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vendredi, 17 mars 2017

Il faut bien en convenir

On dira encore que je mens, que jexagère, que je me moque du monde, que je ne sais plus quinventer ou que je vois mal, mais il faut en convenir : à Beaucaire (Gard), les femmes ont quatre jambes.

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La corruption s’habille comme il faut

Empêtré dans ses histoires de costumes – pourtant coupés sur mesures – et en attendant qu’on trouve à lui reprocher des questions de chaussettes, François-le-Corrompu persiste à croire qu’il sera élu et à donner des leçons de probité à tout le monde. Cette crapule absolue doit impérativement être éliminée dès le premier tour. C’est un danger public, assurément pire que la mère La Benne dont on sait au moins qu’elle est vulgaire. Lui, paraît distingué (quoique de moins en moins) et de cela, il faut se méfier. La crapulerie sait porter des vestons bien coupés.

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jeudi, 16 mars 2017

Prétention

Dire aussi ceci, qui m’amuse infiniment. À notre retour, hier, je m’aperçois qu’une minuscule araignée s’est glissée sur ma table, entre une feuille de papier blanc et ma loupe. Sous la loupe, donc, l’insecte, bien que grossi, demeurait de proportions ridicules. J’ai beaucoup ri, pensant à La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et, partant, à l’ami La Fontaine qui nous eût à coup sûr conté cette fable, La Loupe et l’araignée.

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vendredi, 10 mars 2017

Amitié

Ce texte a été écrit en 1982.

L’amitié est un roman d’amour détourné. Une amitié qui tourne court est une nouvelle ratée.

Je sais des amis qui se taisent longtemps et qui, de quinze-cents kilomètres plus loin, vous envoient de temps à autre un mot qui vous parle d’eux.

Je sais des amis qui vous glissent entre les doigts comme un savon.

Je sais des amis qu’on oublie parce qu’on les a ratés.

Je sais des amis qu’on croyait, qu’on a cru être tels et dont la présence était tellement chaude qu’elle vous a brûlé.

Je sais des amis qui devaient être liquides, puisqu’ils se sont évaporés.

Je sais des amis insupportables, qui n’ont jamais été à l’heure une seule fois durant de nombreuses années.

Je sais des amis qui, avec le temps, ont pu évoluer autrement que vous, si bien que le sentiment s’est égaré en utilisant une carte qui n’était pas à jour et ne signalait pas les déviations.

Je sais des amis teinturiers qui vous nettoient à sec, ce qui fait mal mais vaut peut-être mieux que de vous passer la brosse à reluire.

Je sais des amis marque-page, que l’on retrouve au détour de son livre intime.

Je sais des amis qui trouvent normal de partir un jour avec votre femme.

Je sais des amis qu’on rêve et qu’on ne trouvera pas.

Je sais des amis qui n’ont pas eu le temps de le devenir et des amis que le temps a fait devenir autre chose (autre chose qu’eux-mêmes, parfois).

Je sais des amis impitoyables, qui vous moquent sans cesse et vous bousculent pour vous faire vous rendre compte de votre laisser-aller.

Je sais des amis qu’on oublie parce qu’ils ne sont pas des amis.

Je sais des amis qui ne sont pas du même milieu que vous, que tout oppose à vous et qui pourtant sont chauds en certaines circonstances.

Je sais des amis qui donnent et des amis qui prennent, de ceux-là surtout.

Je sais des amis qui vous donneraient leur chemise et d’autres qui prendraient votre pantalon.

Je sais des amis qui ne sont plus que des photographies datées dans un album.

Je sais que l’amitié est louche et je finis par croire que, contrairement à la légende, elle est aussi éphémère que l’amour.

Ces amitiés mourantes dont on s’obstine à vouloir tirer quelque chose ressemblent à ces tubes de dentifrice quasiment vides qu’on n’en finit pas de presser et de tordre et qui finissent par mourir tristement au fond d’un verre à dents taché.

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mardi, 07 mars 2017

Le menteur sournois

Fillon est un menteur.

Il a menti en disant que la journaliste anglaise qui avait interviewé sa femme il y a dix ans s’était rapprochée d’elle à la suite de la rediffusion télévisée d’il y a quelque temps pour lui dire combien elle était dégoûtée de l’usage qu’on faisait de son film. C’était faux, elle l’a elle-même démenti : « Facts, Mr Fillon, facts ! » a-t-elle conclu.

Il a menti en disant qu’il avait obtenu quatre millions de voix lors de la primaire de la droite. Comme si tous les votants s’étaient exprimés en sa faveur.

Il a menti en disant que les médias avaient annoncé le suicide de son épouse et que c’était révoltant. Il n’a pas été possible de retrouver la moindre trace de cette supposée fausse information. La fausse information, c’est lui qui la crée.

Fillon est un menteur sournois. Il était sournois lorsqu’il était ministre des Affaires sociales. Il était sournois lorsqu’il était Premier ministre.

Fillon n’existe pas. Il était mort politiquement du temps de Sarkozy, il est mort politiquement aujourd’hui.

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dimanche, 05 mars 2017

Nous prendrait-on pour des imbéciles ?

Nous prendrait-on pour des imbéciles ?

