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jeudi, 28 juillet 2016

Caroff pris au flash

309113749.jpgJe commence à lire un nouveau Caroff publié, celui-là, sous le pseudonyme de Daib Flash, dans la collection « Espiomatic » du Fleuve Noir (collection que G. Morris-Dumoulin avait inaugurée avec son personnage Vic Saint-Val). Le livre date de 1975, c’est le troisième de la série – je ne possède pas les deux premiers. Il fallait alors renouveler le récit d’espionnage qui, depuis l’après-guerre, datait singulièrement et lassait, d’autant que la guerre froide était achevée et les problèmes géopolitiques totalement différents. Ce qui est frappant dans Flash sur Londres, c’est que les problèmes européens d’aujourd’hui, Caroff l’humaniste, européen convaincu, les anticipait, les décrivait déjà, y compris les tergiversations hypocrites des Anglais. Un autodidacte extraordinaire, vraiment. Pour le reste, Daib Flash est le personnage principal, on ne sait pas comment il se nomme réellement, et l’ambiance se veut sexuellement libérée, 1975 oblige. Pourtant, ce n’est pas grand-chose par rapport à aujourd’hui. On relève toujours des trouvailles impeccables : « Le silence avait l’épaisseur de la confiture d’oranges », « ne pas avoir les deux mains dans le même gant », etc. Finalement, c’est le graphisme et l’allure de la couverture qui ont le moins bien résisté au temps.

mardi, 26 juillet 2016

Caroff et les gros poissons

3971145708.jpgJ’ai terminé hier soir la lecture d’un Caroff de la série « Angoisse » du Fleuve Noir, Le Barracuda. Évidemment, l’auteur se moque bien des étiquettes et des classements. Il écrit ses livres, qui sont du pur Caroff, et Le Barracuda est dans ce cas. Il pourrait s’agir d’un roman de la collection « Spécial-Police », à cause de l’intrigue. Il la développe d’ailleurs de la même manière. Simplement, il étire un peu le temps et ce suspense, qui tranche avec son rythme nerveux habituel, est ce qui peut (ou pouvait en 1961) paraître angoissant. Rien de contraignant, donc, dans l’appellation de cette série, en tout cas en ce qui le concerne – et ça ne m’étonne nullement : il ne faut pas oublier qu’il fit paraître en « Spécial-Police » le roman Les Insurgés qui n’avait rigoureusement rien à voir avec la collection. Au total, un bon livre, assez peu vieilli, témoignant toujours de l’humanité profonde de l’auteur, comme de son évidente intelligence. Une forte connaissance des bateaux, de la navigation et de la pêche. Et aussi, un grand étonnement devant la maîtrise de Caroff, qui donnait là un de ses tout-premiers livres.

vendredi, 10 juin 2016

Le passager des saisons

Je suis venu ici pour partager avec vous le pain des mots et le vin de la phrase. (…) Ce sont des horreurs que je dois décrire, des horreurs et des souffrances surhumaines – comme par exemple la mort de ma sœur Enina – et c’est à travers cette horreur que je dois atteindre la beauté, une beauté qui purifiera le monde. (…) Après quoi le monde sera meilleur, et vous-même vous serez meilleurs dans un monde plus heureux. Voilà quelle est ma science.

Maurice Pons est décédé le 8 juin.

C’était un excellent écrivain, rare, discret, profondément original. Bien entendu, il faut relire Les Saisons, son chef-d’œuvre constamment réédité depuis 1965 (ce qui est tout de même extrêmement rare), dont provient le fragment ci-dessus. Et aussi, Mademoiselle B. et Rosa. Et tout le reste.

Ici, le texte que je lui avais consacré dans un ouvrage (avec un chapeau l’actualisant), et une note complémentaire.

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jeudi, 09 juin 2016

André Caroff, romancier fleuve

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Vient de paraître, « André Caroff, romancier fleuve », un long article publié dans le n° 124, daté avril 2016, de la revue 813, les amis des littératures policières. Le taulier s'est encore manifesté. Il vous prie de bien vouloir excuser son impudence.

lundi, 06 juin 2016

Boulevard de la vie

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Si son sujet n’est pas d’une originalité absolue, le traitement du sujet, lui, est impeccable. Chronique intimiste d’une homosexualité toujours refoulée et dissimulée sous un mariage et une position sociale, Boulevard est une belle réussite qu’on doit en premier lieu au talent magnifique de l’acteur incarnant Nolan, le personnage principal, Robin Williams. Clown triste aux demi-sourires, aux regards perdus, absents, doux, inquiets, fiévreux, il domine de très haut cette histoire touchante, filmée en une abondance de gros plans qui scrute au plus près des vérités humaines.

Le filmage au cœur des personnages, au profond des regards, le montage simple mais sans artifice, les couleurs sombres et cependant pleines d’une lumière, celle, naturellement, de la vérité des êtres, font de ce film d’une grande délicatesse une belle réussite, pleine d’authenticité.

Rares sont les films sans manières ou plutôt sans maniérisme, Boulevard en est un. Où d’autres eussent appuyé sans vergogne, il se contente de toucher du bout des doigts.

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dimanche, 29 mai 2016

Du pléonasme

Comme un bouquet d’âneries

Je suis en réunion. Voilà qu’aujourd’hui, j’entends évoquer « l’équité entre tout le monde ». Il faudra créer un prix du pléonasme, ou reconnaître que le personnage du génial André Franquin, Gustave Labarbe, maire de Champignac, avec ses discours insupportables, creux et prétentieux, est décidément devenu le modèle des Français.

Mais ce n’est pas fini, cela va si vite que je ne puis noter.

« J’anticipe sur la suite » (ça devrait donc s’achever plus vite, non, même pas).

« On va accélérer rapidement » (il est urgent d’implanter des radars linguistiques et d’instaurer le permis de parler à points).

« C’est une question récurrente qui revient » (c’est même le retour d’une récurrence revenante, me semble-t-il).

« L’ordre de grandeur, c’est aux alentours de » (enfin, en gros, à la louche, au pifomètre, c’est aux environs d’à peu près ça).

« On va tester dans une période expérimentale » (histoire de mettre à l’essai afin d’expérimenter en essayant, sûrement).

*

Je me rappelle avoir lu dans une biographie : « Une représentation annuelle de [telle œuvre] est organisée chaque année » ; dans un roman policier : « Il aperçut X qui patientait en attendant son tour » ; dans un commentaire lu sur Internet : « le dénouement final ». Comment les bras ne m’en tomberaient-ils pas ?

C’est chez Roger Grenier (célébrant l’excellent Pascal Pia !) que j’ai trouvé ce délice absolu : « En tête-à-tête avec un seul interlocuteur ». Admirable, non ? « Cocuage linguistique ! », aurait hurlé le poète Maxime Alexandre, de qui j’aime cette expression que je me plais à citer. Puisqu’il ne peut plus le faire, je crie pour lui.

*

Je me rappelle aussi avoir entendu et j’entends encore, quotidiennement parfois : « Des assiettes empilées les unes sur les autres » (des fois qu’on les empile côte à côte) ou : « Il vaut mieux prévoir à l’avance », ce qui est mieux que prévoir après coup. Je viens d’entendre « une mention générique commune à », des fois que la mention soit générique pour elle-même et elle seule…

Dans le commentaire d’un lecteur du Monde.fr, je trouve « le maintien du statu quo », ce qui est remarquable. Pour être sûr d’être bien compris, ce monsieur aurait dû écrire : « Le maintien immobile, sans mouvement, d’un statu quo stable et sans changement, qui ne bouge pas et reste tranquille, afin de, sans frémir, demeurer statique ».

*

Mais voici qu’une nouvelle réunion m’occupe, ou plutôt m’ennuie. Le tourbillon reprend, ma plume court aussi vite qu’elle peut, mais les tournures pléonastiques sont si nombreuses que la pauvre manque s’essouffler.

« La conclusion qui s’imposait à la suite de ça » (fort heureusement, elle ne s’est pas imposée préalablement car commencer par conclure ne serait pas aller bien loin).

