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samedi, 15 avril 2017

Les temps ont bien changé

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La Dépêche du 19 novembre 1965

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samedi, 08 avril 2017

Le taulier et la taulière vous saluent de Marseille

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vendredi, 17 mars 2017

Il faut bien en convenir

On dira encore que je mens, que jexagère, que je me moque du monde, que je ne sais plus quinventer ou que je vois mal, mais il faut en convenir : à Beaucaire (Gard), les femmes ont quatre jambes.

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jeudi, 16 mars 2017

Prétention

Dire aussi ceci, qui m’amuse infiniment. À notre retour, hier, je m’aperçois qu’une minuscule araignée s’est glissée sur ma table, entre une feuille de papier blanc et ma loupe. Sous la loupe, donc, l’insecte, bien que grossi, demeurait de proportions ridicules. J’ai beaucoup ri, pensant à La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et, partant, à l’ami La Fontaine qui nous eût à coup sûr conté cette fable, La Loupe et l’araignée.

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vendredi, 10 mars 2017

Amitié

Ce texte a été écrit en 1982.

L’amitié est un roman d’amour détourné. Une amitié qui tourne court est une nouvelle ratée.

Je sais des amis qui se taisent longtemps et qui, de quinze-cents kilomètres plus loin, vous envoient de temps à autre un mot qui vous parle d’eux.

Je sais des amis qui vous glissent entre les doigts comme un savon.

Je sais des amis qu’on oublie parce qu’on les a ratés.

Je sais des amis qu’on croyait, qu’on a cru être tels et dont la présence était tellement chaude qu’elle vous a brûlé.

Je sais des amis qui devaient être liquides, puisqu’ils se sont évaporés.

Je sais des amis insupportables, qui n’ont jamais été à l’heure une seule fois durant de nombreuses années.

Je sais des amis qui, avec le temps, ont pu évoluer autrement que vous, si bien que le sentiment s’est égaré en utilisant une carte qui n’était pas à jour et ne signalait pas les déviations.

Je sais des amis teinturiers qui vous nettoient à sec, ce qui fait mal mais vaut peut-être mieux que de vous passer la brosse à reluire.

Je sais des amis marque-page, que l’on retrouve au détour de son livre intime.

Je sais des amis qui trouvent normal de partir un jour avec votre femme.

Je sais des amis qu’on rêve et qu’on ne trouvera pas.

Je sais des amis qui n’ont pas eu le temps de le devenir et des amis que le temps a fait devenir autre chose (autre chose qu’eux-mêmes, parfois).

Je sais des amis impitoyables, qui vous moquent sans cesse et vous bousculent pour vous faire vous rendre compte de votre laisser-aller.

Je sais des amis qu’on oublie parce qu’ils ne sont pas des amis.

Je sais des amis qui ne sont pas du même milieu que vous, que tout oppose à vous et qui pourtant sont chauds en certaines circonstances.

Je sais des amis qui donnent et des amis qui prennent, de ceux-là surtout.

Je sais des amis qui vous donneraient leur chemise et d’autres qui prendraient votre pantalon.

Je sais des amis qui ne sont plus que des photographies datées dans un album.

Je sais que l’amitié est louche et je finis par croire que, contrairement à la légende, elle est aussi éphémère que l’amour.

Ces amitiés mourantes dont on s’obstine à vouloir tirer quelque chose ressemblent à ces tubes de dentifrice quasiment vides qu’on n’en finit pas de presser et de tordre et qui finissent par mourir tristement au fond d’un verre à dents taché.

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jeudi, 29 septembre 2016

Mieux vaut de ris que de larmes écrire

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Cet article du Monde vaut, me semble-t-il, son pesant de moutarde, bien que son sujet me rende triste.

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dimanche, 29 mai 2016

Du pléonasme

Comme un bouquet d’âneries

Je suis en réunion. Voilà qu’aujourd’hui, j’entends évoquer « l’équité entre tout le monde ». Il faudra créer un prix du pléonasme, ou reconnaître que le personnage du génial André Franquin, Gustave Labarbe, maire de Champignac, avec ses discours insupportables, creux et prétentieux, est décidément devenu le modèle des Français.

