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mardi, 04 juillet 2017

Hervé Morvan, d'humeur et d'amour

Avant-propos

Transcrire à la fois une admiration et une tendresse pour les splendides images créées par Hervé Morvan. Parler de lui comme parlant d’autre chose, sans avoir l’air d’y toucher, ce qui ne se fait pas, habituellement, lorsqu’on évoque un affichiste.

Il est un très grand artiste, un dessinateur et un peintre. Il fallait dire ici que telle ou telle publicité n’était pas tout. Noter en lui la place de l’enfance et de la paix, l’engagement humanitaire et social, en un temps où la mode n’imposait pas encore une telle attitude. Dire l’art, tout simplement, le grand art qui est le sien, relever l’imagination et l’humour, certes, mais encore sa tendance à l’épure, donc à la pureté du trait, ainsi que certaines pochettes de disques, par exemple, sont à même d’en témoigner. Dire « Je t’aime » en le travestissant, par pudeur. Ne pas donner à lire une bible, seulement une somme nourrie d’affection.

Il importait, comme on vit d’amour et d’eau fraîche, d’écrire d’humeur et d’amour.

Notice biographique[1]

Le 2 février 1883, naît Pierre, Jean Morvan, à Pluguffan (Finistère), fils d’Henri Morvan et de Marie-Louise Le Corre. Il est fils d’agriculteur mais, cinquième enfant, il n’aura pas de terres à cultiver et deviendra jardinier au couvent de Plougastel-Daoulas (Finistère). Le 30 juillet 1913, il épouse Victoria Le Stir, couturière. Le 31 août 1914, naît leur premier fils, Pierre, Marie Morvan, à Plougastel-Daoulas (Finistère).

Pierre Morvan, initialement classé « service auxiliaire », est classé « service armé » par la Commission de réforme, le 4 novembre. Il est mobilisé le 1er janvier 1915 et affecté au 118e régiment d’infanterie. Le 1er février, il est passé au dépôt du 148e régiment d’infanterie, puis rayé des contrôles. Le 2, il est incorporé au 148e.

Le 18 mars 1917, à Plougastel-Daoulas, naît Hervé, Marc Morvan, second enfant de Pierre Morvan et de Victoria Le Stir. La famille vit à Kertanguy-le-Bourg. Pierre Morvan est démobilisé en mars 1919 et la famille s’installe à Paris, 2, rue Jeanne-d’Arc, en 1920. Morvan entre à l’école communale en 1923.

En 1931, Morvan entre à l’école des Arts appliqués et, à partir de 1934, il travaille comme décorateur et peint des façades de cinéma. Il est réformé en 1937 et, après la mobilisation générale de 1939, il est classé, en 1940, « service auxiliaire » et maintenu sous les drapeaux. Il se marie le 17 février, à Paris, avec Louise, Marie, Émilie Féat (née le 9 novembre 1916 à Morlaix, fille d’Aimé Féat, instituteur). Après l’armistice, il est libéré pour raisons de santé et démobilisé en octobre.

En 1941, il vit à Kerfissien, près Clédel (Finistère). Il se veut artiste-peintre, comme l’indique sa carte d’identité établie au mois d’août. On connaît une toile, Bord de mer près de Kerfissien. En 1942, les Morvan s’installent à Clichy, 10, avenue Anatole-France. Il dessine sa première affiche de cinéma pour Forte tête, exécute des travaux publicitaires pour la revue Le Film. Autres affiches de films : Huit Hommes dans un château (deux), À vos ordres, Madame, Les Affaires sont les affaires (trois), Madame et le Mort, Dernier Atout, Le Mistral, Feu Sacré (deux), La Grande Marnière, La Chèvre d’or, Le Loup des Malveneurs, Port d’attache, Le Comte de Monte-Cristo, L’Implacable destin.

En 1943, il dessine des affiches de films pour Marie Martin, Secrets, Le Camion blanc, Les Roquevilard (deux), L’Inévitable monsieur Dubois, L’Ange de la nuit (deux), L’Homme de Londres, Huis-clos, Monsieur des Lourdines, Adieu Léonard, Tornavara, Le colonel Chabert (deux), Un seul amour, Service de nuit. Il en crée d’autres pour une firme phonographique : André Claveau, André Dassary (Pathé). Il effectue la décoration de boîtes de nuit, de dancings. Il publie des dessins dans Le Film. En 1944, quelques affiches de films : Les Misérables, Pierre et Jean, Collection Ménard (deux), Vie de plaisir, Bal des passants (deux). Encore quelques affiches pour des firmes phonographiques : Ricardo Bravo, André Dassary, Lucienne Tragin (quatre), Germaine Roger, ainsi qu’une affichette pour les Six heures de Paris. De nouveau, il donne des dessins à la revue Le Film.

En 1945, il présente deux projets au salon de l’Imagerie : Paris et fête des mères. Il adhère au syndicat national des artistes et maîtres-artisans créateurs publicitaires, section des dessinateurs affichistes du cinéma. Affiches de films : L’Invité de la onzième heure, Cette sacrée vérité, Untel père et fils. Affiches pour des firmes phonographiques : Marie-José (Odéon) et Victoria Marino (Pathé). Décoration de boutiques, restaurants et dancings. À la fin de l’année, Léo Kouper (né à Paris en 1926) commence à travailler avec lui. Coïncidence : Aimé Féat, le beau-père de Morvan, a été son instituteur.

En 1946, Morvan participe au salon de l’Imagerie : Bretagne ; à l’exposition « L’Affiche du cinéma » (deux maquettes : La Grande illusion et Les Enfants du paradis). Affiches de films : Levés avant le jour, Les Enfants du paradis, Leçon de conduite, Les Enquêtes de Roland Gautier, Master love, Johnny Frenchman, Trente et quarante, L’Assassin n’est pas coupable (deux), L’Aigle des mers (deux, ainsi que le scénario), Le pavillon brûle, Le Lit à colonnes, La Kermesse rouge, Swing romance, Le Cavalier noir, Six heures à perdre, Cavalier Miracle (deux), La Bataille silencieuse. Toujours des affiches pour des firmes phonographiques : Georges Ulmer (Columbia), Armand Mestral (La Voix de son maître). Maquettes : CGT. Dessins pour Le Film français. Décoration.

En 1947, nombreuses affiches de films : Apache, Cheval de la mort, Bataillon du ciel, Arche de Noé, Deux lettres anonymes, L’amour autour de la maison, Le Chevalier sans nom, Meurtre à crédit, Miroir, Casablanca, Attentat à Téhéran, Touri, Une femme cherche son destin, La Vallée de la peur, La voleuse, Heureux mortels. Il donne des affiches au parti communiste, que les relations de son épouse le font approcher. Dessins, encore, pour Le Film français. Scénarios : Chemin sans loi, Arche de Noé. Décoration murale de nombreux bâtiments publics et privés.

Le 10 janvier 1948, Morvan et son épouse adhèrent aux Amis de Tourisme et travail et de Travail et culture. Sa carte de membre, n° 186, porte la mention « Décorateur. » Exposition « L’Affiche française », galerie des Beaux-Arts à l’initiative de Paul Colin. Affiches de films : Vania l’orphelin, L’Aigle à deux têtes, L’Impasse des Deux-Anges, Sorcier noir, Jusqu’à ce que mort s’ensuive, Tordu de rire, Jeux olympiques (de Londres), Les Ailes brûlées, Quatre tulipes rouges, Narcisse noir, Deux amours, Fantômas contre Fantômas (trois), Aux yeux du souvenir, Les Parents terribles, Ainsi finit la nuit, Danse de Mort, Si ça peut vous faire plaisir. Comme de coutume, il crée des affiches pour des firmes phonographiques : Suzy Delair (Decca), d’autres pour la CGT : Journées de printemps de la jeunesse, congrès (deux), La Vie ouvrière, dépliant CGT. Décor de scène de la fête de L’Humanité. Maquette pour la gaine Scandale.

En 1949, exposition « Art publicitaire français » à la Maison de la pensée française, qui présente uniquement des maquettes. Morvan expose Lion noir et Perrier. Affiches de films : Méfiez-vous des blondes, Frieda, Quelque part en Europe, Les Amants de Vérone, Gigi, La Ferme aux sept péchés, L’Inconnue d’un soir, Fantômas, La Maison du printemps, Miquette et sa mère, Envoi de fleurs, Julie de Carneilhan, Miss Cow-boy, Voyage à trois, Bal Cupidon, L’inconnue n°13 (deux), Chaussons rouges, Le Voleur de bicyclette, Au grand balcon (deux), Dernière charge, Sous le soleil de Rome, Vient de paraître, Plus de vacances pour le Bon Dieu, La Voyageuse inattendue, Roi Pandore (ainsi que le scénario), Voyage à trois (deux), La Ronde des heures, Le 84 prend des vacances. Affiches pour le Parti communiste (deux) et pour La Vie ouvrière, une pour la CGT. Affiches commerciales pour Gerline et Kwatta. L’éditeur Guy de la Vasselais s’intéresse à Morvan.

Après le succès de la campagne Perrier, il signe en septembre 1950 un contrat d’exclusivité avec de la Vasselais. Affiches de films : La Maison du printemps, Mon ami Sainfoin, Millionnaire d’un jour, Minne l’ingénue libertine, D’amour et d’eau fraîche, Dominique, Chéri, Gian le contrebandier, La vie est un jeu, Monsieur Dupont, Méfiez-vous des blondes, Justice est faite (deux), Pigalle-Saint-Germain-des-Prés, Police sans armes, Mademoiselle Josette ma femme, Les Anciens de Saint-Loup, Vacances sur ordonnance, Taxi (ainsi que le scénario), Sans laisser d’adresse. Affiches-puzzle pour Perrier, affiche de spectacle : Yves Deniaud et affichette pour La Vie ouvrière. Dessins pour Le Film français. Scénario de La Ronde des heures. À l’automne, il rencontre Léo Ferré qui chante au cabaret Les Trois-Mailletz. Il fera de lui un portrait (encre et lavis) non daté.