« Il n’empêche, quand même » (et en dépit de cela, aussi ?).

« Moi, personnellement ».

« Des solutions qui anticipent l’avenir » (effectivement, par les temps qui courent, anticiper le passé pourrait être très dangereux).

« Est-ce qu’on vote successivement d’abord sur » (oui, et même en premier, avant le deuxième point qui viendra à la suite et se présentera après).

« Le futur est toujours plus incertain que le passé » (ah non, ce n’est pas vrai, il n’a pas osé ? Mais si, mais si).

« Je ne sais pas quoi ajouter de plus » (eh bien, ajoute en moins et tais-toi, abruti).

*

Quelques jours plus tard, une réunion, une de plus, me permet de prendre note de ceci : « Donnez-nous un peu de nerf de la guerre pour mieux lubrifier le système ». Quelle merveille ! Je sais, le contexte permet de comprendre ce que veut dire le locuteur. Il rapporte avoir demandé des crédits supplémentaires qui lui permettraient de réaliser telle chose. Oui, oui… Mais un nerf qui lubrifie, vraiment… Un morceau de viande plein de nerfs est réputé dur, immangeable, coriace, très mauvais, tout sauf fluide. Une telle image devrait faire frémir le plus mauvais boucher.

Le même locuteur récidive, parlant de « donner des pistes d’éclairage ». Je comprends « donner des pistes », j’entends « apporter un éclairage », mais le mélange des deux me paraît indigeste. Le même homme s’était déjà rendu coupable de reporting. Toutes ces personnes qui ne demandent qu’à faire du reporting quand elles rougiraient de devoir rédiger un compte rendu !

*

J’ai toujours été très étonné d’entendre la plupart des gens utiliser n’importe quel terme pour signifier n’importe quoi. Je ne le leur fais même plus remarquer – c’est trop lassant –, pour ne plus m’entendre répondre : « C’est pareil », car je devrais alors expliquer que, justement, ce n’est pas pareil. Quelquefois, malgré tout, je me laisse aller à de sévères mises au point pleines de causticité. Mais bah, autant vouloir faire comprendre qu’un sobriquet n’est pas nécessairement un tison sans intelligence.

Le « déroulé » a remplacé le déroulement, cas amusant où un adjectif a pris valeur de substantif. Tout cela pour parler d’un simple fil conducteur, quel gaspillage d’énergie !

*

Le mot « responsable » aurait-il mauvaise presse ? On comprendrait mieux alors cette tendance généralisée à la démission, à l’absence d’idées et de prises de position qu’on connaît aujourd’hui. Le « porteur » de projet se sent-il réellement responsable des initiatives qu’il est appelé à prendre et de leurs éventuelles conséquences ? Tous ces responsables sont devenus des « porteurs », terme qui les aurait mis en colère s’il leur avait été appliqué lorsqu’il désignait les portefaix exerçant leur métier sur les quais de gare. Le mépris a cessé, c’est une bonne chose, mais cet apaisement est surtout dû à la disparition des porteurs eux-mêmes. À ceux qui, pour un pauvre salaire, portaient les valises des autres, ont succédé des responsables de projet qui ont davantage de bagage.

*

Dans un article consacré à un cinéaste et à son plus célèbre film, je relève : « le papier peint recouvrant les murs ». Il fallait bien faire comprendre, sans doute, que ce n’était pas celui qui recouvrait les fenêtres.

Je n’avais pas fini d’écrire ce qui précède quand j’entendis : « Il coexiste en même temps les deux adresses ». En huit mots à peine, pléonasme et syntaxe chahutée me donnèrent un sentiment de pénible découragement qu’une pluie de septembre se chargea d’accentuer.

*

Le dernier jour de mon activité salariée, alors que je prenais ma retraite le soir même, je lus, dans le corps d’un message : « Une nouvelle politique tarifaire unique pour tous ». Je fus immédiatement rassuré, soulagé : si la politique en question (pourquoi ne pas dire tout bêtement « un nouveau tarif » ?) s’était montrée unique pour certains seulement, que se serait-il produit ? On eût crié à la discrimination.

Afin de rire jusqu’au bout, il faut préciser que cette tournure alambiquée concernait une chose très importante : le prix du gobelet de café au distributeur.

*

Le commerce n’est jamais en reste. Dès qu’il est question de faire une bourde, les boutiquiers sont là (tiens, cela sonne comme un chant folklorique). Dans telle collection de livres-disques vendue en kiosques, on peut lire un avertissement : « Chaque volume est constitué d’un CD et d’un livret indissociables ne pouvant être vendus séparément ». Peut-être aurait-on dû ajouter, car il faut toujours s’assurer de la bonne intelligence qu’on peut avoir d’un propos : « On ne peut les acheter qu’ensemble et pas à part, ni l’un sans l’autre, car ils sont commercialisés en une seule fois, ce qui ne permet pas de les détailler. Il faut donc les acquérir conjointement, car l’isolement de l’un ou de l’autre ne s’avère pas réalisable ».

Sur un marché, en Quercy, à l’approche de la fin de l’année, un tract d’artisan charcutier vante quelques nourritures et indique : « Pour être mieux servi, commandez à l’avance ». Il est certain que, si l’on venait à commander après coup, on ne serait guère satisfait du service.

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France-Musique, décembre 2013. J’allume le poste de radio et entends : « On continue à perdurer ». J’éteins immédiatement.

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Un éditeur français publie en 2013 un album dont la quatrième de couverture annonce : « Des histoires différentes les unes des autres ». Il devait être trop simple d’écrire « des histoires différentes ».

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Je lis sur Internet, en mai 2014, l’avis qu’une personne exprime à propos d’un album de bande dessinée. Ce lecteur achève son commentaire en parlant de « la chute finale en fin de récit ». Je le félicite ici vivement, il mérite un prix. Trois fois la même chose ! On est rarement allé si loin.

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Je ne dois pas oublier, néanmoins, de citer tel écrivain célèbre, directeur littéraire réputé, romancier à succès, poète par surcroît, qui, dans des mémoires posthumes parfaitement indigestes de par leur superficialité et l’ennuyeux enchaînement d’anecdotes qu’on y peut malheureusement découvrir, centaines de pages où l’anacoluthe pousse comme chiendent, évoque telle nécrologie « préparée d’avance », ce qui est incontestablement plus utile que si elle avait été préparée ensuite.

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« Le suspense monte crescendo », indique tel programme de télévision, au mois de novembre 2014. On est content de l’apprendre. S’il était monté decrescendo, le spectateur eût été tout retourné.

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Du dialogue d’un téléfilm pourtant honnête, bien qu’invraisemblable, cette perle extraite : « parachuté d’en haut ». De quoi s’y perdre, n’est-ce pas ?

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Pour conclure une critique d’un album de bande dessinée, on affirme que « cette aventure se poursuivra et se finalisera dans le prochain tome 6 à venir ». Dire que l’aventure s’achèvera dut paraître impossible à l’auteur de l’article ; il préféra à cette formule trop simple, trop vieille certainement, « se finalisera », manie de langage qui finira par me faire rugir. Le comble, cependant, est « le prochain tome 6 à venir ». Prochain, tout court, devait être trop mesquin et l’auteur se rendit coupable d’un « prochain » dont il dut expliquer qu’il était « à venir », ce que nous n’aurions évidemment pas compris sans cette précision.

*

Un commentaire d’article, sur Internet, prophétise avec entrain : « Elle s’auto-détruira d’elle-même ». Fameux ! Et puis au moins, comme ça, on est certain du résultat. Il vaut mieux ne se fier à personne, de nos jours. Confier à un tiers le soin de nous auto-détruire eût été aventureux. Mieux vaut, on ne le contestera pas, s’auto-détruire soi-même.

*

Tel témoignage, très intéressant et sensible, c’est vrai, parut aux éditions de Fallois, agrémenté d’un texte de quatrième de couverture s’achevant sur cette phrase : « Et c’est un témoignage inoubliable, qui reste longtemps dans la mémoire ». De quoi s’esclaffer ou bien, au choix, grincer des dents. Quel directeur littéraire d’occasion, quel responsable entérina-t-il une sottise aussi exemplaire ?