Oh non, je n’ose le croire. C’est une pure coïncidence. Mme Fillon, qui se taisait obstinément depuis plusieurs semaines, vient aujourd’hui s’exprimer dans Le Journal du dimanche, du groupe Lagardère, pour tenir des propos manifestement récités : une leçon préparée par les responsables de la communication de son époux. Elle raconte le contraire de ce qu’elle disait il y a dix ans dans l’interview télévisée rediffusée il y a peu. Elle appuie sur le fait que seul son mari a un projet pour la France et se trouve à même de redresser la situation, bref, elle répète ce qu’il dit, elle ânonne, même. Et ce monument d’hypocrisie est publié aujourd’hui, quelques heures avant la manifestation prévue au Trocadéro, qui va rassembler – sous une pluie importante – le dernier bastion de l’imbécillité militante, conduite par la crapulerie populiste.

Rappelons qu’une contre-manifestation se tiendra en même temps à la République, avec pour mot d’ordre la dénonciation de la corruption des élus.

Dehors, Mme Fillon. Sous la pluie, avec les sbires de votre malencontreux mari. Dehors. Et ne revenez pas.

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samedi, 04 mars 2017

Les raisins verts sont devenus noirs

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Je salue la mémoire de Jean-Christophe Averty, homme inventif et généreux, imaginatif et courageux. Il fut un temps où radio et télévision ne pouvaient être assimilées à l’excrémentiel.

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Fou de rage

Et si, tout simplement, Fillon était devenu fou ? Fou de rage et de désespoir de voir le pouvoir – encore plus de pouvoir, encore plus d’argent et d’avantages – lui échapper ? On peut se le demander. En tout cas, son comportement est suicidaire. Cela étant, je ne vois aucun inconvénient à ce qu’il veuille se suicider.

Depuis que la politique est considérée comme une carrière et non plus comme un dévouement à la République, voire un sacerdoce (cela a-t-il seulement existé ?), les anciens Premiers ministres imaginent que devenir président de la République est un droit. Eh bien non, ce n’en est pas un, et il n’existe pas de carrière toute tracée. Tous les Premiers ministres, dans l’histoire de la Ve République, ont été battus lorsqu’ils se sont présentés à l’élection présidentielle. Sans exception. Pompidou fut élu, certes, mais après avoir cessé d’être Premier ministre et encore, ce fut à la suite de la démission du Général et en « surfant », comme on ne disait pas encore, sur la vague de son héritage (« le changement dans la continuité », avait-il pour slogan). Chirac le fut aussi, mais plusieurs années après avoir été Premier ministre de Giscard puis de Mitterrand. Et s’il fut réélu, ce fut avec les voix de ses adversaires. Pour chacun des deux hommes, ce fut affaire de circonstances, de contexte. Rien de tel aujourd’hui.

Il n’est pas de droit à devenir président de la République. Aucune obligation, aucune loi morale ou politique, aucune conséquence logique, inéluctable.

Dehors, le fou Fillon.

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jeudi, 02 mars 2017

La tristesse de ce temps

Ainsi donc, le totalement déconsidéré sieur Fillon, lâché par de plus en plus de ses soutiens, compte à présent s’appuyer sur une manifestation prévue dimanche au Trocadéro. Ce rassemblement est dirigé contre les juges. C’est ahurissant et beaucoup de personnalités de droite s’en démarquent d’ailleurs, corrigeant « contre les juges » en « de soutien à Fillon ». Cette attitude ne s’est jamais vue et comporte d’extrêmes dangers. Fillon, en se posant – puisque, ne pouvant répondre sur le fond, c’est sa seule manière de se défendre – en victime de la presse, du pouvoir, de la justice, des méchants, de la gauche et du menuisier du coin, s’enferre, s’embourbe, s’enlise même. La presse étrangère est consternée et la France caricaturée par l’entêtement imbécile de celui qui, s’il venait par malheur à être élu, n’aurait à l’évidence plus aucun poids sur la scène internationale d’une part, et serait source de désordre permanent dans le pays d’autre part.

En annonçant qu’il se rendra, le 15 mars, à la convocation des juges, il estime qu’ainsi, il ne sera pas fait d’amalgame entre Marine La Benne et lui. C’est dire assez qu’il eût été capable, autrement, de ne pas se présenter. Il n’a pas à craindre l’amalgame mais l’identification : d’une benne à une ordure, il n’y a que la différence qui existe entre le contenant et le contenu, mais tous deux vont l’amble.

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dimanche, 26 février 2017

Clay conteur

Quand Philippe Clay publie ses souvenirs en 1980, « ce n’est pas triste », comme on dit. Il ne s’agit nullement de ses mémoires de comédien et de chanteur, mais uniquement de son adolescence – entre douze et vingt ans – chahutée et accélérée par la guerre : le récit tient en huit années, de 1939 à 1947.51d9RPg3NpL._SX314_BO1,204,203,200_.jpg

Clay a un véritable talent de conteur. Les épisodes qu’il narre dépassent le cadre d’anecdotes pour acquérir le statut enviable de scènes. Le ton est toujours juste, le souffle maîtrisé, le rythme exact.

C’est un livre très humain, souvent émouvant, toujours sincère, où l’on s’esclaffe régulièrement. Quant aux dernières pages, dans lesquelles l’auteur met en scène son redoutable ami Jacques, étudiant en médecine, elles sont inénarrables, mêlant le rire et la stupéfaction.

Philippe Clay, Mes universités, Laffont, 1980.

samedi, 25 février 2017

La Virevolte par Nancy Huston

Cette note de lecture a été rédigée en 1994.