En 1951, exposition à la galerie du Siècle « Du dessin humoristique à la publicité », organisée par Publimondial. Affiches de films : Nous irons à Monte-Carlo, Le Garçon sauvage, La Grande vie. Affiches commerciales : Kwatta, Argentil, Paillette, Lustucru, Savora, Grey-Poupon, Panzani, Kangourou, Caïman, Maille. Maquettes d’affiches pour de la Vasselais.

Morvan emménage à Paris, 97, avenue de Versailles, en 1952. Il participe en mai au salon des Artistes décorateurs (section d’arts graphiques). Des articles lui sont consacrés dans Graphis et Vendre. Affiches de films : Oncle Tisane, Jeunesse rebelle. Affiches commerciales : Kangourou, Savora, Karcher, Vélosolex, Bally (cinq), Boussac Antifroiss, Marie, Éléphant, Kronenbourg, Bal des Barbus, Panzani (deux), Négrita, Maille, Vedette, PTV, Sochaux, Curat-Dop. Maquettes d’affiches pour de la Vasselais. Couverture des partitions de L’Île Saint-Louis de Léo Ferré et Francis Claude et du Pont Mirabeau d’Apollinaire et Ferré.

En 1953, exposition d’affiches commerciales françaises et étrangères, au salon des Artistes méridionaux de Toulouse. Vente et publicité lui consacre un article. Affiche de cinéma : C’est arrivé à Paris. Affiches commerciales : Teinture idéale, Gévéor, Grutli, Mazda, Panzani, Meuse royale, Manda Vitt, Vittel Délice, vins de Bordeaux, Mattei, Savora, Salignac, Aromus. Maquettes d’affiches pour de la Vasselais. Les éditions PIA (Plaire, instruire, amuser), qui émanent des établissements de la Vasselais, publient, dans la collection « Printemps du monde », des livres pour enfants illustrés par Morvan : Thi-Ba la petite Annamite, Gobi le petit Sénégalais, Sara la petite Gitane, Rao la petite Hindoue, Draoui le petit Marocain, Nouk le petit Esquimau.

En 1954, Morvan, dont le contrat d’exclusivité avec de la Vasselais est achevé, continue à travailler avec lui. Un article lui est consacré dans Graphis. Affiches commerciales : BP (deux), Danone (deux), Esso (deux), Électricité de France, Firmin Grandou, Philips, Week-end, Robinson’s, Vaillant, Zénia.

En Italie, en 1955, il rencontre César, Féraud et Charpentier. Affiche de cinéma : Lola Montès et affiches commerciales : BP, Brandt, Cassegrain, Corona, Mutualité PG, Pam-Pam, Rachet, Saint-Michel, Vaillant, Taraplast, Agip. Affiche pour une firme phonographique : Léo Ferré (Odéon). Il dessine la maquette d’un foulard imprimé pour le Festival de la jeunesse et des étudiants pour la paix et l’amitié. Affiche pour la CGT.

En mai 1956, « Variations graphiques sur le thème Air France » par onze affichistes français, sous la direction de Jean Carlu, IPAC, Paris. En juin, exposition « Vendre… par l’affiche », organisée par Vendre, à l’occasion du Cinquantenaire de la fédération de la publicité, à la Grande-Galerie, faubourg Saint-Honoré, Paris. Morvan dessine toujours des affiches commerciales : Banania, Delft, l’Alsacienne, Quaker, Gitanes, Vaillant, Air France et BP.

1957 : il assure désormais la direction artistique des autres affichistes travaillant pour de la Vasselais. Affiches de cinéma : Le Naïf aux quarante enfants, Les Suspects, Ni vu ni connu, premier salon du Cinéma. Affiches commerciales : Billecart, Brandt, Danone, Delbard, Mazda, Panzani, Rano, Rosières, Salomon, Vabé. Festival de l’ESSEC. Pochette de disque pour Léo Ferré : La Chanson du mal-aimé d’Apollinaire (Odéon).

Sa fille Véronique naît en 1958. Affiche de cinéma : Le Temps des œufs durs. Affiches commerciales : L’Alsacienne, BP, Mère Picon, Meuse royale, Mir, Satam, Brandt, L’Humanité. Campagne Santé-Sobriété. Morvan décore un stand à l’exposition universelle de Bruxelles. Il dessine des pochettes de disques pour Léo Ferré : Encore du Léo Ferré (Odéon) et Yves Montand : Succès du récital 1958 au théâtre de l’Étoile (Odéon).

En 1959, affiches commerciales : L’Alsacienne, Banania, Billecart, Chévereau, Lavalette, Mallat, Mutzig, Tilt’o, BP, Amsta, Arena. Journée nationale contre le racisme et l’antisémitisme. Pochette de disque pour l’accordéoniste Jean Cardon : Surpat’ chez Léo Ferré (Odéon).

En 1960, affiches commerciales : L’Alsacienne, Belle Jardinière, Bonnet, Havas, Loden, Lesieur, Gitanes (Prix Martini), Évian, Omo, Legal, Nous les garçons et les filles, Banania, Bonbel, Buta-Therm’x, Lesieur, Montains, comité de l’orange, Perrier, Séraphin Pouzigue, la Semaine du cuir, La Vie ouvrière. Première affiche en faveur de la santé des enfants.

Le 23 mars 1961, décès de son père, Pierre Morvan, à Paris. Médaille d’or Martini pour Gitanes. Morvan participe au congrès de l’Alliance graphique internationale (AGI) en Allemagne. Affiches commerciales : Airflam, L’Alsacienne, Atlantic, Boursin, fête des pères, Gaz de France, Gévéor, Lanvin, Pupier, Mutzig, Royale, Satam, Vache qui rit, Waterman, Bally. Première affiche pour la campagne annuelle en faveur des colonies de vacances « Jeunesse au plein air ».

En 1962, d’autres affiches commerciales : L’Alsacienne, bières d’Alsace, Karcher, Postillon, Radiola, Gitanes, Salador, Huilor, Vache qui rit, Vichy, Évian, Électricité de France, L’Humanité, campagne « Jeunesse au plein air ».

En 1963, affiches commerciales : L’Alsacienne, Blédine, Franco-russe, Kelton, Petit-Bateau, Radiola, Vache qui rit, La Vie ouvrière, campagne « Jeunesse au plein air ». Pochettes de disques : sélections sonores Bordas, série « Théâtre », échelonnée de 1963 à 1965.

Morvan expose au salon des Artistes décorateurs, au Grand-Palais, en 1964. Affiches commerciales : L’Alsacienne, Blaupunkt, Révérend, Vache qui rit, Visor Pen, HB, L’Humanité, Bureau central, fête des mères pour le Parti communiste, campagne « Jeunesse au plein air ».

1965. Affiches commerciales : L’Alsacienne, Bendix, Gévéor, ELM Leblanc, Lavix, Bref, Lutti-rem, L’Humanité-dimanche. Affiches de spectacles : L’Auberge du cheval blanc, Gala au profit des sinistrés de M’Sila avec Jean Ferrat, campagne « Jeunesse au plein air ».

Morvan participe en juin 1966 à l’exposition « Première biennale internationale de l’affiche », à Varsovie, où il obtient une mention. Affiches commerciales : Bendix, Kelton, Philips, Bordas, L’Humanité, campagne « Jeunesse au plein air ».

En 1967, affiches commerciales : Radiola, Rey, 450e anniversaire de la ville du Havre, Semaine du cuir, L’Humanité-dimanche, fête de L’Humanité, campagne « Jeunesse au plein air ».

En 1968, affiches commerciales : Bendix, L’Héritier-Guyot, Primagaz, Bordas, Chamrousse, fête de L’Humanité, Secours populaire, campagne « Jeunesse au plein air ». Premières affiches pour le salon de l’Auto de la porte de Versailles et la Foire internationale de Lyon. Reprise du dessin de l’affiche de la Foire de Lyon en logos pour illustrer la plaquette du Cinquantenaire. Illustre la couverture d’un magazine Morvan Humanisme.

En 1969, affiches commerciales : Bendix, fête de L’Humanité, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Auto, Foire internationale de Lyon.

Le diplôme du XXIIIe salon de l’Enfance lui est décerné en 1970. Affiches commerciales : Bendix, Erka, Martell, Coplait, Évian, Guigoz, Bordas, TAI, cirque Jean-Richard, Euromarché de Brest, Loterie nationale, Pavillon de la nature, fête de L’Humanité, L’Humanité-dimanche, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon du Prêt-à-porter féminin, Unicef, salon de l’Auto, Foire internationale de Lyon.

En octobre 1971, Morvan participe à l’exposition « Internationale Plakate 1871-1971 » à la Maison de l’Art de Munich. Affiches commerciales : Bordas, fête de L’Humanité, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, Secours populaire français, salon de l’Auto, Foire internationale de Lyon.

En mars 1972, exposition « Cent ans d’affiches dans le monde » à la Bibliothèque Nationale. En novembre, exposition « Têtes d’affiches » à la Monnaie de Paris, Carréga grave une médaille à son effigie. La Société d’encouragement à l’Art et l’Industrie lui en remet une également. Affiche de cinéma : Le Grand blond avec une chaussure noire (deux). Affiches commerciales : DD, Guigoz, Emprunt SNCF, Loterie nationale, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, salon du Prêt-à-porter féminin, Foire internationale de Lyon.