*

Sur le site d’un éditeur et à propos d’un sympathique écrivain portant habituellement chapeau, on peut lire : « Toujours accompagné de son fameux couvre-chef dont il ne se sépare pas ». Qui a pu proférer une telle imbécillité ? À qui faut-il faire porter le chapeau ?

*

France-Culture, février 2016. Dans ma voiture, j’allume le poste de radio pour entendre, avec stupéfaction : « En interaction les uns avec les autres ».

*

L’auteur n’est pas plus fort que les autres

Pour ne pas lasser le lecteur le plus complaisant, ce chapitre n’ira pas plus loin, en dépit de la constante présence du pléonasme dans l’expression contemporaine. Cependant, il faut le reconnaître, personne n’est à l’abri de rien et je me suis surpris proférant « le but final », par opposition, certainement, au but inaugural. Au moins ai-je rougi et me suis-je immédiatement puni d’une gifle morale, c’était bien le moins que je me devais. J’en porte encore la marque.

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mardi, 24 mai 2016

Vincent du soleil

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À Arles, trente-et-un tableaux de van Gogh sont exposés à la fondation. Magnifique. Hormis l’œuvre admirable vue à Avignon récemment,* je n’avais jamais été en présence de vrais van Gogh. Extraordinaire. Comme les cartes postales, vendues à la boutique, étaient minables, ensuite ! On sait bien que la qualité des reproductions, souvent, n’est pas ce qu’elle pourrait être, mais là, c’était flagrant : nous venions de voir les originaux. Les tableaux n’étaient pas accrochés à des cimaises, mais doublement boulonnés au mur et, certainement, une alarme était-elle dissimulée derrière chacun d’entre eux. Peu importe. De plus, les toiles, bien qu’encadrées, étaient sous verre, ce n’était pas l’idéal, mais enfin… Un groupe d’enfants de l’école primaire visitait l’exposition avec leur institutrice et trois accompagnatrices. Je me disais que les enfants, aujourd’hui, ont bien de la chance. J’aurai vu mes premiers van Gogh à près de soixante-quatre ans ; eux, très tôt. Tant mieux.

* Il s’agit de la collection Jacques-Doucet, conservée au musée Angladon. De superbes œuvres présentées dans un bâtiment magnifique. Un Van Gogh, un Sisley, un Degas, un Modigliani, six Picasso… entre autres.

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vendredi, 01 avril 2016

Aucun trucage

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Arles, 31 mars 2016

(Photo Martine Santoni)

mercredi, 16 mars 2016

Histoires de fromages

Je vous accorde que ce n’est pas très important, mais pourquoi dit-on d’un fromage : « C’est de la vache » ou « C’est de la brebis », et « C’est du chèvre » ?

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lundi, 29 février 2016

Pivot parle de Pia

En 1968, Bernard Pivot, qui n’était pas encore l’homme de télévision que l’on connaît, dirigeait chez Flammarion une collection de livres, dénommée « Le procès des juges ». Dans cette série, il s’était réservé le volume Les Critiques littéraires.

De Pascal Pia écrivant dans Carrefour, il notait brièvement : « Inégalable dans la critique érudite. A parfois de superbes éreintements. Mériterait beaucoup plus de lecteurs ».

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mercredi, 17 février 2016

Un roman de Jean-Claude Izzo

index.jpgJe n’ignorais pas le nom d’Izzo (1945-2000), mais ne l’avais jamais lu.

Je viens de découvrir Le Soleil des mourants et ne regrette pas d’avoir reçu cette gifle. J’ai été très impressionné par l’humanité qui se dégage de ce roman. Une humanité noire, très forte, vraiment puissante, exprimée dans un registre de langue populaire parfaitement maîtrisée. Un récit profondément vrai, bouleversant, d’une dureté redoutable. Pourquoi le mal existe-t-il, pourquoi cette vie est-elle ce qu’elle est et continue-t-elle ?

Comment Jean-Claude Izzo s’arrange-t-il pour que l’on puisse, sans sourciller, croire à ce monde où des prostituées bosniaques, en rupture de souteneur, lisent Saint-John Perse et le font connaître à un clochard désespéré ? À cet univers où Rico, le clochard en question, lit L’Odyssée quand il est en train d’en vivre une lui-même, lors d’un voyage à Marseille qu’il effectue, en quête d’un souvenir, celui de l’amour de sa jeunesse, et parce qu’il imagine préférable de mourir au soleil plutôt que dans l’hiver parisien ? Ceci est remarquable : les mille aventures qui lui arrivent durant son périple sont toutes parfaitement vraisemblables et même plausibles. Leur accumulation l’est moins, comme si Rico avait été forcé d’opter pour tout le lot – mais le grand talent et la brûlante compassion d’Izzo rendent acceptable toujours plus d’horreur.

Le roman, dont la construction est d’une finesse admirable, présente en permanence des personnages hors du commun, Titi, Dédé, Félix, Mirjana, Abdou… Dans ce théâtre misérable et sordide, éclairé toutefois par les lueurs d’un cœur bien rouge, même Zineb, l’ours en peluche, en est un.

Le Soleil des mourants n’est pas un documentaire sur l’existence des « sans domicile fixe ». C’est une main qui vous arrache quelques lambeaux de chair, du côté du cœur de préférence, c’est un crochet qui fouaille votre poitrine afin d’en extirper la tuberculose du rêve. Et tout cela sans effets littéraires, uniquement avec un talent poignant qui crie de Paris à Chalon-sur-Saône, de Lyon à Avignon, et dans la nuit marseillaise, après le fort Saint-Jean, au bout du quai.

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dimanche, 24 janvier 2016

À propos de Boileau-Narcejac

boileau-narcejac.jpgChez Boileau-Narcejac, les intrigues sont toujours très intéressantes parce que l’humain y est présent, pratiquement en permanence. Hélas, les longueurs sont fréquentes. Si elles ne diminuent pas l’intérêt des récits, elles en altèrent le rythme, qualité essentielle de la littérature policière et du genre habituellement désigné sous le nom de suspense ou, tout simplement, de romans à intrigue. Toutefois, ce que nous appelons longueurs aujourd’hui ne l’était pas, sans doute, au moment de la rédaction des ouvrages et de leur publication.

De même, l’habitude d’autrefois, qui consistait à écrire un avertissement indiquant, en substance, que les personnages étaient imaginaires et que toute ressemblance avec des personnes réelles était fortuite, cette habitude fort heureusement tombée en désuétude, demeure chez Boileau-Narcejac. Pire, lorsque, Boileau décédé, Narcejac continue d’écrire sous le nom qu’ils ont conjointement rendu célèbre, il note : « Pourquoi le romancier se priverait-il d’une incursion dans un domaine qui a le privilège d’unir indissolublement la réalité et la fiction, et par là d’enrichir le roman de mystère ? » (Les Nocturnes), on est tenté de répondre : « En effet, pourquoi ? Et pourquoi donc venir le dire, puisque désormais de telles pratiques vont absolument de soi ? ». C’est sur ces points, et quelques autres similaires, que les œuvres de Boileau-Narcejac, bien que prenantes, ont quelquefois un peu vieilli.

lundi, 21 décembre 2015

Toutes deux

Cette nouvelle a paru dans le n° 7 de la revue Sol’Air, daté janvier-avril 1995. La même année, elle a été retenue comme support des exercices d’un atelier d’écriture, lors du festival « Les Scripturales » de Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Elle n’a pas, à ce jour, été publiée en recueil. Peut-être, en ces temps tristes et sans lumière, amusera-t-elle cinq minutes les promeneurs de la rue Franklin.

Vous êtes inséparables. Je vous connais depuis toujours, jumelles, siamoises, épuisées quelquefois mais sans cesse ensemble. Vous êtes identiques, vêtues de cuir noir depuis que je vous ai vues pour la première fois, il y a si longtemps déjà. Maquillées de cuir brun au soleil. Transfigurées de cuir gris, quelquefois, dans les brumes d’hiver. Vous êtes belles, volontaires, décidées. Élégantes.