Une danseuse professionnelle abandonne un jour ses deux filles pour se donner à son métier et parce qu’elle ne peut plus nier sa vérité intérieure, c’est l’argument, très résumé, de La Virevolte, par Nancy Huston, écrivain d’origine canadienne, qui a choisi d’écrire en français depuis de nombreuses années.

la-virevolte-159849-264-432.jpgBien sûr, ce n’est pas tout. Ce roman est avant tout l’expression réussie de plusieurs sensibilités féminines, celle de Lin, la danseuse ; de son amie Rachel ; de ses filles, Angela et Marina, surtout. Et aussi, celle de l’amour difficile, aussi bien entre Lin et son mari Derek, qu’entre Rachel et Sean. D’autres personnages, certaines destinées se croisent autrement et Nijinski et Isadora Duncan passent en songe. Une sensualité extrême parcourt le texte, avec comme un appel constant vers la lumière, un envol permanent d’un mal de vivre à l’autre.

Nancy Huston, dans ce livre qu’il convient de savourer à petits coups ambrés, odorants, opte pour une écriture narrative qui répond à un double mouvement. La structure classique, linéaire, de la phrase éclate parfois pour devenir une mise en forme déstructurée qui, de loin en loin, aligne la prose sur la poésie, aboutissant à des retours à la ligne, à la suppression de la ponctuation et, tout particulièrement, du point final. Ce qui s’interprète aussi comme une « mise en danse » de l’écriture, une chorégraphie. Comme l’expression typographique (disposition) et syntaxique (langue et écriture) de l’évolution du personnage. À aucun moment, cette méthode n’entache le sens immédiat d’un récit qui n’a rien d’abscons. Tout au plus pourrait-on lui reprocher une durée assez peu maîtrisée : on a peine à croire que tant d’années s’écoulent dans le temps du roman ; mais ce défaut « technique » ne nuit pas réellement au sentiment brûlant, voire au malaise que peut éprouver le lecteur devant un sujet tabou, alors que l’auteur ne porte aucun jugement, jamais. Elle présente avec une immense sincérité des écorchures aux guérisons contradictoires. Et l’éternelle patience des femmes, face à la vie, face au désir, face à leur accomplissement souvent bâti sur des décombres. D’une mère à sa fille, d’une fille à la sienne, se transmet le même mystérieux secret : le langage de l’eau.

Nancy Huston, La Virevolte, roman, Actes Sud, 1994.

samedi, 11 février 2017

L'obstiné ridicule

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Ainsi donc, l’homme qui, il y a quelques jours encore, demandait à être entendu au plus vite par le parquet national financier, conteste aujourd’hui, par la voix de ses avocats, la compétence de celui-ci. L’homme qui demandait à ses amis de le soutenir durant quinze jours fait à présent ce qu’il peut pour faire traîner la procédure en cours. L’homme qui est incapable de fournir la moindre preuve d’un travail réellement effectué par son épouse – sans quoi cela serait fait depuis longtemps – se défend en invoquant un complot médiatique. Le reste à l’avenant : la journaliste anglaise, auteur de l’interview de sa femme effectuée il y a dix ans, se serait rapprochée d’elle pour lui dire combien elle était choquée de l’utilisation qui avait été faite par la télévision de l’archive filmée correspondante, ce que l’intéressée a immédiatement démenti ; l’homme présente des excuses alors qu’il assure n’avoir rien fait de répréhensible. Son propre parti le soutient du bout des lèvres et certains de ses membres, pas du tout – ou bien en déplorant sa manière de se défendre. Totalement discrédité, l’homme s’acharne, s’obstine et se ridiculise. Il tente de gagner du temps, une éventuelle élection devant lui assurer cinq années d’immunité. Mais il est déjà trop tard. En toute logique, il ne devrait pas être présent au second tour ou ce serait à n’y rien comprendre. Son entêtement est suicidaire. Quelle est la différence entre François Villon et François Fillon ? Tous deux sont voleurs, un seul est poète. À y bien réfléchir, il en est une autre : depuis le XVe siècle, on se souvient de Villon.

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mardi, 17 janvier 2017

Lombard plaide ailleurs désormais

cxcxc.jpgPaul Lombard est décédé le 15 janvier. Il aurait eu quatre-vingt dix ans le mois prochain. Il se disait « deux tiers Marseillais, deux tiers Parisien », selon la logique de César dans Marius de Pagnol où, chacun le sait, « ça dépend de la grosseur des tiers ».

Je l’avais rencontré brièvement, en 2001, lorsque je préparais la biographie d’Albertine Sarrazin. C’était un homme de grande classe, de grande culture, un séducteur et, naturellement, un avocat de grand talent, célèbre. Je revois son cabinet, et aussi le vestibule de son appartement, près du Sénat. Il était aussi écrivain. Je lui avais fait parvenir mon livre, il m’avait adressé en retour une élégante lettre. Bonsoir, maître.

mercredi, 21 décembre 2016

Madame

La grande Michèle Morgan est décédée le 20 décembre 2016. Un article fielleux du Monde.fr relativise sa gloire et son aura. Comme le font remarquer plusieurs commentateurs, son auteur ne doit pas avoir entendu parler des Orgueilleux, du Miroir à deux faces, ni de Fortunat. Ne retiendrait-on que ces trois œuvres, cela serait déjà bien.

Dans Les Orgueilleux (Yves Allégret, 1953), elle partage l’affiche avec Gérard Philipe, bouleversant, littéralement somptueux. Bien qu’il ne soit pas crédité au générique, le scénario est de Sartre. Une scène d’un érotisme inimaginable en 1953 et encore aujourd’hui très « chaude » montre combien elle était animale, il n’y a pas d’autre mot. Dans Le Miroir à deux faces (André Cayatte, 1958), elle est l’épouse d’un Bourvil jouant un personnage odieux et malheureux. Et elle, beauté entre les beautés, avait accepté d’être enlaidie pour le rôle, ce qui n’avait rien d’évident. Dans Fortunat (Alex Joffé, 1960), elle est de nouveau en compagnie de Bourvil, un Bourvil extraordinaire pour un film profondément humain. Alors, plutôt que de nous seriner la réplique mondialement connue de Quai des Brumes qui a d’ailleurs vieilli, qu’on aille voir ces films-là, au moins ceux-là.