Le 30 septembre 1973, décès de Victoria Morvan, sa mère, au Kremlin-Bicêtre. Affiches de cinéma : Mais où est donc passée la 7e compagnie ?, Quelques messieurs trop tranquilles, Salut l’artiste (deux). Affiches commerciales : Loterie nationale, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, salon du Prêt-à-porter féminin, Foire de Paris, Foire internationale de Lyon.

En 1974, affiches de cinéma : Impossible… pas français, Malher, Violence et passion, On s’est trompé d’histoire d’amour et Le Retour du grand blond (deux). Affiches commerciales : SNCF, Loterie nationale, Loto, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, Foire de Bordeaux, Foire de Paris, Foire internationale de Lyon.

En 1975, affiches de cinéma : On a retrouvé la 7e compagnie (deux), Opération Liberté. Affiches commerciales : Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, Foire internationale de Lyon.

En 1976, affiche de cinéma : On aura tout vu. Affiches commerciales : semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, Foire de Bordeaux, Foire internationale de Lyon.

En 1977, affiches de cinéma : Drôles de zèbres, Le Maestro, La 7e compagnie au clair de lune. Affiches commerciales : Secours populaire français, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, salon du Cycle et du motocycle, Foire internationale de Lyon.

En mai 1978, a lieu l’exposition « Hervé Morvan, bouquet d’affiches » à la Bibliothèque Nationale. Affiches de cinéma : Comment se faire réformer, Les réformés se portent bien. Affiches commerciales : DD, Gaz de France, Loterie nationale, Journée des paralysés de France, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, salon de l’Auto, Foire internationale de Lyon.

En mars 1979, se tient l’exposition « Hervé Morvan » au Musée de Brest. Affiche de cinéma : Ces flics étranges venus d’ailleurs. Affiches commerciales : Loto, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, Foire internationale de Lyon. On réalise un documentaire sur son travail.

Au début de l’année 1980, il organise au Grand-Palais, dans le cadre du salon des Indépendants, une exposition d’affichistes français. Affiche de cinéma : Rodriguez au pays des merguez. Affiches commerciales : Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », salon de l’Enfance, Foire internationale de Lyon.

Le 1er avril 1980, dans son atelier, Hervé Morvan meurt d’une crise cardiaque.

En mai 1981, présentation de la maquette des Enfants du paradis à l’exposition « Paris-Paris », au centre Georges-Pompidou. En juin, est montée l’exposition « Hervé Morvan » au château-musée de Dieppe. Véronique Morvan et Léo Kouper réalisent plusieurs affiches dont il avait préparé les maquettes : Journée des paralysés, Semaine du cuir, campagne « Jeunesse au plein air », Foire internationale de Lyon.

En juin 1983, est organisée l’exposition « Hervé Morvan » à Landerneau. Naissance de son petit-fils Benoît, le 16 août 1985. Naissance de son petit-fils Antoine, le 4 février 1989.

Du 27 mai au 12 juillet 1997, à Paris, grande exposition « Hervé Morvan, affichiste, cinéma et publicité », présentée à la bibliothèque Forney.

Louise Morvan, son épouse, meurt au mois de mars 2003.

Une certaine élégance

L’élégance est une caractéristique de l’œuvre de Morvan. Les personnages de Monsieur de Lourdines (1943), gracieux et traités dans un style aérien, élancé, qui évite la caricature, sont servis par le texte de l’affiche qui, libellé dans des caractères et des couleurs en rapport, compose une belle mélodie graphique – jusqu’au nom des salles de cinéma qui épousent la courbure de l’ombrelle !

En 1952, Sous le signe de Paris propose une dame portant chapeau et gants, dont la robe s’évase en devenant un plan de la ville. La réussite parfaite de cette image tient certes au rouge du désir, lorsque le visage et les bras de cette élégante citadine épousent la couleur du fond d’affiche. Quelques ombres sous le chapeau et dans les plis de la robe créent le relief. Le slogan, en caractères bas de casse, est imprimé en bleu, reprenant celui de la Seine sur le plan, et la marque est inscrite en anglaise dans un corps plus important. L’énergie est donnée par l’élan du personnage, tout entier tendu vers le haut et la droite de l’affiche.

En 1970 enfin, pour le vingtième salon international du Prêt-à-porter féminin, la grâce entière est dans ce voile pourpre qui s’ouvre sur un corps de femme habillé de seuls regards multicolores. Ces regards que l’artiste traitait déjà longtemps avant.

Quand le regard bouleverse

En ces temps où la publicité se nomme « réclame » et n’a pas encore accédé au statut d’art – alors qu’elle en est un à part entière, au moins sur le plan graphique, d’autant plus que le traitement du sujet n’est pas encore assisté par ordinateur – on fait une maquette, on l’agrandit selon la technique dite « du carreau », on peint à la main par grands à-plats ou au pinceau fin. Et l’on dessine d’incroyables regards.

Dans un traitement qui n’est pas exclusivement réaliste puisqu’il relève à la fois de l’illustration et de la manière propre de l’artiste, les yeux de Viviane Romance dans Feu sacré (1942), de Victoria Marino, chanteuse Pathé (vers 1945) ou de Marie-José, pour les disques Odéon (vers 1945, également) sont troublants, enjôleurs, bouleversants. Et l’on n’est pas, cependant, dans le stéréotype. À quoi tient donc cette vérité, issue d’un graphisme et d’un très grand talent ?

Symbolisme

Peu après la guerre, Morvan présente l’exposition « Publicité de demain » (1949). L’affiche est graphiquement classique, un peu austère, réalisée avec des tons sombres ou mats. Mercure et l’abondance, la colombe de la paix évoquent avec justesse les deux termes de la proposition.

Un an plus tard, pour Air France (1950), Morvan vante le colis postal avion en s’exprimant dans un registre symbolique. Le colis étant « aussi rapide qu’une lettre par avion », il est porté à bras par un personnage dont le corps est constitué d’enveloppes timbrées. Ce bonhomme volant emporte le colis dans les airs jusqu’à un beau quadrimoteur au chiffre de la compagnie aérienne. Bel appareil – les avions à hélice étaient plus beaux, en tout cas plus intéressants à dessiner que ceux à réaction – qui vole dans un ciel traité en camaïeu avec le bleu du logo.

En 1955, symbolisme encore, avec le carton d’un foulard pour le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants pour la paix et l’amitié. Foulard qui fut imprimé en souvenir de la manifestation qui eut lieu à Varsovie du 31 juillet au 14 août de cette année-là. Colombe de la paix, toujours, réunissant dans ses pattes les couleurs des peuples du monde. On note cette persistance du moment à vouloir qu’il existe des Rouges.

Symbolisme, toujours en 1958. Un personnage marron, dégingandé, vu en transparence au travers d’un haut-de-forme retourné. De ce couvre-chef s’envolent, outre un oiseau blanc, des bribes de papier de plusieurs couleurs portant des titres de chansons. C’est là tout Montand, magicien au chapeau symbolique. Cette illustration habille un disque de la maison Odéon, série d’enregistrements en studio des grands succès que le chanteur présenta sur la scène du théâtre de l’Étoile.

Symbolisme enfin avec une pochette de disque de 1959, réalisée, là encore, pour la firme phonographique Odéon. Les personnages – un souteneur, une prostituée, ou bien, à tout le moins, deux êtres un peu marginaux – viennent participer à une surpat’ chez Léo Ferré. Ils apportent gâteaux et champagne et sont accueillis par les chiens du poète. Verres et bouteilles dansent quand entrent ces invités symbolisant l’atmosphère de quelques chansons que Ferré écrivait alors sur Paris, la rue, la nuit. Ils sont représentés, passant la porte avec leurs présents – symbolique posture d’invités, répondant à l’objet du disque : une surprise-partie. Il s’agit d’un disque de danse, enregistré par l’accordéoniste Jean Cardon.

Expressionnisme

Parmi toutes les manières de Morvan, qui sont toujours simultanées, existe une veine « expressionniste » qu’il illustre surtout dans les années 40. L’Implacable destin (1942) use ainsi d’un graphisme tout aussi implacable que son titre : visages à la fois figuratifs et stylisés, élancement du couple vers le haut à droite, c’est-à-dire une figuration classique du mouvement, de l’avancée.

Cinq ans plus tard, La Vallée de la peur (1947) évoque les couvertures des romans populaires. Les visages sont toujours des figurations stylisées et l’utilisation d’une forme de sous-titre (« Une haine sans pardon… ») annonce déjà le slogan publicitaire.

Pour Le Chevalier sans nom, un film de cape et d’épée réalisé en 1947, Morvan propose deux affiches. C’est alors courant, certains films en comptent même davantage. L’une est traitée dans un style qui, résolument, rappelle la bande dessinée, quand l’autre est davantage tournée vers la classique illustration. Les ombres de la première sont figurées par des traits, celles de la seconde par le rendu d’un drapé. Profondeur et perspectives sont différentes.

En 1949, une superbe affiche annonce Frieda où six mains accusatrices d’hommes et de femmes désignent une femme solitaire esquissée au second plan, éclairée à moitié seulement, qui paraît se retenir à son sac à main pour ne pas tomber et lutter contre cette accusation. Rouge, noir et des nuances de blanc grisé composent cette vision d’une solitude dénoncée.

Le Garçon sauvage (1951) introduit déjà la photographie dans l’affiche, en la liant au dessin. Les images, cependant, restent expressionnistes : la photographie s’interpose comme technique, mais, pour l’instant, ne change nullement l’intention. Il n’y a pas de différence fondamentale dans l’idée du Garçon sauvage, par rapport à celle de L’Implacable destin. Morvan s’essaie à ce voisinage nouveau mais il demeure fidèle au type de message transmis comme au moyen de le transmettre.