Rien ni personne n’a jamais pu soigner votre manie déambulatoire. Vous allez plus loin, plus loin, en quête de quel ailleurs, de quel nouveau ? Vous n’ignorez pas que ce sera partout pareil, que vous vous emporterez toujours avec vous, qu’importe, vous allez plus loin. Après cette rue, il y en aura d’autres, vous y allez. Après ce quai, il y a la mer, et au-delà Dieu sait quelle autre misère, mais rien ne vous arrête, vous y allez. Ensemble, indéfectiblement.

Vous avez traîné dans Paris, toutes les deux. Puis vous vous êtes aperçues qu’au coin du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Guillaume, on ne croisait plus Apollinaire rentrant chez lui, seulement des étudiants de Sciences-Po. À l’à-pic du pigeonnier du poète, un artisan que je ne connais pas porte le même nom que moi. C’est tout ce qui demeure, là, en mémoire de l’écrit – le fantôme d’un auteur et l’homonyme d’un de ses admirateurs. Vous avez observé ça comme le reste et vous avez passé votre chemin, dénoué votre histoire, encore un peu.

Vous crevez parfois d’une fatigue soudaine, espérant de l’été venu qu’il vous repose et remonte vos mécanismes intimes, mais vous savez très bien que l’été, cet agent double, s’ajoute aux précédents et nous fait vieillir encore. Plus tard, quand vous ne serez plus qu’un souvenir intermittent, que l’idée d’une chanson tue, marquées, ridées, vous marcherez, je le sais, droit encore, imperturbables ou le faisant croire, dans la merde du monde, hautaines, fraternelles, sensuelles, vous moquant décidément des imbéciles portant stylo Montblanc et cheveux sales. Vous ne renierez rien de vos engagements, de vos rires d’antan. Vous ne serez jamais de la race des renégats. Même lorsqu’à bout de souffle, on vous rangera dans une boîte, la même sans doute, couchées tête-bêche, pour l’éternité vous demeurerez conjointes, liées, attachées et détruites, amies et dissoutes, sœurs, encore en robe de cuir, un peu fanée sans doute, mais toujours noire comme un drapeau pirate.

En attendant, votre détermination se lit en filigrane de votre démarche, vous avez d’irrespectueuses œillades aux terribles reflets. Vous allez dans les manifestations de rue, scandant tous les « Plus jamais ça ! ». De botter le cul des abrutis vous démange toujours quand se pointe la bêtise, à l’horizon doré des soirées d’automne.

Et puis vous m’avez parlé, certains soirs. De moi, pas de vous. Vous m’avez raconté mes hésitations, mes désespoirs, mes longs élans vers quel univers plus doux, quelles amitiés reniées d’avance. Je lisais sur votre peau, comtesses déchues, les rides de la mienne, vous évoquiez mon espérance et mes oublis, mes refuges et mon allant. Vous étiez ensemble, toutes deux, et vous étiez avec moi, je ne me sentais plus seul avec mon whisky. Devant mon air, vous vous tordiez de rire, alors je regardais mes pieds, ne sachant plus que faire. Vous êtes les seules femmes qui ne m’aient jamais quitté, fidèles comme ce cuir dont vous vous habillez. Vous évoquiez mon maintien voûté et mes travers comme s’ils vous avaient touchées au point de vous flétrir à jamais. C’était peut-être un peu le cas.

Je sais que vous êtes miennes, toutes deux, l’encre l’est à la plume, noire comme vous. Vous ne me trahirez qu’en expirant et je ferai semblant de vous retrouver en d’autres, ailleurs, semblant de les croire pareilles à vous, semblant d’imaginer leur sentiment attentif.

Je vais vous caresser à vous faire briller encore des reflets bleus, juvéniles, fiers, que, chères chaussures, vous aimez tant.

samedi, 28 novembre 2015

Les fous de Guédiguian

À côté des « Contes de l’Estaque » et assimilés, l’œuvre de Guédiguian comprend de grands films longs, majestueux, comme La ville est tranquille, Marie-Jo et ses deux amours, Le Promeneur du Champ-de-Mars, Le Voyage en Arménie, L’Armée du crime. Son nouveau long-métrage, Une histoire de fou, est de ceux-là. De plus en plus, son propos prend de l’ampleur, le filmage est plus fluide, y compris, et c’est paradoxal, dans le montage cut qui est chez lui très utilisé. Il a aujourd’hui davantage de moyens et en use en professionnel, installant un rythme lent, une distorsion du temps réel comme d’autres se servent du ralenti pour, a contrario, exprimer la rapidité.

Des films comme Le Promeneur du Champ-de-Mars, Le Voyage en Arménie, L’Armée du crime et Une histoire de fou s’inscrivent dans l’Histoire en conservant toujours cet aspect romanesque, quand ce n’est pas romantique, auquel il tient. L’exactitude historique ne le contraint pas, il adapte librement, comme on dit. Il ne faut pas s’y tromper, ses films « épiques » ont toujours conservé un côté lyrique et les constantes de son cinéma sont toujours là. Surtout, ses certitudes sont encore présentes. Dans cette Histoire de fou, le sujet en comprend une : la vengeance ne sert à rien, ne mène qu’à l’escalade et aboutit forcément à une impasse. Oui, c’était déjà dans Lady Jane, ce film policier sans policiers, loin des topoï habituels, dans lequel Ariane Ascaride disait en substance, à un moment donné : « Ça suffit, on arrête ». Ici aussi, le jeune Aram, joué par Syrus Shahidi, va arrêter et le payer de sa vie, car, comme le déclarait Guédiguian à Politis.fr : « Le génocide rend fous victimes et bourreaux ».

Cet excellent film, dont la sortie a été repoussée, arrive ce mois-ci sur les écrans, hélas, au plus mauvais moment. Il y est question d’attentats (perpétrés à la fin des années 70, au début des années 80), ce qui tombe infiniment mal.

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samedi, 21 novembre 2015

Ma France à moi, par Pierre Perret

J'ai reçu, retransmis, ce texte, qui tourne sur Internet. Je ne crois pas que Pierre Perret s'offusquera si je contribue à le diffuser. Merci à lui.

Bonsoir mes loulous, voici quelques lignes inspirées par le non-respect d’une vieille dame qui s’appelle la France : elle a soudain perdu, sans méfiance aucune, ses enfants, exécutés par des êtres immondes... Méditez cela, c’est gratos, à bientôt les amis, je vous embrasse.

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Ma France à moi

    C’est celle de 1789, une France qui se lève, celle qui conteste, qui refuse, la France qui proteste, qui veut savoir, c’est la France joyeuse, curieuse et érudite, la France de Molière qui tant se battit contre l’hypocrisie, celle de La Fontaine, celle de Stendhal, de Balzac, celle de Jaurès, celle de Victor Hugo et de Jules Vallès, la France de l’invention, des chercheurs, celle de Pasteur, celle de Denis Papin et de Pierre et Marie Curie, la France des lettres, celle de Chateaubriand, de Montaigne, la France de la Poésie, celle de Musset, d’Eluard, de Baudelaire, de Verlaine et celle d’Aimé Césaire, la France qui combat tous les totalitarismes, tous les racismes, tous les intégrismes, l’obscurantisme et tout manichéisme, la France qui aime les mots, les mots doux, les mots d’amour, et aussi la liberté de dire des gros mots, la France qui n’en finira jamais de détester le mot « soumission » et de choyer le mot révolte.

    Oui, ma France à moi, c’est celle des poètes, des musiciens, celle d’Armstrong, celle de l’accordéon, celle des chansons douces, des chansons graves, des espiègles, des humoristiques, des moqueuses ou celles truffées de mots qui font rêver d’un amour que l’on n’osera jamais déclarer à celle qu’on aime.

    Ma France à moi, c’est celle de Picasso, de Cézanne et celle de Soulages, celle d’Ingres, celle de Rodin, la France des calembours, des « Bidochon », celle de la paillardise aussi bien que celle du Chant des partisans.