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vendredi, 16 décembre 2016

Videz-le

images.jpgAinsi donc, Valls est en campagne. S’il pouvait s’y perdre…

Ce sinistre personnage, prétentieux et brusque, est en train de promettre et de dire tout et le contraire de tout, puisque l’important est d’être élu ou, pour le moment, d’être désigné lors de la primaire comme le candidat du parti dit socialiste. Ce qu’il ne sera évidemment pas.

Comment peut-il annoncer qu’il va proposer la suppression de l’article 49-3 (il faut pour cela une modification de la Constitution qu’il n’obtiendra pas puisqu’il ne pourra réunir à cet effet la majorité requise), article qu’il a utilisé lui-même pas moins de six fois en quelques misérables années de gouvernement ? Quel est cet homme jeune déjà capable de toutes les contorsions et de tous les léchages de bottes afin de parvenir à ses fins ?

En résumé, comment peut-on être Valls ?

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samedi, 10 décembre 2016

Commémorations nationales 2017

Le recueil annuel des Commémorations nationales, que publie le ministère de la Culture et de la Communication, vient de paraître. Toujours aussi luxueux, magnifiquement illustré – la photogravure est de qualité –, imprimé en République tchèque (!), il recense les anniversaires « labellisés » pour 2017. Un bref article m’avait été demandé il y a quelques mois par les services du ministère, pour le cinquantième anniversaire du décès d’Albertine Sarrazin. Le nombre de caractères était très limité et ce fut un exercice intéressant. À ce propos, j’ai lu plusieurs notices concernant des personnalités ou des événements sur lesquels je pense avoir quelques modestes lumières et j’ai été frappé par la justesse de tous ces textes. Précision et concision sont les mots qui s’imposent. En cela, la contrainte, on le sait, est source de richesse.

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dimanche, 04 décembre 2016

L’emblème du film fantastique français

f1940905829237fa9.jpgD’après un roman de Jean Redon paru au Fleuve Noir, adapté par le tandem Boileau-Narcejac et Claude Sautet dans un noir et blanc magnifique, avec des éclairages précis, un montage parfait, une interprétation sans égale, ce sont Les Yeux sans visage. Si le film de Franju (1960) a malheureusement un peu vieilli dans ses derniers moments, notamment lors de l’enquête policière – le scénario, très solide, peine alors un peu, fort peu, mais suffisamment pour que notre regard de 2016 s’en aperçoive –, ce n’est pas très important. L’œuvre relève du fantastique, qui n’est pas le genre le plus représenté dans le cinéma français. Elle n’en est que plus remarquable. Un article pertinent est à lire ici.f1940905829237fa9a7a8494821dced5.jpg

jeudi, 27 octobre 2016

La Femme de paille

La Femme de paille (1964) a tenu le coup. Réalisé par Basil Dearden, le film Woman of straw est sorti la même année que Goldfinger et, avec mes parents, nous l’avions vu à Marseille, peu après. Sean Connery joue ici un rôle aux antipodes de celui de 007. On y voit Gina Lollobrigida, dont la fougue italienne joue des contrastes face aux personnages anglais. Magnifique bande sonore (Beethoven, Berlioz, Mozart, Rimski-Korsakov) qui, de plus, se rapporte au sujet du film. Des décors somptueux ajoutent au propos. Et le personnage de l’oncle ! Il faut le découvrir car il n’est pas racontable.

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Évidemment, l’emploi de « découvertes » est devenu impossible aujourd’hui, mais c’était l’usage, la façon de faire. À part cela, La Femme de paille est une belle leçon de cinéma. Filmage impeccable, montage parfait, plans toujours justes, belle direction d’acteurs, bon dialogue… D’après le livre de Catherine Arley, grande dame du roman noir.

jeudi, 29 septembre 2016

Mieux vaut de ris que de larmes écrire

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Cet article du Monde vaut, me semble-t-il, son pesant de moutarde, bien que son sujet me rende triste.

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jeudi, 28 juillet 2016

Caroff pris au flash

309113749.jpgJe commence à lire un nouveau Caroff publié, celui-là, sous le pseudonyme de Daib Flash, dans la collection « Espiomatic » du Fleuve Noir (collection que G. Morris-Dumoulin avait inaugurée avec son personnage Vic Saint-Val). Le livre date de 1975, c’est le troisième de la série – je ne possède pas les deux premiers. Il fallait alors renouveler le récit d’espionnage qui, depuis l’après-guerre, datait singulièrement et lassait, d’autant que la guerre froide était achevée et les problèmes géopolitiques totalement différents. Ce qui est frappant dans Flash sur Londres, c’est que les problèmes européens d’aujourd’hui, Caroff l’humaniste, européen convaincu, les anticipait, les décrivait déjà, y compris les tergiversations hypocrites des Anglais. Un autodidacte extraordinaire, vraiment. Pour le reste, Daib Flash est le personnage principal, on ne sait pas comment il se nomme réellement, et l’ambiance se veut sexuellement libérée, 1975 oblige. Pourtant, ce n’est pas grand-chose par rapport à aujourd’hui. On relève toujours des trouvailles impeccables : « Le silence avait l’épaisseur de la confiture d’oranges », « ne pas avoir les deux mains dans le même gant », etc. Finalement, c’est le graphisme et l’allure de la couverture qui ont le moins bien résisté au temps.