En 1975, Opération liberté sera une recherche nouvelle, le graphisme pur luttant à cette époque contre l’intrusion, de plus en plus insistante, de la photographie, qui finira par tuer le métier. Morvan cherche autre chose et, depuis deux ou trois ans, renoue quelque peu avec l’affiche de cinéma. Le noir et le rouge évoquent traditionnellement les luttes politiques et sociales. L’expressionnisme sans grande nuance est présent, mais il est traité dans une invention permanente.

On mesure, au vu de ce choix d’affiches, combien un grand artiste peut, au fil des années, se renouveler dans la constance tout en demeurant un reflet fidèle de périodes fort différentes.

L’échiquier des artistes

Se renouveler dans la constance, oui. Par exemple, en travaillant à partir d’un même thème, échelonné sur une vingtaine d’années.

En 1955, pour Max Ophuls et son film Lola Montès, Morvan crée une scène de cirque sur fond de trapèzes, d’échelles et de filins. Les visages qu’il dessine aux personnages évoquent bien entendu ceux des artistes qui les interprètent. Leur position dans l’espace, ainsi que les tabourets de scène sur lesquels ils se tiennent, laissent imaginer qu’ils sont placés sur un damier ou un échiquier, non représenté. Cette très belle œuvre va donner naissance à deux autres, échelonnées sur près de vingt ans.

En 1957, Morvan propose, en matière de pochettes de disques, une de ses plus belles créations, destinée à habiller La Chanson du mal-aimé de Guillaume Apollinaire, dont Léo Ferré a fait un oratorio lyrique. Une représentation avait été donnée, le jeudi 29 avril 1954, à l’Opéra de Monte-Carlo. Les personnages imaginés pour cette représentation scénique sont ici stylisés tels que les habillaient leurs costumes de scène, dessinés par Balmain. Le décor initial les faisait évoluer sur un échiquier, que Morvan conserve partiellement en ne dessinant, de loin en loin, que quelques unes des cases. Les couleurs sont également reprises des costumes originaux. Visuellement, cette image renvoie immédiatement à Lola Montès, dont elle reprend le fond noir sur lequel se détachent des rouges, des roses et des mauves.

En 1974 enfin, pour Violence et passion de Visconti, l’affichiste reprend le thème de l’échiquier en y introduisant la photographie. Les visages des comédiens, issus de scènes choisies, sont montés sur des pièces de bois – l’une d’elles est renversée – évoluant sur des carreaux rouges et blancs… Mais le blanc n’existe qu’en tant qu’intervalle entre les carrés rouges qui répondent à l’esprit du titre s’inscrivant lui-même dans cette couleur, tout comme celui du réalisateur. Ici, cependant, l’échiquier est régulier, géométrique, et non simplement évoqué comme dans le disque de La Chanson du mal-aimé. La perspective est rendue par un dégradé des cases, du rouge vif au rose.

On remarque le cheminement de l’idée : l’échiquier n’est pas présent en 1955, il est suggéré en 1957, il est vraiment figuré en 1974. Le choix, même partiel, de la photographie n’enchante pas Morvan. Sans doute y devine-t-il la fin de son métier, du moins tel qu’il le concevait depuis des années.

Pourquoi cet échiquier, toutefois ? Il n’est pas interdit de penser à Vermeer, dont de nombreux tableaux montrent des personnages sur un sol à damier. Certes, il s’agissait du carrelage habituel dans les habitations du moment, en particulier dans l’atelier du peintre, mais quelques unes de ses œuvres donnent la même illusion : des pièces évoluant sur des cases. Il est très vraisemblable que Morvan a été influencé ou qu’il a volontairement fait une citation picturale.

L’enfance et la joie

L’enfance, chez Hervé Morvan, ne relève jamais du gâtisme. L’image qu’il donne de petites filles et de petits garçons n’est jamais « gnan-gnan », même lorsqu’il s’agit de gâteaux ou de chocolat.

Avant 1958, il dessine surtout des garçons, ou bien des garçons et des filles ensemble (sauf pour les biscuits l’Alsacienne, évidemment). Mais, après 1958, dans l’ensemble, beaucoup plus de fillettes. Ce n’est pas un hasard : Véronique Morvan est née en 1958, après dix-huit ans de mariage. Et dans la merveilleuse série « Jeunesse au plein air », créée de 1961 à 1980 avec une confondante régularité et un constant bonheur d’imagination, garçons et filles se partagent la vedette.

Pour la belle série de livres de la collection « Printemps du monde » où de petits enfants, sous toutes les latitudes, racontent aux lecteurs de France leur mode de vie, Morvan dessine des personnages dont la tête ronde est disproportionnée. L’illustration du livre pour enfants, dans les premières années 50, n’autorise pas une vision trop osée : les limites, alors, sont posées et acceptées et c’est dans le cadre de ces contraintes que Morvan laisse aller sa fantaisie, sans perdre de vue l’aspect didactique qu’impose l’époque.

Variations sur le thème de la balançoire, les deux affiches créées pour Danone en 1954 jouent sur la couleur et la disposition du slogan. Le mot « équilibre » est ici illustré sans être paraphrasé. C’est le génie de Morvan : ses images ne paraphrasent jamais le texte que lui imposent les commanditaires.

1961 voit naître l’adorable petite fille qui va à sa toilette et emporte avec elle « son » eau de Cologne, celle du mont Saint-Michel. Sur un plateau, plusieurs bouteilles dessinent le mont. Cas typique de l’illustration sans paraphrase, mais par l’évocation. La blondeur de l’enfant n’a d’égale que celle de « son » eau de Cologne. Graphiquement, on note l’utilisation, pour le slogan, d’une police de caractères exclusivement en bas de casse (minuscules), choix typographique alors à la mode et qui persistera durant toutes les années 60 et un peu au-delà.

L’humour constant de l’auteur et la joie de l’enfance se retrouvent vers 1965 pour une commande de devoirs de vacances où petits garçons, oiseaux et ballon dessinent des couvertures pleines de fantaisie, à l’opposé du pensum que sont souvent, à ce moment-là, les devoirs obligatoires de l’été.

Humour

L’humour est évidemment l’aspect le plus connu de l’artiste. En pleine Occupation, il dessine l’affiche du film Madame et le Mort (août 1942), avec un fantôme-cible hilarant. La couleur du graphisme est assortie à l’ombre qui donne au personnage féminin son relief, comme au fond bleu de la scène.

Après la guerre (1946), le film Les Enquêtes de Roland Gauthier, au titre encore si conventionnel (les enquêtes de…, les aventures de…) marie le dessin réaliste au graphisme humoristique, celui du petit personnage à chapeau et micro, noir avec un œil blanc, qui traverse l’image en courant, son ombre grise le suivant. Un fond de bandes jaunes se mêle par endroits au beau portrait réaliste.

En 1949, « La première laine » compte parmi les plus anciennes traces de l’humour à la Morvan : personnage d’homme nu tricotant sa propre feuille de vigne, les yeux – que seuls déterminent ses sourcils – baissés sur son ouvrage et sur sa pudeur, coiffé avec une raie au milieu, le reste du visage n’étant pas figuré. Ce qui est bien compréhensible : l’homme est « à poil », on ne peut donc représenter que sa pilosité. Fond jaune alors classique pour cette affiche plutôt osée pour son temps, mais pleine de drôlerie.

1952 : une grande caractéristique de l’art de Morvan se trouve dans la belle œuvre qu’il réalise pour Panzani. Il s’agit de la fusion de l’objet ou du produit montré avec le corps du personnage. En témoigne ce cuisinier italien dont le buste est de spaghettis.

La même année, le personnage, imaginé pour Bailly, fait corps avec sa chaussure, au point que le lacet devient sa cravate. Toujours en 1952, il présente la version féminine : le bel escarpin Bailly se transforme en robe. Le slogan « La chaussure qui habille » renvoie évidemment à cette vision anthropomorphique.

En 1953, selon un principe similaire, la bière Grutli devient la femme de l’homme qui la boit, la mousse de la boisson dessinant le visage de l’aimée qu’il embrasse.

Deux ans plus tard, la même idée est reprise dans un traitement charmant pour les galettes Saint-Michel (1955), la galette en question devenant l’auréole du saint, qui n’a pas hésité à en prélever un morceau pour le déguster.

En 1957, le premier salon du Cinéma se tient aux Champs-Élysées. Le porte-voix qu’utilisent alors les metteurs en scène est conique et il s’imbrique dans trois cônes de lumière pour figurer une scène sur laquelle s’agitent deux personnages. Le fond d’affiche est noir, comme il est de tradition en matière de cinéma.

1958 voit naître l’affiche créée pour Mir. Comme le produit, c’est bien connu, nettoie tout, une ménagère à tablier de dentelle a tout lavé avec : vaisselle, émail, laine, voiture et chien, tout cela séchant à présent sur la corde d’étendage.

Mais l’hiver arrive, il faut préparer les voitures à la mauvaise saison. Pour l’huile Esso, alors vendue en bidons de métal cylindriques, Morvan imagine un ours blanc conduisant une automobile qui est une plaque de glace détachée de la banquise. Il porte casquette, lunettes et gants mais son nez coule.

1960, les temps changent et la confection industrielle apparaît. Pour les vêtements de la Belle-Jardinière, retour à l’anthropomorphisme. L’homme en complet pied-de-poule devient son propre costume et se pend lui-même sur un cintre.