    Ma France, c’est celle de Daumier, celle de L’Assiette au beurre, du « Sapeur Camembert », celle de Chaval, celle de Cabu, de Gottlieb, de Siné, celle du Canard, de Fluide Glacial et de Charlie, drôles, insolents, libres !

    Ma France, c’est aussi celle des dictées de Pivot, celle de Klarsfeld et celle de Léopold Sedar Senghor, la France des Enfants du paradis et des « Enfants du Vel-d’Hiv », celle de la mode libre, celle de la danse, des flirts et des câlins, celle de la musique douce et des rock déjantés, celle de la gourmandise, ma France à moi, c’est une France capable de renvoyer dos à dos la Bible et le Coran s’il lui prend l’envie d’être athée.

Eh oui ! Ma France est une France libre, fraternelle et éternellement insoumise aux dictats de la « bien-pensance ».

    Il n’est qu’en respectant toutes ces diversités qu’on arrive un jour à vivre la « douce France » de Trenet. Celle qui m’a toujours plu et que notre jeunesse lucide et combative fera perdurer par-delà les obscurantismes.

    Figure révolutionnaire emblématique durant la Commune, le « Père Duchêne » écrivait au frontispice du journal qu’il publiait en 1793 : « La République ou la Mort ! ». Son journal coûtait un sou… mais on en avait pour son argent.

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jeudi, 19 novembre 2015

Spectre

JE DOIS PRÉCISER, SELON LA FORMULE HABITUELLE, QUE CET ARTICLE DÉVOILE UN GRAND NOMBRE DE POINTS-CLÉS DU FILM.

Au sortir du vingt-quatrième film mettant en scène James Bond, le très attendu Spectre, voici (un peu en vrac parce qu’il faudra vraiment voir le film au moins une seconde fois, en attendant, bien sûr, le DVD qui permettra une lecture détaillée) quelques impressions.

Skyfall avait atteint des sommets, non seulement en nombre de spectateurs, mais dans la critique qui, à quelques rares exceptions, avait salué un des meilleurs épisodes de la série, voire le meilleur. Forcément, on attendait Spectre au tournant, d’autant que sa réalisation était de nouveau signée Sam Mendes.

La gamme chromatique est identique à celle de Skyfall et la photographie est très belle. Notamment introduite par des séquences au rythme très lent alternant avec les scènes d’action, la présence de l’humain est de plus en plus forte.

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On remarque l’excellence de la distribution, comme toujours (il est rare que les films de Bond, même les plus mauvais, ne bénéficient pas des acteurs les mieux choisis), et le rôle très augmenté de M (admirable), de Q (jouissif) et de Moneypenny (très intelligent), dont le retour périodique dans l’action, et non plus lors d’une simple séquence avant le développement proprement dit, est une chose parfaite.

Les poursuites sont encore renouvelées (avion sans ailes et sans roues coursant des voitures sur une piste enneigée, tirs à l’arme de poing d’un bateau vers un hélicoptère) et développées avec imagination. Il y a beaucoup d’humour dans les dialogues.

Comment ne pas souligner ces deux excellentes idées : C, taupe du Spectre au beau milieu des services secrets ; Oberhauser-Blofeld, élevé en même temps que Bond et jaloux de l’affection de son père pour le jeune James ?

Le lien de scénario entre les quatre films à ce jour interprétés par Craig (Casino Royale, Quantum of solace, Skyfall et Spectre) est fait très intelligemment.

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D’autres choses peuvent être mentionnées :

M. White est devenu une épave : truand repenti et père inattendu, il fait confiance à Bond au point de lui parler de sa fille, Madeleine Swann. C’est excellent car inattendu, justement.

Bond tenant Blofeld à sa merci, à la fin, et ne tirant pas, ce qui est tout à fait conforme à l’esprit de Fleming. Ce n’est pas seulement parce qu’il convenait de conserver le personnage pour plus tard, mais bien parce que Bond répugne à tuer.

À propos de Blofeld, notons que l’acteur (Christoph Waltz) est certainement le meilleur Blofeld jamais incarné à l’écran. Je trouve que, physiquement, il correspond exactement à ce qu’il fallait.

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Enfin, à inscrire dans les annales, Moneypenny a un amant. Mais oui. Elle admire toujours Bond, lui est toujours dévouée, mais elle a un homme dans son lit.

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samedi, 14 novembre 2015

La mère et l'enfant

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Une image de douceur, en réponse à la folie de cette nuit.
Certes, c'est naïf et sûrement ridicule, mais que faire ou dire ?

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jeudi, 05 novembre 2015

Le retour de Colpi

En 2006, j’avais proposé ici-même une série de notes sur le cinéaste Henri Colpi – il s’agissait de très brefs articles – et regretté que son chef-d’œuvre, Une aussi longue absence, dont la cassette VHS était déjà introuvable depuis longtemps, n’existe pas en DVD. C’est chose faite. Le DVD en question est sorti il y a quelques jours. Je viens donc de regarder à nouveau cette merveille de 1960, qui rafla tous les prix en 1961. Avec Alida Valli et Georges Wilson... et le thème Trois petites notes de musique, créé par Cora Vaucaire. Un montage magnifique, une ambiance d’une finesse merveilleuse, un éclairage et une photo justes et sensibles.

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vendredi, 09 octobre 2015

André Caroff, romancier populaire, 6

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lundi, 03 août 2015

André Caroff, romancier populaire, 5

Assistant au tournage, pour la télévision, d’Une cible dans le dos, les filles de Caroff déclarent au journal Nord-Éclair du 8 novembre 2009, à propos de leur père : « Jusqu’au bout, il a écrit, malgré la cécité. Il disait toujours que c’était sa raison de vivre. Il a écrit pendant cinquante ans, sans jamais s’arrêter ».

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samedi, 01 août 2015

André Caroff, romancier populaire, 4

Parmi les deux-cent-trois romans de Caroff recensés dans l’essai de bibliographie établi précédemment, figure un livre de la collection « Grands romans ». Celle-ci comportait, sous un cartonnage d’éditeur et une jaquette illustrée par l’excellent Gourdon, des textes supposés plus littéraires que les autres, en tout cas plus soignés et plus conséquents. Caroff n’en a signé qu’un (j’ignore pourquoi), Les Prisonniers, livre qui parut en 1966. Près de quatre-cents grandes pages en petits caractères, d’une écriture très correcte à défaut d'être géniale, constituent ce roman d’aventures empli de considérations humaines de bon aloi, et en tous points remarquable.

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Il n’est bien sûr pas question de raconter ici l’intrigue. On se contentera de préciser que les rebondissements habituels à l’auteur foisonnent, alors qu’on se trouve dans un registre radicalement différent de celui des œuvres habituellement publiées dans les autres collections ; que le rythme est toujours aussi soutenu, sans cesse relancé ; que le lecteur rit parfois du culot de l’auteur – et qu’il rit parfois jaune de ce que Caroff fait vivre à ses personnages.

On pense simultanément à Pour qui sonne le glas, même si Caroff n’est pas Hemingway ; à Casablanca parce que le personnage principal peut évoquer celui de Bogart dans le film, même si l’espace et le temps du roman sont différents ; aux Trois mousquetaires par la façon dont l’auteur brosse et balaie des destins avant de les nouer dans les dernières pages. Par-dessus tout, l’imagination sans bornes de Caroff laisse le lecteur pantois.

Le roman posant des problèmes humains éternels, il n’a évidemment pas vieilli du tout. De toute manière, chez Caroff, on n’a en général guère le temps de vieillir.

mardi, 28 juillet 2015

André Caroff, romancier populaire, 3

La quatrième de couverture des Prisonniers, le seul texte qu’il fit paraître, en 1966, dans la collection « Grands romans » du Fleuve Noir, précise : « Rarement satisfait de ce qu’il écrit, il (…) ne se considère pas comme un grand écrivain, jette un regard oblique et un peu dubitatif sur les critiques qui, comme celle de Maurice-Bernard Endèbre par exemple, prétendent : “André Caroff continue à témoigner d’un louable souci d’originalité et de qualité, jusque dans les déclarations de ses héros” ».