mardi, 26 juillet 2016

Caroff et les gros poissons

3971145708.jpgJ’ai terminé hier soir la lecture d’un Caroff de la série « Angoisse » du Fleuve Noir, Le Barracuda. Évidemment, l’auteur se moque bien des étiquettes et des classements. Il écrit ses livres, qui sont du pur Caroff, et Le Barracuda est dans ce cas. Il pourrait s’agir d’un roman de la collection « Spécial-Police », à cause de l’intrigue. Il la développe d’ailleurs de la même manière. Simplement, il étire un peu le temps et ce suspense, qui tranche avec son rythme nerveux habituel, est ce qui peut (ou pouvait en 1961) paraître angoissant. Rien de contraignant, donc, dans l’appellation de cette série, en tout cas en ce qui le concerne – et ça ne m’étonne nullement : il ne faut pas oublier qu’il fit paraître en « Spécial-Police » le roman Les Insurgés qui n’avait rigoureusement rien à voir avec la collection. Au total, un bon livre, assez peu vieilli, témoignant toujours de l’humanité profonde de l’auteur, comme de son évidente intelligence. Une forte connaissance des bateaux, de la navigation et de la pêche. Et aussi, un grand étonnement devant la maîtrise de Caroff, qui donnait là un de ses tout-premiers livres.

vendredi, 10 juin 2016

Le passager des saisons

Je suis venu ici pour partager avec vous le pain des mots et le vin de la phrase. (…) Ce sont des horreurs que je dois décrire, des horreurs et des souffrances surhumaines – comme par exemple la mort de ma sœur Enina – et c’est à travers cette horreur que je dois atteindre la beauté, une beauté qui purifiera le monde. (…) Après quoi le monde sera meilleur, et vous-même vous serez meilleurs dans un monde plus heureux. Voilà quelle est ma science.

Maurice Pons est décédé le 8 juin.

C’était un excellent écrivain, rare, discret, profondément original. Bien entendu, il faut relire Les Saisons, son chef-d’œuvre constamment réédité depuis 1965 (ce qui est tout de même extrêmement rare), dont provient le fragment ci-dessus. Et aussi, Mademoiselle B. et Rosa. Et tout le reste.

Ici, le texte que je lui avais consacré dans un ouvrage (avec un chapeau l’actualisant), et une note complémentaire.

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jeudi, 09 juin 2016

André Caroff, romancier fleuve

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Vient de paraître, « André Caroff, romancier fleuve », un long article publié dans le n° 124, daté avril 2016, de la revue 813, les amis des littératures policières. Le taulier s'est encore manifesté. Il vous prie de bien vouloir excuser son impudence.

lundi, 06 juin 2016

Boulevard de la vie

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Si son sujet n’est pas d’une originalité absolue, le traitement du sujet, lui, est impeccable. Chronique intimiste d’une homosexualité toujours refoulée et dissimulée sous un mariage et une position sociale, Boulevard est une belle réussite qu’on doit en premier lieu au talent magnifique de l’acteur incarnant Nolan, le personnage principal, Robin Williams. Clown triste aux demi-sourires, aux regards perdus, absents, doux, inquiets, fiévreux, il domine de très haut cette histoire touchante, filmée en une abondance de gros plans qui scrute au plus près des vérités humaines.

Le filmage au cœur des personnages, au profond des regards, le montage simple mais sans artifice, les couleurs sombres et cependant pleines d’une lumière, celle, naturellement, de la vérité des êtres, font de ce film d’une grande délicatesse une belle réussite, pleine d’authenticité.

Rares sont les films sans manières ou plutôt sans maniérisme, Boulevard en est un. Où d’autres eussent appuyé sans vergogne, il se contente de toucher du bout des doigts.

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dimanche, 29 mai 2016

Du pléonasme

Comme un bouquet d’âneries

Je suis en réunion. Voilà qu’aujourd’hui, j’entends évoquer « l’équité entre tout le monde ». Il faudra créer un prix du pléonasme, ou reconnaître que le personnage du génial André Franquin, Gustave Labarbe, maire de Champignac, avec ses discours insupportables, creux et prétentieux, est décidément devenu le modèle des Français.

Mais ce n’est pas fini, cela va si vite que je ne puis noter.

« J’anticipe sur la suite » (ça devrait donc s’achever plus vite, non, même pas).

« On va accélérer rapidement » (il est urgent d’implanter des radars linguistiques et d’instaurer le permis de parler à points).

« C’est une question récurrente qui revient » (c’est même le retour d’une récurrence revenante, me semble-t-il).

« L’ordre de grandeur, c’est aux alentours de » (enfin, en gros, à la louche, au pifomètre, c’est aux environs d’à peu près ça).

« On va tester dans une période expérimentale » (histoire de mettre à l’essai afin d’expérimenter en essayant, sûrement).

*

Je me rappelle avoir lu dans une biographie : « Une représentation annuelle de [telle œuvre] est organisée chaque année » ; dans un roman policier : « Il aperçut X qui patientait en attendant son tour » ; dans un commentaire lu sur Internet : « le dénouement final ». Comment les bras ne m’en tomberaient-ils pas ?

C’est chez Roger Grenier (célébrant l’excellent Pascal Pia !) que j’ai trouvé ce délice absolu : « En tête-à-tête avec un seul interlocuteur ». Admirable, non ? « Cocuage linguistique ! », aurait hurlé le poète Maxime Alexandre, de qui j’aime cette expression que je me plais à citer. Puisqu’il ne peut plus le faire, je crie pour lui.