Deux ans plus tard, l’eau d’Évian (1962), qu’on propose à l’époque en bouteilles de verre d’un litre, est montrée selon un procédé lettriste. Plusieurs bouteilles et des éléments transparents évoquant le verre et l’eau s’unissent pour écrire le nom de la marque. C’est une belle réussite graphique.

Et puis, vers 1969, l’humour de Morvan fait plaisir à voir, comme rend heureux l’allégresse qu’il éprouve, manifestement, à dessiner des enfants, filles ou garçons, et notamment cet adorable coquin aux joues rouges qui a tellement sali et taché ses vêtements qu’on va le mettre directement dans la machine à laver Bendix, et encore, en l’attrapant avec des pincettes. Ce qui paraît beaucoup l’amuser.

Politique et social

Après la guerre, Morvan crée des œuvres politiques et sociales dont le graphisme témoigne des espoirs du moment : l’homme nouveau dans la fraternité. Le Parti communiste a une politique nationale et, tout d’abord, nataliste. « Aider la mère de famille, c’est aider la France » (1947) reprend, qu’on le veuille ou non, l’image de la Vierge à l’enfant. Le mouvement s’étend toujours vers la droite, considérée, à cause du sens de lecture, comme le fait d’aller de l’avant. Ce même mouvement est figuré par les cheveux de la mère, auxquels se mêle un foulard tricolore.

Les Journées de printemps de la jeunesse (1948) induisent toujours le mouvement vers la droite avec un élan vers le haut. Les visages touchent aux nuages et un bouquet de fleurs rouges signe l’ensemble. Le 27e congrès de la CGT (1948, encore) répond à des exigences identiques : une femme – donc une mère, donc l’avenir – tirée vers le haut et la droite de l’affiche, aidée par qui la précède et aidant qui la suit, figurant ainsi la continuité et le renouvellement des générations, la transmission de la vie.

Vers 1949, « Avec les communistes » est encore une illustration du même propos. L’indépendance, le pain, les libertés et la paix se traduisent, en langage graphique et idéologique, par la présence d’une femme dont les cheveux vont de l’avant et qui appelle, derrière elle, un peuple invisible à la suivre. Son drapeau voit s’épanouir une colombe : c’est la partie blanche des trois couleurs.

En 1955, la Mutualité PG prend dans ses bras comme dans un nid toute une famille qu’elle éclaire de son feu chaleureux, de sa lumière protectrice : un très beau dessin évoquant une lampe ou une maison avec une cheminée.

En 1958, pour L’Humanité, le ton est plus léger mais demeure austère. Les bras sont tricolores, ils tiennent des journaux pliés dont on ne voit que la manchette. Le slogan est bref et décidé : « À présent , c’est mon quotidien ».

En 1959, reprise du thème des bras et des mains mais, cette fois, par la jonction de toutes les couleurs de peau des peuples de la terre. Le bouquet de mains s’ouvre en direction d’une colombe. C’est la Journée nationale contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix.

À partir de 1960, le graphisme s’ouvre au sourire. Finies les scènes symboliques, un brin didactiques. Le personnage qui lit La Vie ouvrière, journal qui est son corps même et dont le visage en est éclairé, est l’héritier des affiches publicitaires que l’auteur réalise parallèlement. La guerre est loin, la Reconstruction est achevée, la prospérité augmente. L’humour sert alors l’efficacité.

Le même raisonnement s’applique à L’Humanité, vers 1966 : les journaux pliés servent cette fois d’escalier (vers la droite de l’affiche, encore le sens de lecture) à une Marianne qui s’en va vers des lendemains meilleurs.

Entracte dramatique, en 1965, pour le gala au profit des sinistrés de M’Sila auquel, à la Mutualité, Jean Ferrat et de nombreux artistes apportent leur concours : la gravité du moment paraît imposer le retour au motif des bras tendus – mais ce sont des bras qui implorent de l’aide, sur fond de constructions brisées et de ciel rouge.

Hormis cette manifestation exceptionnelle, l’humour reste maintenant de mise et, de 1971 à 1975, Morvan va illustrer, chaque année, les couvertures du numéro « Spécial impôts » de La Vie ouvrière, avec une étonnante variation sur le thème « ne pas se laisser peler, mettre à sec, tondre, plumer, piéger ». Une suite très inventive, résolument tournée vers l’illustration humoristique, alors qu’il s’agit de traiter le sujet le plus austère qui soit.

Un authentique dessinateur

Morvan trouve quelquefois l’occasion de s’exprimer en tant que dessinateur, lors de commandes pourtant commerciales, mais qui traitent du domaine culturel. En 1955, pour les disques Odéon, il dessine Léo Ferré, son ami ; un beau portrait, à la fois réaliste et symbolique. Le disque devient note de musique. Ferré au piano tourne avec lui et la hampe de la croche, en même temps que les cheveux du poète, imprime un mouvement vers le haut et la droite. Le visage est comme éclairé par les lumières de la scène et le 33-tours brille de ses plus beaux reflets. À l’énergie et à la poésie de ce dessin de belle facture s’ajoute le rouge de la passion et du désir, en fond d’affiche.

Morvan avait une certaine révolte vis-à-vis des publicitaires. Son talent se donne davantage libre cours lorsqu’il dessine, par exemple, la pochette du disque d’un artiste qu’il admire. Là, en effet, il crée une part intégrante de l’objet qui sera vendu, et non une affiche vantant et célébrant l’objet en question. L’optique est différente, le dessinateur est moins prisonnier de l’efficacité commerciale requise et le résultat est encore plus poétique. Une maquette de pochette s’imagine et se conçoit alors sur un carré de carton léger, à la gouache et au pinceau fin pour le dessin et la recherche du lettrage. Celle du disque de Léo Ferré chez Odéon, en 1958 (Encore du Léo Ferré), est un carré de 14, 3 cm de côté où, déjà, sont figurés tous les éléments de la réalisation définitive, avec leurs couleurs. Il en va de même pour l’affiche, trois ans plus tôt : sur un carton un peu plus épais, une maquette rectangulaire de 13, 5 x 20 cm.

Toujours dans le domaine culturel, voici, échelonnée de 1963 à 1965, une très belle série de pochettes de disques pour la série « Théâtre » des sélections sonores Bordas. Et tout d’abord, le catalogue lui-même, avec cette charmante silhouette de dame dont les traits ne sont pas dessinés mais dont la très élégante vêture est une bibliothèque. Sa pose est pleine de grâce. Homère, Molière, Musset, Racine et Corneille, dits par de grands comédiens en cette période où le microsillon constitue une forme authentique de diffusion de la culture, trouvent avec le dessin de Morvan un habit à leur mesure. Les comédies reçoivent des pochettes humoristiques, les tragédies en ont d’autres au graphisme épuré, splendide, avec des clairs-obscurs ambivalents. De grands textes somptueux, d’illustres voix, des dessins richissimes, voilà une magnifique collection de disques culturels.

Photographies de Morvan

À quinze ans, mains aux hanches et bob blanc sur la tête, il regarde la mer, miroir de l’homme libre, eût dit Baudelaire. À dix-sept, il pose, regard amusé et mains dans les poches de son pantalon court. Il peint des façades de cinéma. C’est un métier où l’on doit grimper sur les échafaudages, où l’on peint des panneaux à l’échelle du fronton des salles, des immeubles, de la rue. C’est un considérable travail physique, en même temps qu’artistique. Comme les gens de sa profession, Morvan porte une tenue blanche de peintre, un béret blanc sur la tête.

Sa carte de membre (n° 186) de l’association Les Amis de Tourisme et travail et de Travail et culture, à laquelle il adhère le 10 janvier 1948, présente une photographie sans doute plus ancienne. L‘artiste est coiffé en brosse, porte une cravate claire sur une chemise sombre, et un imperméable. Il ignore l’objectif et laisse aller vers le bas un regard rêveur, avec une moue mélancolique. Sur sa carte (n° 187), la belle femme brune qu’est son épouse a l’air décidé, énergique. Il est inscrit comme décorateur, sa femme est notée sans profession.

L’homme qui, en 1956, regarde, dubitatif, l’appel à souscription pour un emprunt de la SNCF, exprimé par des affiches déchirées dont quelques lambeaux s’étalent encore sur un panneau des affichages Publiac, doit se dire qu’il est bien éphémère, fragile, l’art de l’affichage. Médite-t-il sur la fugacité de son destin ?

Voici l’homme, photographié par Willy Ronis en compagnie de Savignac, en 1958.

Voici l’homme aux belles chemises qui déplace ses panneaux. Peintre, affichiste, sont des métiers qui exigent de la place. À la maison, les maquettes, les pochades envahissent l’espace. Louise Morvan se plaint : « J’ai épousé un peintre, je me retrouve avec un homme d’affaires ». Personne n’en croit un mot, bien sûr, surtout pas elle. Elle songe peut-être au jour où tous deux posaient en amoureux au bord d’une rivière. Elle porte un grand bouquet et sourit, tandis que l’artiste, en chemise à carreaux et pantalon court, la regarde, médusé.

Voici l’homme, photographié par Doisneau en 1978, avec sa fille et Léo Kouper.

Le petit garçon à la raie sillonnant une coiffure appliquée est devenu ce monsieur à moustache blanche, à présent photographié par Alain Roger dans son atelier. Le polo sagement boutonné a fait place à une chemise à carreaux à col ouvert. Il a l’air grave et chaleureux à la fois. Tel qu’en lui-même, il reçoit un visiteur et s’entretient avec lui de son métier, qui est un art.