Maurice-Bernard Endèbre (1918-2005) était écrivain, traducteur de l’anglais et de l’américain, préfacier. Il publiait sous différents pseudonymes (Maurice Derbène, Guy Hollander, Louise Lalane, Roger Martens).

Chez Caroff, la recherche du renouvellement est réelle. Prenons l’exemple de deux romans parus à trois ans d’intervalle, un seul les séparant, du moins dans la collection « Spécial-Police ». Le Frangin est une histoire de vendetta qui tourne mal, une vendetta jamais dénuée d’aspects humains ni, évidemment, de ces rebondissements qui sont une des caractéristiques de l’auteur. Pour l’essentiel, elle a lieu dans la région lyonnaise. À l’opposé, En mâchant mon pop-corn se déroule près du Mexique, dans une atmosphère de western, et il s’agit d’un récit à la première personne, effectué par un garçon de quinze ans.

La remarque d’Endèbre est juste et la modestie de Caroff plaisante. Dans le texte de quatrième de couverture déjà cité, l’écrivain affirme lui-même : « On ne triche pas avec les lecteurs car, dans tout ce qui s’écrit, il doit y avoir une part de vérité. S’il n’y a rien d’autre que du vent, si on n’y met pas un peu de son cœur, le lecteur le sent et referme le bouquin… Pourquoi écrirais-je des livres que personne ne voudrait finir ? ».

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Titres de la collection « Spécial-Police » (Fleuve Noir éditeur) cités dans l’article :

La Gamberge, n° 898, 1971.

Les Yeux de la tête, n° 973, 1972.

Le Frangin, n° 1094, 1974.

En mâchant mon pop-corn, n° 1333, 1977.

lundi, 27 juillet 2015

André Caroff, romancier populaire, 2

Essai de bibliographie d’André Caroff 

Sources :

Les lectures de l’Oncle Paul, www.polar-sf.fr, recherches personnelles

(soit deux-cent-trois livres, sous réserve de corrections ultérieures et d'ajouts éventuels)

 

AUX ÉDITIONS FLEUVE NOIR

 

Collection « Angoisse »

Hallucinations, n° 73

La Barracuda, n° 75

Névrose, n° 77

Le Dernier taxi, n° 80

Clameurs, n° 83

Le Sang du cactus, n° 88

Griffe de mort, n° 94

Le Médium, n° 96

L'Heure des morts, n° 103

L'Oiseau de malheur, n° 104

Cruauté mentale, n° 106

La Sinistre Madame Atomos, n° 109

Madame Atomos sème la terreur, n° 115

Madame Atomos frappe à la tête, n° 120

Miss Atomos, n° 124

Miss Atomos contre KKK, n° 130

Le Retour de Madame Atomos, n° 134

L'Erreur de Madame Atomos, n° 136

Madame Atomos prolonge la vie, n° 140

Les Montres de Madame Atomos, n° 143

Madame Atomos crache des flammes, n° 146

Madame Atomos croque le marmot, n° 147

La Ténébreuse Madame Atomos, n° 152

Madame Atomos change de peau, n° 156

Madame Atomos fait du charme, n° 160

L’Empreinte de Madame Atomos, n° 169

Madame Atomos jette un froid, n° 173

Madame Atomos cherche la petite bête, n° 177

La Nuit du monstre, n° 192.

 

Collection « Anticipation »

Le Rideau de brume, n° 457

La Guerre des Nosiars, n° 489

Les Êtres du néant, n° 513

La Planète infernale, n° 529

Ceux des ténèbres, n° 553

L'Exilé d'Akros, n° 567

Le Bagne de Rostos, n° 613

Electronic man, n° 833

Rhésus Y 2, n° 850

Les Combattants de Serkos, n° 872

Les sphères attaquent, n° 950

Bactéries 3000, n° 956

Rod, combattant du futur, n° 962

Rod, menace sur Oxima, n° 974

Rod, patrouille de l'espace, n° 1026

Rod, Vacuum 02, n° 1035

Un autre monde, n° 1105

Captif du temps, n° 1117

Métal en fusion, n° 1147

Terreur psy, n° 1167

Le Piège des sables, n° 1175

L'Oiseau dans le ciment, n° 1203

Élimination, n° 1237

Ordinator-Labyrinthus, n° 1245

Simulations, n° 1250

Deux pas dans le soleil, n° 1309

Ordinator-Macchabées, n° 1327

Ordinator-Phantastikos, n° 1342

Ordinator-Erôtikos, n° 1361

Ordinator-Criminalis, n° 1378

Ordinator-Ocularis, n° 1396

Ordinator-Craignos, n° 1404

Ordinator-Rapidos, n° 1418.

 

Collection « Espionnage »

Visa pour Formose, n° 529

Opération canal 2, n° 548

Le Guêpier de Genève, n° 584

Un porte-clefs pour Tokyo, n° 624

Le Camp du serpent, n° 651

Réseau contamination, n° 680

Candidats à la mort, n° 724

Banquet des espions, n° 734

Objectif élimination, n° 766

Secteur 44, n° 791

Compartiment 820, n° 843

Coulez le « Kashii Maru », n° 851

Incognito, M. Bonder ?, n° 885

Les Heures sombres de Bonder, n° 907

Go home, Bonder !, n° 925

Bonder casse la baraque, n° 962

Bonder plombe le pigeon, n° 976

Bonder passe au CUSI, n° 993

Bonder grille le stop, n° 1017

Bonder en filigrane, n° 1046

Bonder en solo, n° 1067

Bonder et le blé chinois, n° 1073

Bonder super-tueur, n° 1110

Bonder et ses loups, n° 1139

Bonder lève le rideau, n° 1141

Bonder dénude la Madone, n° 1149

Bonder en duplex, n° 1173

Bonderscopie, n° 1181

Bonder and Co, n° 1206

Bonder crève l'écran, n° 1225

Bonder riposte, n° 1249

Bonder Opération-Magie, n° 1258

Bonder et la « Marie-Salope », n° 1267

Bonder contre Dr Astro, n° 1292

Bonder « Mach 3 », n° 1316

Bonder bondérise l'éclopé, n° 1340

Bonder mission suicide, n° 1357

Bonder et la poupée russe, n° 1380

Bonder connexion 12, n° 1393

Bonder recolle les morceaux, n° 1407

Bonder en péril, n° 1430

Bonder dans l'engrenage, n° 1451

Bonder stade zombi 4, n° 1464

Les Carnassiers, n° 1473

Bonder top-niveau, n° 1487

La Technique du citron, n° 1502

Merci les amis, n° 1540

Bonder donne l'estocade, n° 1544

Six jours de survie, n° 1549

Nous savons des choses que vous ignorez, n° 1575

Vous devez garder le secret, n° 1590

Hier un espion est mort assassiné, n° 1608

Citoyens dormez en paix tout est tranquille, n° 1620

Opération homo, n° 1633

Vous avez un passeport pour Caracas, n° 1639

La Loi des dominos, n° 1658

Préparez-vous à mourir brutalement, n° 1680

La Politique du crabe, n° 1703

Mettez toutes les chances de votre côté, n° 1713

La Roue de l'écureuil, n° 1718

Vous finirez comme Chung Hsin Chau, n° 1735

Le Complexe du lapin, n° 1779

Ces chiens qui hurlent la nuit, n° 1782

Nous allons limiter notre espérance de vie, n° 1793

Forcing, n° 1803

Terroristes, n° 1819

Raptus, n° 1823

Cibles, n° 1835

Rapaces, n° 1844

 

Collection « Grands romans »

Les Prisonniers

 

Collection « Spécial-Police »