Mais ce n’est pas fini, cela va si vite que je ne puis noter.

« J’anticipe sur la suite » (ça devrait donc s’achever plus vite, non, même pas).

« On va accélérer rapidement » (il est urgent d’implanter des radars linguistiques et d’instaurer le permis de parler à points).

« C’est une question récurrente qui revient » (c’est même le retour d’une récurrence revenante, me semble-t-il).

« L’ordre de grandeur, c’est aux alentours de » (enfin, en gros, à la louche, au pifomètre, c’est aux environs d’à peu près ça).

« On va tester dans une période expérimentale » (histoire de mettre à l’essai afin d’expérimenter en essayant, sûrement).

*

Je me rappelle avoir lu dans une biographie : « Une représentation annuelle de [telle œuvre] est organisée chaque année » ; dans un roman policier : « Il aperçut X qui patientait en attendant son tour » ; dans un commentaire lu sur Internet : « le dénouement final ». Comment les bras ne m’en tomberaient-ils pas ?

C’est chez Roger Grenier (célébrant l’excellent Pascal Pia !) que j’ai trouvé ce délice absolu : « En tête-à-tête avec un seul interlocuteur ». Admirable, non ? « Cocuage linguistique ! », aurait hurlé le poète Maxime Alexandre, de qui j’aime cette expression que je me plais à citer. Puisqu’il ne peut plus le faire, je crie pour lui.

*

Je me rappelle aussi avoir entendu et j’entends encore, quotidiennement parfois : « Des assiettes empilées les unes sur les autres » (des fois qu’on les empile côte à côte) ou : « Il vaut mieux prévoir à l’avance », ce qui est mieux que prévoir après coup. Je viens d’entendre « une mention générique commune à », des fois que la mention soit générique pour elle-même et elle seule…

Dans le commentaire d’un lecteur du Monde.fr, je trouve « le maintien du statu quo », ce qui est remarquable. Pour être sûr d’être bien compris, ce monsieur aurait dû écrire : « Le maintien immobile, sans mouvement, d’un statu quo stable et sans changement, qui ne bouge pas et reste tranquille, afin de, sans frémir, demeurer statique ».

*

Mais voici qu’une nouvelle réunion m’occupe, ou plutôt m’ennuie. Le tourbillon reprend, ma plume court aussi vite qu’elle peut, mais les tournures pléonastiques sont si nombreuses que la pauvre manque s’essouffler.

« La conclusion qui s’imposait à la suite de ça » (fort heureusement, elle ne s’est pas imposée préalablement car commencer par conclure ne serait pas aller bien loin).

« Il n’empêche, quand même » (et en dépit de cela, aussi ?).

« Moi, personnellement ».

« Des solutions qui anticipent l’avenir » (effectivement, par les temps qui courent, anticiper le passé pourrait être très dangereux).

« Est-ce qu’on vote successivement d’abord sur » (oui, et même en premier, avant le deuxième point qui viendra à la suite et se présentera après).

« Le futur est toujours plus incertain que le passé » (ah non, ce n’est pas vrai, il n’a pas osé ? Mais si, mais si).

« Je ne sais pas quoi ajouter de plus » (eh bien, ajoute en moins et tais-toi, abruti).

*

Quelques jours plus tard, une réunion, une de plus, me permet de prendre note de ceci : « Donnez-nous un peu de nerf de la guerre pour mieux lubrifier le système ». Quelle merveille ! Je sais, le contexte permet de comprendre ce que veut dire le locuteur. Il rapporte avoir demandé des crédits supplémentaires qui lui permettraient de réaliser telle chose. Oui, oui… Mais un nerf qui lubrifie, vraiment… Un morceau de viande plein de nerfs est réputé dur, immangeable, coriace, très mauvais, tout sauf fluide. Une telle image devrait faire frémir le plus mauvais boucher.