*

Je me rappelle aussi avoir entendu et j’entends encore, quotidiennement parfois : « Des assiettes empilées les unes sur les autres » (des fois qu’on les empile côte à côte) ou : « Il vaut mieux prévoir à l’avance », ce qui est mieux que prévoir après coup. Je viens d’entendre « une mention générique commune à », des fois que la mention soit générique pour elle-même et elle seule…

Dans le commentaire d’un lecteur du Monde.fr, je trouve « le maintien du statu quo », ce qui est remarquable. Pour être sûr d’être bien compris, ce monsieur aurait dû écrire : « Le maintien immobile, sans mouvement, d’un statu quo stable et sans changement, qui ne bouge pas et reste tranquille, afin de, sans frémir, demeurer statique ».

*

Mais voici qu’une nouvelle réunion m’occupe, ou plutôt m’ennuie. Le tourbillon reprend, ma plume court aussi vite qu’elle peut, mais les tournures pléonastiques sont si nombreuses que la pauvre manque s’essouffler.

« La conclusion qui s’imposait à la suite de ça » (fort heureusement, elle ne s’est pas imposée préalablement car commencer par conclure ne serait pas aller bien loin).

« Il n’empêche, quand même » (et en dépit de cela, aussi ?).

« Moi, personnellement ».

« Des solutions qui anticipent l’avenir » (effectivement, par les temps qui courent, anticiper le passé pourrait être très dangereux).

« Est-ce qu’on vote successivement d’abord sur » (oui, et même en premier, avant le deuxième point qui viendra à la suite et se présentera après).

« Le futur est toujours plus incertain que le passé » (ah non, ce n’est pas vrai, il n’a pas osé ? Mais si, mais si).

« Je ne sais pas quoi ajouter de plus » (eh bien, ajoute en moins et tais-toi, abruti).

*

Quelques jours plus tard, une réunion, une de plus, me permet de prendre note de ceci : « Donnez-nous un peu de nerf de la guerre pour mieux lubrifier le système ». Quelle merveille ! Je sais, le contexte permet de comprendre ce que veut dire le locuteur. Il rapporte avoir demandé des crédits supplémentaires qui lui permettraient de réaliser telle chose. Oui, oui… Mais un nerf qui lubrifie, vraiment… Un morceau de viande plein de nerfs est réputé dur, immangeable, coriace, très mauvais, tout sauf fluide. Une telle image devrait faire frémir le plus mauvais boucher.

Le même locuteur récidive, parlant de « donner des pistes d’éclairage ». Je comprends « donner des pistes », j’entends « apporter un éclairage », mais le mélange des deux me paraît indigeste. Le même homme s’était déjà rendu coupable de reporting. Toutes ces personnes qui ne demandent qu’à faire du reporting quand elles rougiraient de devoir rédiger un compte rendu !

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J’ai toujours été très étonné d’entendre la plupart des gens utiliser n’importe quel terme pour signifier n’importe quoi. Je ne le leur fais même plus remarquer – c’est trop lassant –, pour ne plus m’entendre répondre : « C’est pareil », car je devrais alors expliquer que, justement, ce n’est pas pareil. Quelquefois, malgré tout, je me laisse aller à de sévères mises au point pleines de causticité. Mais bah, autant vouloir faire comprendre qu’un sobriquet n’est pas nécessairement un tison sans intelligence.

Le « déroulé » a remplacé le déroulement, cas amusant où un adjectif a pris valeur de substantif. Tout cela pour parler d’un simple fil conducteur, quel gaspillage d’énergie !

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Le mot « responsable » aurait-il mauvaise presse ? On comprendrait mieux alors cette tendance généralisée à la démission, à l’absence d’idées et de prises de position qu’on connaît aujourd’hui. Le « porteur » de projet se sent-il réellement responsable des initiatives qu’il est appelé à prendre et de leurs éventuelles conséquences ? Tous ces responsables sont devenus des « porteurs », terme qui les aurait mis en colère s’il leur avait été appliqué lorsqu’il désignait les portefaix exerçant leur métier sur les quais de gare. Le mépris a cessé, c’est une bonne chose, mais cet apaisement est surtout dû à la disparition des porteurs eux-mêmes. À ceux qui, pour un pauvre salaire, portaient les valises des autres, ont succédé des responsables de projet qui ont davantage de bagage.

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Dans un article consacré à un cinéaste et à son plus célèbre film, je relève : « le papier peint recouvrant les murs ». Il fallait bien faire comprendre, sans doute, que ce n’était pas celui qui recouvrait les fenêtres.

Je n’avais pas fini d’écrire ce qui précède quand j’entendis : « Il coexiste en même temps les deux adresses ». En huit mots à peine, pléonasme et syntaxe chahutée me donnèrent un sentiment de pénible découragement qu’une pluie de septembre se chargea d’accentuer.

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Le dernier jour de mon activité salariée, alors que je prenais ma retraite le soir même, je lus, dans le corps d’un message : « Une nouvelle politique tarifaire unique pour tous ». Je fus immédiatement rassuré, soulagé : si la politique en question (pourquoi ne pas dire tout bêtement « un nouveau tarif » ?) s’était montrée unique pour certains seulement, que se serait-il produit ? On eût crié à la discrimination.

Afin de rire jusqu’au bout, il faut préciser que cette tournure alambiquée concernait une chose très importante : le prix du gobelet de café au distributeur.