L'Incroyable M. Beachet, n° 324

La Bouche d'égout, n° 340

L'Embuscade, n° 363

Les Associés, n° 378

Mort d'un libraire, n° 395

Des gants pour la peau, n° 420

Les Insurgés, n° 437

Quatre dames dans un filet, n° 447

Les Sournoises, n° 464

Meurtres en commun, n° 480

De face et de profil, n° 513

L'Homme qui cherchait son passé, n° 537

Mort imminente, n° 555

Le Rendez-vous d'Annecy, n° 578

Histoire de tuer, n° 598

Le Rat de Rio, n° 646

Traquenards à Syracuse, n° 672

Conduite forcée, n° 677

Pour 500 000 dollars, n° 695

La Condamnée de Gardena, n° 710

Au rendez-vous des petites heures, n° 730

La Douloureuse, n° 741

La mort a ses raisons, n° 768

La Grande castagne, n° 799

Signes particuliers, n° 831

Fifty fifty, Jerry ?, n° 873

La Gamberge, n° 898

Roméo et Jerry, n° 917

N'arrête pas la musique, n° 943

Pour l'honneur du mitan, n° 961

Les Yeux de la tête, n° 973

Touche pas à la fillette, n° 1016

Les Mitrailleurs, n° 1034

La Frime, n° 1051

Le Battant, n° 1066

Le Frangin, n° 1094

Un certain Giorgio, n° 1116

En mâchant mon pop-corn..., n° 1333

En suivant la piste, n° 1357

Te laisse pas abattre, n° 1390

Mort pour mort, n° 1439

Sans autre forme de procès, n° 1519

Une cible dans le dos, n° 1560

Opération Bégonia, n° 1624

 

Collection « Gore »

Extermination, n° 83

 

Collection « Espiomatic »

Sous le pseudonyme de Daïb Flash

Flash sur Rome, n° 31

Flash sur Berlin, n° 35

Flash sur Londres, n° 36

Flash sur Paris, n° 40

Flash sur Amsterdam, n° 44

Flash sur Luxembourg, n° 47

Flash et la panthère rose, n° 50

Flash sur Dublin, n° 55

Flash au cœur, n° 59

Flash sur Bruxelles, n° 65

Flash Fugu, n° 67

Flash otages, n° 71

Flash caracolès, n° 73

Flash et les femmes battues, n° 76

Flash et ceux qui craquent, n° 83

 

AUX ÉDITIONS HUNTER

Sous le pseudonyme de Rod Garaway

Collection « Force Knack »

Du sang dans le soleil, n° 1

Baroudeurs-kangourous, n° 3

Intensité 12, n° 4

Carnage-party, n° 5

Mambo-Traquenard, n° 6

Vendetta-Roma, n° 7

Corrida sanglante, n° 8

 

AUX ÉDITIONS LE PYTHON

Sous le pseudonyme de Ram Storga

Collection « Érotic fiction »

Vihila, la planète de la débauche, n° 3

 

AUX ÉDITIONS RIVIÈRE BLANCHE

La Couronne de fer, n° 2020

Les Enfants du mandarin, n° 2035

Sun Song le mandarin, n° 2059

La Mort d’un mandarin, n° 2113

samedi, 18 juillet 2015

André Caroff, romancier populaire

Fondées par Armand de Caro, les éditions Fleuve Noir, avec leurs cent collections, étaient un des fleurons de la littérature populaire, vivier de mille auteurs catalogués « de gare » avec une intention péjorative. Or, les romans du Fleuve étaient plutôt bien écrits. Certes, leur langue était simple, les descriptions très brèves et l’action prioritaire, mais cela ne signifie nullement qu’ils étaient mauvais, loin de là. Ces dix mille titres représentant près d’un milliard d’exemplaires imprimés et vendus avaient l’honnêteté d’être ce qu’ils étaient et n’ont jamais prétendu à davantage. En espérant que paraisse un jour une histoire complète de ces éditions qui ne méritaient pas ce qu’on disait parfois d’elles et exercèrent leur activité durant un demi-siècle, on lira avec profit Fleuve Noir, 50 ans d’édition populaire, sous la direction de Juliette Raabe, Bibliothèque des littératures policières, 1999, et les souvenirs d’un des auteurs, Gilles Morris-Dumoulin, Le Forçat de l’Underwood, Manya, 1993. Ces ouvrages sont épuisés, mais des exemplaires demeurent disponibles sur les différents sites de vente en ligne de livres d’occasion. Bien sûr, on n’oubliera pas l’illustrateur des couvertures, le génial Michel Gourdon (1925-2011) qui donna un visage à toutes les collections, à l’exception d’« Anticipation », dont les jaquettes sont dues à René-Louis Brantonne (1903-1979).

André Caroff fut un des auteurs du Fleuve Noir.

 

Notice biographique

La partie biographique de cet article doit beaucoup au blog Les lectures de l’Oncle Paul, à qui j’emprunte bien des éléments et que je remercie vivement. Le blog À la recherche du polar a contribué à la compléter, je le remercie également.

André Caroff (pseudonyme d’André Carpouzis) est né le 28 février 1924 à Paris VIe. Il est décédé le 13 mars 2009, à Paris également. On lui connaît d’autres noms : Daïb Flash ; Rod Garraway ; Daniel Aubry, pseudonyme dont il signe des nouvelles dans le journal Nous Deux ; Daniel Thomas, utilisé pour des téléfilms ; Ram Storga. Il a aussi donné des contes au Parisien libéré, des énigmes à l’hebdomadaire Marius et a écrit des émissions pour France-Inter.

Son père grec, sa mère auvergnate d’origine bretonne furent artistes de music-hall. Sa mère, Lucienne Michel, a également signé aux éditions Fleuve Noir des romans d’angoisse et d’autres, policiers, sous le pseudonyme masculin de José Michel. À cette époque en effet, rares sont les femmes qui s’avancent sur le front de la littérature populaire sous leur propre nom. Au Fleuve Noir toujours, Marie-Anne Devillers, elle, signe Mario Ropp. Quant à Susan Vialad dont on pourrait penser qu’elle constitue une exception, il n’en est rien, tout au contraire, puisqu’il s’agit du pseudonyme féminin de Robert Debeurre.

À la mort de son père, en 1939, Caroff exerce ces métiers qu’on dit « petits » et qu’il était alors plus aisé qu’aujourd’hui d’épouser : regommeur de pneus, peintre, décorateur, cloueur, nickeleur, cycliste pour la Défense passive, cycliste aussi pour une pharmacie, ouvrier en menuiserie, détective privé. Il se marie en 1942 et monte avec sa femme un numéro de claquettes, puis devient régisseur avant de s’engager dans l’armée, en 1945.

Quelques mois plus tard, Caroff est engagé au théâtre Mogador pour No No Nanette, comédie musicale américaine sur la musique de Vincent Youmans et le livret d’Otto Harbach, travail qu’il complète par  la radio et le cinéma, puis il est embauché chez Citroën et chez Larousse (emballeur puis préparateur de commandes) avant de vendre des cravates sur les marchés parisiens et de devenir garçon de courses à la légation de Birmanie, tout en jouant, le soir, dans Rêve de valse d’Oscar Straus, livret de Felix Dörmann et Leopold Jacobson, et Violettes impériales de Vincent Scotto. En 1952, le voilà représentant en mobilier de bureau et, simultanément, agent d’assurances. En 1954, il devient directeur commercial avant de se reconvertir en chauffeur de taxi.

Au volant, il passe dix heures par jour, en consacre quatre autres à l’écriture, et commence alors la série classique des refus d’éditeurs : trois manuscrits sont repoussés. Après une période de dépression, il exerce l’emploi de second de rayon au Bazar de l’Hôtel de Ville. Sa fille Catherine naît en 1956.

En septembre 1960, il se retrouve au Fleuve Noir. Françoise, sa seconde fille, naît en 1962. Il continue de conduire ses clients dans son taxi et ce n’est qu’en 1965 qu’il peut vivre de l’écriture. Il part vivre à Annecy où il devient président d’un club d’échecs. Il est grand-père d’une petite Marine. En 1989, Caroff commence à souffrir d’importants problèmes de vue. Sa première femme, Caroll, est décédée en 2002. Danièle, sa deuxième épouse, meurt en 2006. Il est bientôt opéré de la cornée et retrouve ainsi une meilleure vision.