Le même locuteur récidive, parlant de « donner des pistes d’éclairage ». Je comprends « donner des pistes », j’entends « apporter un éclairage », mais le mélange des deux me paraît indigeste. Le même homme s’était déjà rendu coupable de reporting. Toutes ces personnes qui ne demandent qu’à faire du reporting quand elles rougiraient de devoir rédiger un compte rendu !

*

J’ai toujours été très étonné d’entendre la plupart des gens utiliser n’importe quel terme pour signifier n’importe quoi. Je ne le leur fais même plus remarquer – c’est trop lassant –, pour ne plus m’entendre répondre : « C’est pareil », car je devrais alors expliquer que, justement, ce n’est pas pareil. Quelquefois, malgré tout, je me laisse aller à de sévères mises au point pleines de causticité. Mais bah, autant vouloir faire comprendre qu’un sobriquet n’est pas nécessairement un tison sans intelligence.

Le « déroulé » a remplacé le déroulement, cas amusant où un adjectif a pris valeur de substantif. Tout cela pour parler d’un simple fil conducteur, quel gaspillage d’énergie !

*

Le mot « responsable » aurait-il mauvaise presse ? On comprendrait mieux alors cette tendance généralisée à la démission, à l’absence d’idées et de prises de position qu’on connaît aujourd’hui. Le « porteur » de projet se sent-il réellement responsable des initiatives qu’il est appelé à prendre et de leurs éventuelles conséquences ? Tous ces responsables sont devenus des « porteurs », terme qui les aurait mis en colère s’il leur avait été appliqué lorsqu’il désignait les portefaix exerçant leur métier sur les quais de gare. Le mépris a cessé, c’est une bonne chose, mais cet apaisement est surtout dû à la disparition des porteurs eux-mêmes. À ceux qui, pour un pauvre salaire, portaient les valises des autres, ont succédé des responsables de projet qui ont davantage de bagage.

*

Dans un article consacré à un cinéaste et à son plus célèbre film, je relève : « le papier peint recouvrant les murs ». Il fallait bien faire comprendre, sans doute, que ce n’était pas celui qui recouvrait les fenêtres.

Je n’avais pas fini d’écrire ce qui précède quand j’entendis : « Il coexiste en même temps les deux adresses ». En huit mots à peine, pléonasme et syntaxe chahutée me donnèrent un sentiment de pénible découragement qu’une pluie de septembre se chargea d’accentuer.

*

Le dernier jour de mon activité salariée, alors que je prenais ma retraite le soir même, je lus, dans le corps d’un message : « Une nouvelle politique tarifaire unique pour tous ». Je fus immédiatement rassuré, soulagé : si la politique en question (pourquoi ne pas dire tout bêtement « un nouveau tarif » ?) s’était montrée unique pour certains seulement, que se serait-il produit ? On eût crié à la discrimination.

Afin de rire jusqu’au bout, il faut préciser que cette tournure alambiquée concernait une chose très importante : le prix du gobelet de café au distributeur.

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Le commerce n’est jamais en reste. Dès qu’il est question de faire une bourde, les boutiquiers sont là (tiens, cela sonne comme un chant folklorique). Dans telle collection de livres-disques vendue en kiosques, on peut lire un avertissement : « Chaque volume est constitué d’un CD et d’un livret indissociables ne pouvant être vendus séparément ». Peut-être aurait-on dû ajouter, car il faut toujours s’assurer de la bonne intelligence qu’on peut avoir d’un propos : « On ne peut les acheter qu’ensemble et pas à part, ni l’un sans l’autre, car ils sont commercialisés en une seule fois, ce qui ne permet pas de les détailler. Il faut donc les acquérir conjointement, car l’isolement de l’un ou de l’autre ne s’avère pas réalisable ».

Sur un marché, en Quercy, à l’approche de la fin de l’année, un tract d’artisan charcutier vante quelques nourritures et indique : « Pour être mieux servi, commandez à l’avance ». Il est certain que, si l’on venait à commander après coup, on ne serait guère satisfait du service.