Pour ne pas conclure

Le colleur d’affiches du métro n’emporte plus de rires dans son sac. Son pot de colle et son échelle n’ont pas suspendu le temps qui passe et ce qu’il placarde aujourd’hui, quand il change les draps de la nuit, n’a plus beaucoup de poésie. Il ne le sait pas, il s’en moque, mais il lui manque la joie que devaient bien avoir quelque jour son père et son grand-papa, quand ils collaient sur les murs glacés du métro le sourire d’Hervé Morvan.

Bibliographie

Jean-Philippe Guérand, Rémy Jounin, Jean-Luc Morel et Hubert Isard, Les Affiches de cinéma des films comiques français en 1979, dossier de trente-deux pages dactylographiées, dédié à Hervé Morvan.

Léo Kouper, « Je l’appelais M. Morvan », in Trait d’union (bulletin du syndicat national des graphistes), n° 1, juillet 1980 (rééd. in catalogue de l’exposition de Dieppe, 1981).

Anne-Claude Lelieur et Raymond Bachollet, Hervé Morvan affichiste, collection « Affichistes », Agence culturelle de Paris, 1997.

Jacques Layani, « Le poète et l’affichiste », in Les Chemins de Léo Ferré, Christian Pirot, 2005.

Michel Archimbaud et Ariane Valadié, Hervé Morvan, The Genius of French Poster Art, Pie Books, 2010.

 

Remerciements amicaux à Mme Véronique Morvan et à M. Léo Kouper.

 

[1]. Cette biographie doit beaucoup à la chronologie contenue dans le livre d’Anne-Claude Lelieur et Raymond Bachollet, Hervé Morvan, affichiste, Agence culturelle de Paris, 1997. Elle est complétée par des archives familiales, obligeamment prêtées par Véronique Morvan.

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lundi, 03 juillet 2017

Hervé Morvan aurait cent ans

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Il herve-morvan-radiola.jpgaurait eu cent ans cette année, mais aucune commémoration, de quelque nature qu’elle eût pu être, n’a eu lieu, à ce jour tout au moins.

Hervé Morvan (1917-1980) fut un très grand affichiste, illustrateur et peintre.

Un artiste authentique.

 

 

Bibliographie

Anne-Claude Lelieur et Raymond Bachollet, Hervé Morvan affichiste, collection « Affichistes », Agence culturelle de Paris, 1997.

Michel Archimbaud et Ariane Valadié, Hervé Morvan, The Genius of French Poster Art, Pie Books, 2010.

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dimanche, 21 mai 2017

Jean-Claude Izzo

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L’impudent taulier a fait paraître un article dans le n° 127 de la revue 813, qui vient de sortir. C’est un salut à l’excellent romancier et poète Jean-Claude Izzo.

jeudi, 18 mai 2017

Un nouveau livre du taulier

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Le taulier a honte. Il vient encore de se singulariser en faisant paraître Des journées insolites, un recueil de nouvelles sans intérêt. Veuillez l'excuser.

mercredi, 17 mai 2017

Gouvernement provisoire

Un gouvernement de droite, de droite et de droite. Le PS n’étant naturellement pas de gauche, le centre n’existant pas autrement que par la droite, il n’y a donc dans ce gouvernement, certes très provisoire, que des personnalités de droite. L’Éducation nationale est confiée à un directeur d’école de commerce, l’Intérieur au doyen du gouvernement, la Culture à une éditrice, c’est-à-dire à une commerçante (y a-t-il encore quelqu’un pour croire que l’édition a un rapport quelconque avec la culture ?), et le pitre Bayrou, qui n’avait bien sûr rien demandé, se retrouve à la Justice où, comme d’habitude, il ne fera rien.

Bref, le blanc-bec aux yeux vides (à part l’ambition, que lit-on dans son regard ? Rien.) a récompensé ses soutiens. Preuve éclatante que tout va continuer comme par le passé. L’ambitieux distribue des prébendes aux fidèles et écarte les femmes des postes importants. Quelle nouveauté !

Quand les cocus macroniens commenceront-ils à reconnaître que, décidément, ils ont cru en des mirages ?

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vendredi, 12 mai 2017

Eh bien, dansez maintenant

La Benne n’est pas passée, elle n’avait aucune chance de passer. J’ai voté blanc au deuxième tour.

Macron représente tout ce que je déteste ou presque. Il faut le coincer immédiatement. C’est d’ailleurs ce que veut faire la droite, il faut donc que nous le fassions à gauche. Est-ce que ce sera possible ? Je voudrais tant qu’il soit totalement bloqué, dans son action, par une cohabitation de gauche ! Malheureusement, je n’y crois pas beaucoup.

La Benne est contestée à présent dans son propre parti, ce qui est une bonne chose bien sûr (qu’ils se bouffent entre eux tant qu’ils voudront) et sa nièce, Pétain-La Benne, va prendre des vacances. Que de bonnes nouvelles !

L’ordure, le sournois Fillon a disparu de la scène publique, pourvu que ça dure.

Je pense que Mélenchon a raison de se présenter à Marseille, où il était en tête au premier tour. Pourquoi ne se présenterait-il pas dans une ville où il a des chances d’être élu ? Il est nécessaire qu’il siège à l’Assemblée nationale. On lui reproche de se présenter face à un socialiste. Eh bien ? Pourquoi ferait-il une fleur au PS qui s’est totalement déconsidéré, et ce depuis longtemps, et qu’il a lui-même quitté il y a déjà plusieurs années ?

Valls est en train de mourir politiquement, j’espère. Rejeté d’un côté, pas accepté de l’autre, il veut maintenant se présenter « en homme libre » dans « sa » circonscription. J’espère vraiment qu’il y recevra une raclée formidable et pourra enfin aller vendre des aspirateurs (des machines à coudre, des pommes de terre ou des pantalons, au choix). Ce sale type de droite qui se dit de gauche a inventé le concept de « gauche de gouvernement » qui ne veut rien dire, pour justifier sa propre position. Quelle saloperie !

Déjà, le consensus Macron-Bayrou s’effondre, quelques jours après l’élection. Tous ces guignols putrides prétendent vouloir moraliser la vie politique ! Cela dit, Macron va se faire tirer dans les pattes par Bayrou, tout au long des cinq années à venir. Bayrou ne représente rien, mais c’est pourtant lui qui a fait élire Macron (tout seul, il aurait représenté moins que rien).

Et voilà que, pour les élections législatives, la fille de Brigitte Macron, Tiphaine Auzière, est investie en tant que suppléante… Vive le changement de pratiques et de mentalité !

Le bal des cocus a commencé, l’orchestre s’est accordé. En piste, les déçus du macronisme.

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vendredi, 05 mai 2017

Vive la parité

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Le père Chirac et son équipe, au soir du 21 avril 2002. Vive la parité.

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dimanche, 30 avril 2017

L'imagination au pouvoir

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J’ai toujours été en admiration devant l’imagination des éditeurs et des maquettistes. Ici, l’ami Derain sert la soupe à Stock et à J’ai lu. Et je ne parle pas de Hopper, dont les œuvres – la plupart du temps, les mêmes – se sont retrouvées par dizaines en couverture des livres les plus divers.$_12.JPG

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samedi, 29 avril 2017

Sus à la médiocrité

Ainsi, Dupont-Aignan, que quelques naïfs pouvaient encore croire honnête, vient de faire connaître le prix auquel on pouvait l’acheter. Il n’était pas très élevé : un portefeuille de Premier ministre. Eh bien voilà, il suffisait de le dire.

Ce faisant, il commet une erreur magistrale. Il se déconsidère totalement aux yeux de son propre camp comme à ceux de ses électeurs. D’avance, il a tout perdu, il n’existe plus. Elle, la mère La Benne, en commet une autre : elle avoue ainsi publiquement qu’elle avait besoin des voix de Dupont-Aignan – qui ne se reporteront pas forcément sur sa candidature, en tout cas pas toutes – et surtout, qu’elle ne disposait de personne, dans ses propres rangs, pour occuper le poste en question. Faute de commerce de proximité, elle est allée s’approvisionner au supermarché.

Dupont-Aignant, sans doute, avait besoin d’un parti pouvant prendre en charge ses frais de campagne qui ne lui seront pas totalement remboursés. Le ridicule n’ayant, on le sait, pas de bornes, il ose dire qu’il ne s’agit pas pour lui d’un ralliement, que son mouvement demeurera. Lui, restera indépendant. Il prend vraiment les Français pour des crétins. C’est habituel mais, à ce point, cela devient indécent : il dirigerait un gouvernement en étant indépendant ?

Avec leurs minables arrangements, ces deux personnages, sinistres d’entre les sinistres qui, précisément, disaient condamner ce type de cuisine, rendent publique leur totale incompétence. Heureusement, ils courent au désastre.

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dimanche, 16 avril 2017

Et puis Melville

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Cette année, Jean-Pierre Melville aurait eu cent ans.

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samedi, 15 avril 2017

Les temps ont bien changé

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La Dépêche du 19 novembre 1965

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vendredi, 14 avril 2017

Le taulier a encore frappé

À paraître chez l’Harmattan, sans doute dans le courant du mois de mai, un bref recueil de nouvelles un peu fantastiques, Des journées insolites. Veuillez excuser le taulier d’encore se manifester. Son outrecuidance est pénible.

samedi, 08 avril 2017

Le taulier et la taulière vous saluent de Marseille

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18:42 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 29 mars 2017

Valls soutient qui, déjà ?

On savait que Valls était une crapule. On ne s’étonnera pas de découvrir qu’il est une ordure.

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vendredi, 17 mars 2017

Il faut bien en convenir

On dira encore que je mens, que jexagère, que je me moque du monde, que je ne sais plus quinventer ou que je vois mal, mais il faut en convenir : à Beaucaire (Gard), les femmes ont quatre jambes.