Quelques uns de ses livres ont été portés à l’écran (Le Battant, avec Alain Delon) ou à la télévision (Une cible dans le dos, avec Bernard Le Coq et Pour lhonneur du mitan, sous le titre Le Truqueur, avec Raymond Pellegrin).

André Caroff a donné à lire de très nombreux romans dans les collections « Spécial-Police », « Espionnage » (l’agent secret Paul Bonder), « Angoisse » (la série des Mme Atomos) et « Anticipation » du Fleuve Noir. Les aventures de Mme Atomos ont été rééditées chez Rivière Blanche et continuées, dans la même maison, par un nouvel auteur. Elles ont aussi été adaptées en bandes dessinées dans la revue Atomos, autrefois publiée par Aredit.

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Le style de Caroff

Au vrai, il est trop aisé d’associer un auteur à ses séries. Si l’on connaît Caroff pour Mme Atomos et pour Bonder, néanmoins, ses romans noirs, bien peu orthodoxes, méritent d’être lus. On parlera donc ici, uniquement, des récits parus dans la collection « Spécial-Police ».

Si, au début des années 60, l’auteur hésite encore un peu, reproduisant le schéma classique d’un meurtre commis au début du roman, sur lequel enquête un policier (Mort d’un libraire, Des gants pour la peau), à l’opposé, dans les dernières années 60, le style de Caroff s’affermit et les livres des années 70 et suivantes, eux, sont ceux de la maturité narrative et du triomphe de l’imagination, avec des titres qui doivent parfois être pris au pied de la lettre (Les Yeux de la tête). Les histoires présentent des intrigues toujours solides et – c’est sa marque – emplies de rebondissements. Si l’on devine un peu la chute d’Une cible dans le dos, ce n’est pas parce que l’histoire est faible, mais uniquement parce qu’à un certain stade du livre et compte tenu du nombre de pages restant à lire, il ne peut en aller autrement. L’auteur ne tire pas à la ligne, ses œuvres sont relativement longues, souvent imprimées plus serré que celles de ses confrères, comme le très bon mais hélas monotone Claude Joste (avec son commissaire Jérôme Thiébaut) dont les récits, toutefois bien écrits, sont plus courts et reprennent dans l’ensemble des schémas identiques en variant uniquement les milieux. L’écriture de Caroff est vive, nerveuse, et ses romans ne se ressemblent pas car il ne tire pas de ficelles : même lorsque le personnage central est dans la même position (un truand sortant de Centrale, par exemple), les romans qui le mettent en scène sont radicalement différents (Le Battant, La Gamberge). Ses « durs » demeurent toujours humains (Padirac, dans La Douloureuse) et voguent souvent au gré de leurs mésaventures en tenant jusqu’au bout des rênes qui leur échappent. Si le lecteur du Battant va de surprise en surprise, celui de La Gamberge conserve, la dernière page tournée, une impression de bloc compact, dense, dur, épais, avec une chute réellement inattendue.

On peut certes estimer que la fréquence des rebondissements est une technique comme une autre qui, par conséquent, constitue justement une ficelle. Il reste qu’il faut être capable d’imaginer les rebondissements en question. Il faut aussi avoir le culot d’interrompre son récit p. 101 pour, sous le titre « Interlude », s’adresser directement au lecteur dans une page imprimée en italique, afin de faire le point avec lui sur le cours des événements et ce à quoi il devrait s’attendre dans la poursuite logique de l’intrigue (Traquenards à Syracuse).

Les personnages empruntent souvent des taxis – souvenir évident de l’ancien métier de l’écrivain, qui décrit des itinéraires parisiens fréquents et complets. Un volume de la collection « Angoisse », paru en 1961, s’intitule précisément Le Dernier taxi. À l’évidence, Caroff parle de ce qu’il connaît bien, mais il ne craint pas, cependant, de prendre quelques risques en changeant d’horizon (Traquenards à Syracuse se déroule à New York, Un certain Giorgio à Naples, Le Rat de Rio au Brésil).

Caroff laisse une bibliographie fort conséquente qui, à ma connaissance, n’a pas été établie dans son intégralité. On parle toutefois de deux-cents romans, rien de moins. Un taxi l’a emporté dans la nuit, un taxi de jadis, de ceux qui avaient un compteur fixé à l’extérieur, près de la vitre du conducteur. Lorsqu’il chargeait un client, le chauffeur abaissait manuellement un petit rectangle métallique : il montrait ainsi qu’il n’était pas libre.

 

Titres de la collection « Spécial-Police » (Fleuve Noir éditeur) cités dans l’article :

Mort d’un libraire, n° 395, 1964.

Des gants pour la peau, n° 420, 1964.

Traquenards à Syracuse, n° 672, 1968.

Le Rat de Rio, n° 646, 1968.

La Douloureuse, n° 741, 1969.

La Gamberge, n° 898, 1971.

Les Yeux de la tête, n° 973, 1972.

Le Battant, n° 1066, 1973.

Un certain Giorgio, n° 1116, 1974.

Une cible dans le dos, n° 1560, 1980.

mardi, 14 juillet 2015

Ombres présentes

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Le taulier et la taulière sont toujours là, ils vous observent. Ne croyez pas que la rue Franklin soit une voie supprimée. On ne sait jamais quelles ombres nous regardent.

Photo Mireille Layani

jeudi, 16 avril 2015

On déménage

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Le taulier et la taulière déménageront le 4 mai pour aller s’installer en Provence.

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jeudi, 08 janvier 2015

Je suis un peu mort avec eux en 2015

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mercredi, 07 janvier 2015

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jeudi, 04 décembre 2014

Histoires de titres

B4AizyxIUAA5bMT.jpgIl semble qu’après la mode des phrases-titres (Le monde n’est pas assez, Demain ne meurt jamais, Meurs un autre jour) très inspirées, dans leur mouvement, leur allure, des titres de Fleming lui-même, on soit entré désormais, s’agissant des films de Bond, dans l’ère des mots-titres, Skyfall et, qui sortira l’an prochain, Spectre.

À ce propos, quelques réflexions.

Autrefois, Thunderball avait été traduit. Dans notre langue, le titre du film, comme celui du livre, devenait Opération Tonnerre. Un autre exemple : l’espagnol ne pouvant entendre Thunderball, le titre était changé en Opération Tonnerre (Operación Trueno). La langue allemande, elle, réclamait Feuerball et la suédoise, Åskbollen. Dans d’autres pays, il en allait de même. Ainsi, Goldfinger était mué, en Italie, en Mission Goldfinger (Missione Goldfinger). Au Portugal, Skyfall fut traduit Opération Skyfall (Operação Skyfall).

Cela témoigne d’une évolution de la langue française vers une perméabilité toujours plus grande aux tournures anglo-saxonnes. Il y a tout lieu de penser que, de nos jours, Thunderball ne serait plus traduit et sortirait en France sous ce même titre, à l’instar de Skyfall ou de Spectre (prononcer specter). Ce n’est pas le cas d’autres langues, qui paraissent mieux résister à l’invasion linguistique : leur structure ne permet pas de comprendre (d’entendre) Goldfinger, Thunderball ou Skyfall et les titres sont donc adaptés à l’imaginaire du public.

En France, on ne résiste plus, on parle anglais et, cest plus grave, on pense anglais.

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jeudi, 30 octobre 2014

Encore un livre

Granier-Deferre.jpg

Le livre annoncé dernièrement vient de paraître. Il s'agit du premier ouvrage consacré à Granier-Deferre. Le taulier se permet de le signaler aux honorables promeneurs de la rue Franklin.

15:59 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 10 octobre 2014

Encore une parution

Le taulier prétentieux annonce la parution d’un livre encore, chez l’Harmattan, d’ici la fin de l’année sans doute, peut-être avant : Le Cinéma de Pierre Granier-Deferre.

Pourquoi un ouvrage sur Granier-Deferre ? Parce qu’il n’en existait pas.

20:10 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (0)