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Le commerce n’est jamais en reste. Dès qu’il est question de faire une bourde, les boutiquiers sont là (tiens, cela sonne comme un chant folklorique). Dans telle collection de livres-disques vendue en kiosques, on peut lire un avertissement : « Chaque volume est constitué d’un CD et d’un livret indissociables ne pouvant être vendus séparément ». Peut-être aurait-on dû ajouter, car il faut toujours s’assurer de la bonne intelligence qu’on peut avoir d’un propos : « On ne peut les acheter qu’ensemble et pas à part, ni l’un sans l’autre, car ils sont commercialisés en une seule fois, ce qui ne permet pas de les détailler. Il faut donc les acquérir conjointement, car l’isolement de l’un ou de l’autre ne s’avère pas réalisable ».

Sur un marché, en Quercy, à l’approche de la fin de l’année, un tract d’artisan charcutier vante quelques nourritures et indique : « Pour être mieux servi, commandez à l’avance ». Il est certain que, si l’on venait à commander après coup, on ne serait guère satisfait du service.

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France-Musique, décembre 2013. J’allume le poste de radio et entends : « On continue à perdurer ». J’éteins immédiatement.

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Un éditeur français publie en 2013 un album dont la quatrième de couverture annonce : « Des histoires différentes les unes des autres ». Il devait être trop simple d’écrire « des histoires différentes ».

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Je lis sur Internet, en mai 2014, l’avis qu’une personne exprime à propos d’un album de bande dessinée. Ce lecteur achève son commentaire en parlant de « la chute finale en fin de récit ». Je le félicite ici vivement, il mérite un prix. Trois fois la même chose ! On est rarement allé si loin.

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Je ne dois pas oublier, néanmoins, de citer tel écrivain célèbre, directeur littéraire réputé, romancier à succès, poète par surcroît, qui, dans des mémoires posthumes parfaitement indigestes de par leur superficialité et l’ennuyeux enchaînement d’anecdotes qu’on y peut malheureusement découvrir, centaines de pages où l’anacoluthe pousse comme chiendent, évoque telle nécrologie « préparée d’avance », ce qui est incontestablement plus utile que si elle avait été préparée ensuite.

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« Le suspense monte crescendo », indique tel programme de télévision, au mois de novembre 2014. On est content de l’apprendre. S’il était monté decrescendo, le spectateur eût été tout retourné.

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Du dialogue d’un téléfilm pourtant honnête, bien qu’invraisemblable, cette perle extraite : « parachuté d’en haut ». De quoi s’y perdre, n’est-ce pas ?

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Pour conclure une critique d’un album de bande dessinée, on affirme que « cette aventure se poursuivra et se finalisera dans le prochain tome 6 à venir ». Dire que l’aventure s’achèvera dut paraître impossible à l’auteur de l’article ; il préféra à cette formule trop simple, trop vieille certainement, « se finalisera », manie de langage qui finira par me faire rugir. Le comble, cependant, est « le prochain tome 6 à venir ». Prochain, tout court, devait être trop mesquin et l’auteur se rendit coupable d’un « prochain » dont il dut expliquer qu’il était « à venir », ce que nous n’aurions évidemment pas compris sans cette précision.

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Un commentaire d’article, sur Internet, prophétise avec entrain : « Elle s’auto-détruira d’elle-même ». Fameux ! Et puis au moins, comme ça, on est certain du résultat. Il vaut mieux ne se fier à personne, de nos jours. Confier à un tiers le soin de nous auto-détruire eût été aventureux. Mieux vaut, on ne le contestera pas, s’auto-détruire soi-même.

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Tel témoignage, très intéressant et sensible, c’est vrai, parut aux éditions de Fallois, agrémenté d’un texte de quatrième de couverture s’achevant sur cette phrase : « Et c’est un témoignage inoubliable, qui reste longtemps dans la mémoire ». De quoi s’esclaffer ou bien, au choix, grincer des dents. Quel directeur littéraire d’occasion, quel responsable entérina-t-il une sottise aussi exemplaire ?

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Sur le site d’un éditeur et à propos d’un sympathique écrivain portant habituellement chapeau, on peut lire : « Toujours accompagné de son fameux couvre-chef dont il ne se sépare pas ». Qui a pu proférer une telle imbécillité ? À qui faut-il faire porter le chapeau ?

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France-Culture, février 2016. Dans ma voiture, j’allume le poste de radio pour entendre, avec stupéfaction : « En interaction les uns avec les autres ».

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L’auteur n’est pas plus fort que les autres

Pour ne pas lasser le lecteur le plus complaisant, ce chapitre n’ira pas plus loin, en dépit de la constante présence du pléonasme dans l’expression contemporaine. Cependant, il faut le reconnaître, personne n’est à l’abri de rien et je me suis surpris proférant « le but final », par opposition, certainement, au but inaugural. Au moins ai-je rougi et me suis-je immédiatement puni d’une gifle morale, c’était bien le moins que je me devais. J’en porte encore la marque.

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mardi, 24 mai 2016

Vincent du soleil

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À Arles, trente-et-un tableaux de van Gogh sont exposés à la fondation. Magnifique. Hormis l’œuvre admirable vue à Avignon récemment,* je n’avais jamais été en présence de vrais van Gogh. Extraordinaire. Comme les cartes postales, vendues à la boutique, étaient minables, ensuite ! On sait bien que la qualité des reproductions, souvent, n’est pas ce qu’elle pourrait être, mais là, c’était flagrant : nous venions de voir les originaux. Les tableaux n’étaient pas accrochés à des cimaises, mais doublement boulonnés au mur et, certainement, une alarme était-elle dissimulée derrière chacun d’entre eux. Peu importe. De plus, les toiles, bien qu’encadrées, étaient sous verre, ce n’était pas l’idéal, mais enfin… Un groupe d’enfants de l’école primaire visitait l’exposition avec leur institutrice et trois accompagnatrices. Je me disais que les enfants, aujourd’hui, ont bien de la chance. J’aurai vu mes premiers van Gogh à près de soixante-quatre ans ; eux, très tôt. Tant mieux.

