de génie saura-t-il un jour les soulager de leur infortune ? Ce qui est effarant, c’est de constater combien les crétins considèrent l’humanité entière comme un ramassis d’idiots. Combien ils se croient indispensables, voire investis d’une mission. Hors d’atteinte de la raison raisonnante, loin des effarements du cœur naturellement, ils respirent l’air d’un no man’s land indécis où ils se prennent pour ceux qui disent le droit. J’ai parlé ailleurs d’ « imprécateurs en carton ». Cette effrayante maladie mentale qui fait que tout se mêle, fatras de mots, de rancœur, de mégalomanie, de souffrance, de médisance et d’hystérie n’est pas mesurable. On ne peut donc qu’en faire les frais.

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D’où vient par ailleurs que, dans tous les forums et blogs que j’ai pu fréquenter, des bagarres soient nées rapidement, culminant aux alentours du sixième mois ? Y aurait-il une durée particulière et fixe des gestations du désordre ? J’ai beau être le plus amical des hommes, rien n’y fait. Autrefois, j’en souffrais considérablement. Aujourd’hui, je m’en moque mais me lasse toutefois rapidement. Comme je hais les polémiques, il ne me reste qu’à m’en aller. La stérilité m’est insupportable. Savoir qu’il demeure devant soi moins de chemin à parcourir que, derrière, celui déjà arpenté, n’ajoute guère à la patience. Il reste trop peu de temps, trop peu de vie à l’horizon, tout gaspillage serait catastrophique.


 

 

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