Beaucaire, 17 mars 2017 (9).JPG

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La corruption s’habille comme il faut

Empêtré dans ses histoires de costumes – pourtant coupés sur mesures – et en attendant qu’on trouve à lui reprocher des questions de chaussettes, François-le-Corrompu persiste à croire qu’il sera élu et à donner des leçons de probité à tout le monde. Cette crapule absolue doit impérativement être éliminée dès le premier tour. C’est un danger public, assurément pire que la mère La Benne dont on sait au moins qu’elle est vulgaire. Lui, paraît distingué (quoique de moins en moins) et de cela, il faut se méfier. La crapulerie sait porter des vestons bien coupés.

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jeudi, 16 mars 2017

Prétention

Dire aussi ceci, qui m’amuse infiniment. À notre retour, hier, je m’aperçois qu’une minuscule araignée s’est glissée sur ma table, entre une feuille de papier blanc et ma loupe. Sous la loupe, donc, l’insecte, bien que grossi, demeurait de proportions ridicules. J’ai beaucoup ri, pensant à La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et, partant, à l’ami La Fontaine qui nous eût à coup sûr conté cette fable, La Loupe et l’araignée.

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vendredi, 10 mars 2017

Amitié

Ce texte a été écrit en 1982.

L’amitié est un roman d’amour détourné. Une amitié qui tourne court est une nouvelle ratée.

Je sais des amis qui se taisent longtemps et qui, de quinze-cents kilomètres plus loin, vous envoient de temps à autre un mot qui vous parle d’eux.

Je sais des amis qui vous glissent entre les doigts comme un savon.

Je sais des amis qu’on oublie parce qu’on les a ratés.

Je sais des amis qu’on croyait, qu’on a cru être tels et dont la présence était tellement chaude qu’elle vous a brûlé.

Je sais des amis qui devaient être liquides, puisqu’ils se sont évaporés.

Je sais des amis insupportables, qui n’ont jamais été à l’heure une seule fois durant de nombreuses années.

Je sais des amis qui, avec le temps, ont pu évoluer autrement que vous, si bien que le sentiment s’est égaré en utilisant une carte qui n’était pas à jour et ne signalait pas les déviations.

Je sais des amis teinturiers qui vous nettoient à sec, ce qui fait mal mais vaut peut-être mieux que de vous passer la brosse à reluire.

Je sais des amis marque-page, que l’on retrouve au détour de son livre intime.

Je sais des amis qui trouvent normal de partir un jour avec votre femme.

Je sais des amis qu’on rêve et qu’on ne trouvera pas.

Je sais des amis qui n’ont pas eu le temps de le devenir et des amis que le temps a fait devenir autre chose (autre chose qu’eux-mêmes, parfois).

Je sais des amis impitoyables, qui vous moquent sans cesse et vous bousculent pour vous faire vous rendre compte de votre laisser-aller.

Je sais des amis qu’on oublie parce qu’ils ne sont pas des amis.

Je sais des amis qui ne sont pas du même milieu que vous, que tout oppose à vous et qui pourtant sont chauds en certaines circonstances.

Je sais des amis qui donnent et des amis qui prennent, de ceux-là surtout.

Je sais des amis qui vous donneraient leur chemise et d’autres qui prendraient votre pantalon.

Je sais des amis qui ne sont plus que des photographies datées dans un album.

Je sais que l’amitié est louche et je finis par croire que, contrairement à la légende, elle est aussi éphémère que l’amour.

Ces amitiés mourantes dont on s’obstine à vouloir tirer quelque chose ressemblent à ces tubes de dentifrice quasiment vides qu’on n’en finit pas de presser et de tordre et qui finissent par mourir tristement au fond d’un verre à dents taché.

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mardi, 07 mars 2017

Le menteur sournois

Fillon est un menteur.

Il a menti en disant que la journaliste anglaise qui avait interviewé sa femme il y a dix ans s’était rapprochée d’elle à la suite de la rediffusion télévisée d’il y a quelque temps pour lui dire combien elle était dégoûtée de l’usage qu’on faisait de son film. C’était faux, elle l’a elle-même démenti : « Facts, Mr Fillon, facts ! » a-t-elle conclu.

Il a menti en disant qu’il avait obtenu quatre millions de voix lors de la primaire de la droite. Comme si tous les votants s’étaient exprimés en sa faveur.

Il a menti en disant que les médias avaient annoncé le suicide de son épouse et que c’était révoltant. Il n’a pas été possible de retrouver la moindre trace de cette supposée fausse information. La fausse information, c’est lui qui la crée.

Fillon est un menteur sournois. Il était sournois lorsqu’il était ministre des Affaires sociales. Il était sournois lorsqu’il était Premier ministre.

Fillon n’existe pas. Il était mort politiquement du temps de Sarkozy, il est mort politiquement aujourd’hui.

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dimanche, 05 mars 2017

Nous prendrait-on pour des imbéciles ?

Nous prendrait-on pour des imbéciles ?

Oh non, je n’ose le croire. C’est une pure coïncidence. Mme Fillon, qui se taisait obstinément depuis plusieurs semaines, vient aujourd’hui s’exprimer dans Le Journal du dimanche, du groupe Lagardère, pour tenir des propos manifestement récités : une leçon préparée par les responsables de la communication de son époux. Elle raconte le contraire de ce qu’elle disait il y a dix ans dans l’interview télévisée rediffusée il y a peu. Elle appuie sur le fait que seul son mari a un projet pour la France et se trouve à même de redresser la situation, bref, elle répète ce qu’il dit, elle ânonne, même. Et ce monument d’hypocrisie est publié aujourd’hui, quelques heures avant la manifestation prévue au Trocadéro, qui va rassembler – sous une pluie importante – le dernier bastion de l’imbécillité militante, conduite par la crapulerie populiste.

Rappelons qu’une contre-manifestation se tiendra en même temps à la République, avec pour mot d’ordre la dénonciation de la corruption des élus.

Dehors, Mme Fillon. Sous la pluie, avec les sbires de votre malencontreux mari. Dehors. Et ne revenez pas.

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samedi, 04 mars 2017

Les raisins verts sont devenus noirs

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Je salue la mémoire de Jean-Christophe Averty, homme inventif et généreux, imaginatif et courageux. Il fut un temps où radio et télévision ne pouvaient être assimilées à l’excrémentiel.

19:16 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

Fou de rage

Et si, tout simplement, Fillon était devenu fou ? Fou de rage et de désespoir de voir le pouvoir – encore plus de pouvoir, encore plus d’argent et d’avantages – lui échapper ? On peut se le demander. En tout cas, son comportement est suicidaire. Cela étant, je ne vois aucun inconvénient à ce qu’il veuille se suicider.

Depuis que la politique est considérée comme une carrière et non plus comme un dévouement à la République, voire un sacerdoce (cela a-t-il seulement existé ?), les anciens Premiers ministres imaginent que devenir président de la République est un droit. Eh bien non, ce n’en est pas un, et il n’existe pas de carrière toute tracée. Tous les Premiers ministres, dans l’histoire de la Ve République, ont été battus lorsqu’ils se sont présentés à l’élection présidentielle. Sans exception. Pompidou fut élu, certes, mais après avoir cessé d’être Premier ministre et encore, ce fut à la suite de la démission du Général et en « surfant », comme on ne disait pas encore, sur la vague de son héritage (« le changement dans la continuité », avait-il pour slogan). Chirac le fut aussi, mais plusieurs années après avoir été Premier ministre de Giscard puis de Mitterrand. Et s’il fut réélu, ce fut avec les voix de ses adversaires. Pour chacun des deux hommes, ce fut affaire de circonstances, de contexte. Rien de tel aujourd’hui.

Il n’est pas de droit à devenir président de la République. Aucune obligation, aucune loi morale ou politique, aucune conséquence logique, inéluctable.

Dehors, le fou Fillon.

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jeudi, 02 mars 2017

La tristesse de ce temps

Ainsi donc, le totalement déconsidéré sieur Fillon, lâché par de plus en plus de ses soutiens, compte à présent s’appuyer sur une manifestation prévue dimanche au Trocadéro. Ce rassemblement est dirigé contre les juges. C’est ahurissant et beaucoup de personnalités de droite s’en démarquent d’ailleurs, corrigeant « contre les juges » en « de soutien à Fillon ». Cette attitude ne s’est jamais vue et comporte d’extrêmes dangers. Fillon, en se posant – puisque, ne pouvant répondre sur le fond, c’est sa seule manière de se défendre – en victime de la presse, du pouvoir, de la justice, des méchants, de la gauche et du menuisier du coin, s’enferre, s’embourbe, s’enlise même. La presse étrangère est consternée et la France caricaturée par l’entêtement imbécile de celui qui, s’il venait par malheur à être élu, n’aurait à l’évidence plus aucun poids sur la scène internationale d’une part, et serait source de désordre permanent dans le pays d’autre part.

En annonçant qu’il se rendra, le 15 mars, à la convocation des juges, il estime qu’ainsi, il ne sera pas fait d’amalgame entre Marine La Benne et lui. C’est dire assez qu’il eût été capable, autrement, de ne pas se présenter. Il n’a pas à craindre l’amalgame mais l’identification : d’une benne à une ordure, il n’y a que la différence qui existe entre le contenant et le contenu, mais tous deux vont l’amble.

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dimanche, 26 février 2017

Clay conteur

Quand Philippe Clay publie ses souvenirs en 1980, « ce n’est pas triste », comme on dit. Il ne s’agit nullement de ses mémoires de comédien et de chanteur, mais uniquement de son adolescence – entre douze et vingt ans – chahutée et accélérée par la guerre : le récit tient en huit années, de 1939 à 1947.51d9RPg3NpL._SX314_BO1,204,203,200_.jpg

Clay a un véritable talent de conteur. Les épisodes qu’il narre dépassent le cadre d’anecdotes pour acquérir le statut enviable de scènes. Le ton est toujours juste, le souffle maîtrisé, le rythme exact.