* Il s’agit de la collection Jacques-Doucet, conservée au musée Angladon. De superbes œuvres présentées dans un bâtiment magnifique. Un Van Gogh, un Sisley, un Degas, un Modigliani, six Picasso… entre autres.

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vendredi, 01 avril 2016

Aucun trucage

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Arles, 31 mars 2016

(Photo Martine Santoni)

mercredi, 16 mars 2016

Histoires de fromages

Je vous accorde que ce n’est pas très important, mais pourquoi dit-on d’un fromage : « C’est de la vache » ou « C’est de la brebis », et « C’est du chèvre » ?

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lundi, 29 février 2016

Pivot parle de Pia

En 1968, Bernard Pivot, qui n’était pas encore l’homme de télévision que l’on connaît, dirigeait chez Flammarion une collection de livres, dénommée « Le procès des juges ». Dans cette série, il s’était réservé le volume Les Critiques littéraires.

De Pascal Pia écrivant dans Carrefour, il notait brièvement : « Inégalable dans la critique érudite. A parfois de superbes éreintements. Mériterait beaucoup plus de lecteurs ».

19:04 Publié dans Pascal Pia | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 17 février 2016

Un roman de Jean-Claude Izzo

index.jpgJe n’ignorais pas le nom d’Izzo (1945-2000), mais ne l’avais jamais lu.

Je viens de découvrir Le Soleil des mourants et ne regrette pas d’avoir reçu cette gifle. J’ai été très impressionné par l’humanité qui se dégage de ce roman. Une humanité noire, très forte, vraiment puissante, exprimée dans un registre de langue populaire parfaitement maîtrisée. Un récit profondément vrai, bouleversant, d’une dureté redoutable. Pourquoi le mal existe-t-il, pourquoi cette vie est-elle ce qu’elle est et continue-t-elle ?

Comment Jean-Claude Izzo s’arrange-t-il pour que l’on puisse, sans sourciller, croire à ce monde où des prostituées bosniaques, en rupture de souteneur, lisent Saint-John Perse et le font connaître à un clochard désespéré ? À cet univers où Rico, le clochard en question, lit L’Odyssée quand il est en train d’en vivre une lui-même, lors d’un voyage à Marseille qu’il effectue, en quête d’un souvenir, celui de l’amour de sa jeunesse, et parce qu’il imagine préférable de mourir au soleil plutôt que dans l’hiver parisien ? Ceci est remarquable : les mille aventures qui lui arrivent durant son périple sont toutes parfaitement vraisemblables et même plausibles. Leur accumulation l’est moins, comme si Rico avait été forcé d’opter pour tout le lot – mais le grand talent et la brûlante compassion d’Izzo rendent acceptable toujours plus d’horreur.

Le roman, dont la construction est d’une finesse admirable, présente en permanence des personnages hors du commun, Titi, Dédé, Félix, Mirjana, Abdou… Dans ce théâtre misérable et sordide, éclairé toutefois par les lueurs d’un cœur bien rouge, même Zineb, l’ours en peluche, en est un.

Le Soleil des mourants n’est pas un documentaire sur l’existence des « sans domicile fixe ». C’est une main qui vous arrache quelques lambeaux de chair, du côté du cœur de préférence, c’est un crochet qui fouaille votre poitrine afin d’en extirper la tuberculose du rêve. Et tout cela sans effets littéraires, uniquement avec un talent poignant qui crie de Paris à Chalon-sur-Saône, de Lyon à Avignon, et dans la nuit marseillaise, après le fort Saint-Jean, au bout du quai.

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dimanche, 24 janvier 2016

À propos de Boileau-Narcejac

boileau-narcejac.jpgChez Boileau-Narcejac, les intrigues sont toujours très intéressantes parce que l’humain y est présent, pratiquement en permanence. Hélas, les longueurs sont fréquentes. Si elles ne diminuent pas l’intérêt des récits, elles en altèrent le rythme, qualité essentielle de la littérature policière et du genre habituellement désigné sous le nom de suspense ou, tout simplement, de romans à intrigue. Toutefois, ce que nous appelons longueurs aujourd’hui ne l’était pas, sans doute, au moment de la rédaction des ouvrages et de leur publication.

De même, l’habitude d’autrefois, qui consistait à écrire un avertissement indiquant, en substance, que les personnages étaient imaginaires et que toute ressemblance avec des personnes réelles était fortuite, cette habitude fort heureusement tombée en désuétude, demeure chez Boileau-Narcejac. Pire, lorsque, Boileau décédé, Narcejac continue d’écrire sous le nom qu’ils ont conjointement rendu célèbre, il note : « Pourquoi le romancier se priverait-il d’une incursion dans un domaine qui a le privilège d’unir indissolublement la réalité et la fiction, et par là d’enrichir le roman de mystère ? » (Les Nocturnes), on est tenté de répondre : « En effet, pourquoi ? Et pourquoi donc venir le dire, puisque désormais de telles pratiques vont absolument de soi ? ». C’est sur ces points, et quelques autres similaires, que les œuvres de Boileau-Narcejac, bien que prenantes, ont quelquefois un peu vieilli.