C’est un livre très humain, souvent émouvant, toujours sincère, où l’on s’esclaffe régulièrement. Quant aux dernières pages, dans lesquelles l’auteur met en scène son redoutable ami Jacques, étudiant en médecine, elles sont inénarrables, mêlant le rire et la stupéfaction.

Philippe Clay, Mes universités, Laffont, 1980.

samedi, 25 février 2017

La Virevolte par Nancy Huston

Cette note de lecture a été rédigée en 1994.

Une danseuse professionnelle abandonne un jour ses deux filles pour se donner à son métier et parce qu’elle ne peut plus nier sa vérité intérieure, c’est l’argument, très résumé, de La Virevolte, par Nancy Huston, écrivain d’origine canadienne, qui a choisi d’écrire en français depuis de nombreuses années.

la-virevolte-159849-264-432.jpgBien sûr, ce n’est pas tout. Ce roman est avant tout l’expression réussie de plusieurs sensibilités féminines, celle de Lin, la danseuse ; de son amie Rachel ; de ses filles, Angela et Marina, surtout. Et aussi, celle de l’amour difficile, aussi bien entre Lin et son mari Derek, qu’entre Rachel et Sean. D’autres personnages, certaines destinées se croisent autrement et Nijinski et Isadora Duncan passent en songe. Une sensualité extrême parcourt le texte, avec comme un appel constant vers la lumière, un envol permanent d’un mal de vivre à l’autre.

Nancy Huston, dans ce livre qu’il convient de savourer à petits coups ambrés, odorants, opte pour une écriture narrative qui répond à un double mouvement. La structure classique, linéaire, de la phrase éclate parfois pour devenir une mise en forme déstructurée qui, de loin en loin, aligne la prose sur la poésie, aboutissant à des retours à la ligne, à la suppression de la ponctuation et, tout particulièrement, du point final. Ce qui s’interprète aussi comme une « mise en danse » de l’écriture, une chorégraphie. Comme l’expression typographique (disposition) et syntaxique (langue et écriture) de l’évolution du personnage. À aucun moment, cette méthode n’entache le sens immédiat d’un récit qui n’a rien d’abscons. Tout au plus pourrait-on lui reprocher une durée assez peu maîtrisée : on a peine à croire que tant d’années s’écoulent dans le temps du roman ; mais ce défaut « technique » ne nuit pas réellement au sentiment brûlant, voire au malaise que peut éprouver le lecteur devant un sujet tabou, alors que l’auteur ne porte aucun jugement, jamais. Elle présente avec une immense sincérité des écorchures aux guérisons contradictoires. Et l’éternelle patience des femmes, face à la vie, face au désir, face à leur accomplissement souvent bâti sur des décombres. D’une mère à sa fille, d’une fille à la sienne, se transmet le même mystérieux secret : le langage de l’eau.

Nancy Huston, La Virevolte, roman, Actes Sud, 1994.

samedi, 11 février 2017

L'obstiné ridicule

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Ainsi donc, l’homme qui, il y a quelques jours encore, demandait à être entendu au plus vite par le parquet national financier, conteste aujourd’hui, par la voix de ses avocats, la compétence de celui-ci. L’homme qui demandait à ses amis de le soutenir durant quinze jours fait à présent ce qu’il peut pour faire traîner la procédure en cours. L’homme qui est incapable de fournir la moindre preuve d’un travail réellement effectué par son épouse – sans quoi cela serait fait depuis longtemps – se défend en invoquant un complot médiatique. Le reste à l’avenant : la journaliste anglaise, auteur de l’interview de sa femme effectuée il y a dix ans, se serait rapprochée d’elle pour lui dire combien elle était choquée de l’utilisation qui avait été faite par la télévision de l’archive filmée correspondante, ce que l’intéressée a immédiatement démenti ; l’homme présente des excuses alors qu’il assure n’avoir rien fait de répréhensible. Son propre parti le soutient du bout des lèvres et certains de ses membres, pas du tout – ou bien en déplorant sa manière de se défendre. Totalement discrédité, l’homme s’acharne, s’obstine et se ridiculise. Il tente de gagner du temps, une éventuelle élection devant lui assurer cinq années d’immunité. Mais il est déjà trop tard. En toute logique, il ne devrait pas être présent au second tour ou ce serait à n’y rien comprendre. Son entêtement est suicidaire. Quelle est la différence entre François Villon et François Fillon ? Tous deux sont voleurs, un seul est poète. À y bien réfléchir, il en est une autre : depuis le XVe siècle, on se souvient de Villon.

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mardi, 17 janvier 2017

Lombard plaide ailleurs désormais

cxcxc.jpgPaul Lombard est décédé le 15 janvier. Il aurait eu quatre-vingt dix ans le mois prochain. Il se disait « deux tiers Marseillais, deux tiers Parisien », selon la logique de César dans Marius de Pagnol où, chacun le sait, « ça dépend de la grosseur des tiers ».

Je l’avais rencontré brièvement, en 2001, lorsque je préparais la biographie d’Albertine Sarrazin. C’était un homme de grande classe, de grande culture, un séducteur et, naturellement, un avocat de grand talent, célèbre. Je revois son cabinet, et aussi le vestibule de son appartement, près du Sénat. Il était aussi écrivain. Je lui avais fait parvenir mon livre, il m’avait adressé en retour une élégante lettre. Bonsoir, maître.

mercredi, 21 décembre 2016

Madame

La grande Michèle Morgan est décédée le 20 décembre 2016. Un article fielleux du Monde.fr relativise sa gloire et son aura. Comme le font remarquer plusieurs commentateurs, son auteur ne doit pas avoir entendu parler des Orgueilleux, du Miroir à deux faces, ni de Fortunat. Ne retiendrait-on que ces trois œuvres, cela serait déjà bien.

Dans Les Orgueilleux (Yves Allégret, 1953), elle partage l’affiche avec Gérard Philipe, bouleversant, littéralement somptueux. Bien qu’il ne soit pas crédité au générique, le scénario est de Sartre. Une scène d’un érotisme inimaginable en 1953 et encore aujourd’hui très « chaude » montre combien elle était animale, il n’y a pas d’autre mot. Dans Le Miroir à deux faces (André Cayatte, 1958), elle est l’épouse d’un Bourvil jouant un personnage odieux et malheureux. Et elle, beauté entre les beautés, avait accepté d’être enlaidie pour le rôle, ce qui n’avait rien d’évident. Dans Fortunat (Alex Joffé, 1960), elle est de nouveau en compagnie de Bourvil, un Bourvil extraordinaire pour un film profondément humain. Alors, plutôt que de nous seriner la réplique mondialement connue de Quai des Brumes qui a d’ailleurs vieilli, qu’on aille voir ces films-là, au moins ceux-là.

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vendredi, 16 décembre 2016

Videz-le

images.jpgAinsi donc, Valls est en campagne. S’il pouvait s’y perdre…

Ce sinistre personnage, prétentieux et brusque, est en train de promettre et de dire tout et le contraire de tout, puisque l’important est d’être élu ou, pour le moment, d’être désigné lors de la primaire comme le candidat du parti dit socialiste. Ce qu’il ne sera évidemment pas.

Comment peut-il annoncer qu’il va proposer la suppression de l’article 49-3 (il faut pour cela une modification de la Constitution qu’il n’obtiendra pas puisqu’il ne pourra réunir à cet effet la majorité requise), article qu’il a utilisé lui-même pas moins de six fois en quelques misérables années de gouvernement ? Quel est cet homme jeune déjà capable de toutes les contorsions et de tous les léchages de bottes afin de parvenir à ses fins ?

En résumé, comment peut-on être Valls ?

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samedi, 10 décembre 2016

Commémorations nationales 2017

Le recueil annuel des Commémorations nationales, que publie le ministère de la Culture et de la Communication, vient de paraître. Toujours aussi luxueux, magnifiquement illustré – la photogravure est de qualité –, imprimé en République tchèque (!), il recense les anniversaires « labellisés » pour 2017. Un bref article m’avait été demandé il y a quelques mois par les services du ministère, pour le cinquantième anniversaire du décès d’Albertine Sarrazin. Le nombre de caractères était très limité et ce fut un exercice intéressant. À ce propos, j’ai lu plusieurs notices concernant des personnalités ou des événements sur lesquels je pense avoir quelques modestes lumières et j’ai été frappé par la justesse de tous ces textes. Précision et concision sont les mots qui s’imposent. En cela, la contrainte, on le sait, est source de richesse.

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dimanche, 04 décembre 2016

L’emblème du film fantastique français

f1940905829237fa9.jpgD’après un roman de Jean Redon paru au Fleuve Noir, adapté par le tandem Boileau-Narcejac et Claude Sautet dans un noir et blanc magnifique, avec des éclairages précis, un montage parfait, une interprétation sans égale, ce sont Les Yeux sans visage. Si le film de Franju (1960) a malheureusement un peu vieilli dans ses derniers moments, notamment lors de l’enquête policière – le scénario, très solide, peine alors un peu, fort peu, mais suffisamment pour que notre regard de 2016 s’en aperçoive –, ce n’est pas très important. L’œuvre relève du fantastique, qui n’est pas le genre le plus représenté dans le cinéma français. Elle n’en est que plus remarquable. Un article pertinent est à lire ici.f1940905829237fa9a7a8494821dced5.jpg