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France-Musique, décembre 2013. J’allume le poste de radio et entends : « On continue à perdurer ». J’éteins immédiatement.

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Un éditeur français publie en 2013 un album dont la quatrième de couverture annonce : « Des histoires différentes les unes des autres ». Il devait être trop simple d’écrire « des histoires différentes ».

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Je lis sur Internet, en mai 2014, l’avis qu’une personne exprime à propos d’un album de bande dessinée. Ce lecteur achève son commentaire en parlant de « la chute finale en fin de récit ». Je le félicite ici vivement, il mérite un prix. Trois fois la même chose ! On est rarement allé si loin.

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Je ne dois pas oublier, néanmoins, de citer tel écrivain célèbre, directeur littéraire réputé, romancier à succès, poète par surcroît, qui, dans des mémoires posthumes parfaitement indigestes de par leur superficialité et l’ennuyeux enchaînement d’anecdotes qu’on y peut malheureusement découvrir, centaines de pages où l’anacoluthe pousse comme chiendent, évoque telle nécrologie « préparée d’avance », ce qui est incontestablement plus utile que si elle avait été préparée ensuite.

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« Le suspense monte crescendo », indique tel programme de télévision, au mois de novembre 2014. On est content de l’apprendre. S’il était monté decrescendo, le spectateur eût été tout retourné.

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Du dialogue d’un téléfilm pourtant honnête, bien qu’invraisemblable, cette perle extraite : « parachuté d’en haut ». De quoi s’y perdre, n’est-ce pas ?

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Pour conclure une critique d’un album de bande dessinée, on affirme que « cette aventure se poursuivra et se finalisera dans le prochain tome 6 à venir ». Dire que l’aventure s’achèvera dut paraître impossible à l’auteur de l’article ; il préféra à cette formule trop simple, trop vieille certainement, « se finalisera », manie de langage qui finira par me faire rugir. Le comble, cependant, est « le prochain tome 6 à venir ». Prochain, tout court, devait être trop mesquin et l’auteur se rendit coupable d’un « prochain » dont il dut expliquer qu’il était « à venir », ce que nous n’aurions évidemment pas compris sans cette précision.

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Un commentaire d’article, sur Internet, prophétise avec entrain : « Elle s’auto-détruira d’elle-même ». Fameux ! Et puis au moins, comme ça, on est certain du résultat. Il vaut mieux ne se fier à personne, de nos jours. Confier à un tiers le soin de nous auto-détruire eût été aventureux. Mieux vaut, on ne le contestera pas, s’auto-détruire soi-même.

*

Tel témoignage, très intéressant et sensible, c’est vrai, parut aux éditions de Fallois, agrémenté d’un texte de quatrième de couverture s’achevant sur cette phrase : « Et c’est un témoignage inoubliable, qui reste longtemps dans la mémoire ». De quoi s’esclaffer ou bien, au choix, grincer des dents. Quel directeur littéraire d’occasion, quel responsable entérina-t-il une sottise aussi exemplaire ?

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Sur le site d’un éditeur et à propos d’un sympathique écrivain portant habituellement chapeau, on peut lire : « Toujours accompagné de son fameux couvre-chef dont il ne se sépare pas ». Qui a pu proférer une telle imbécillité ? À qui faut-il faire porter le chapeau ?

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France-Culture, février 2016. Dans ma voiture, j’allume le poste de radio pour entendre, avec stupéfaction : « En interaction les uns avec les autres ».

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L’auteur n’est pas plus fort que les autres

Pour ne pas lasser le lecteur le plus complaisant, ce chapitre n’ira pas plus loin, en dépit de la constante présence du pléonasme dans l’expression contemporaine. Cependant, il faut le reconnaître, personne n’est à l’abri de rien et je me suis surpris proférant « le but final », par opposition, certainement, au but inaugural. Au moins ai-je rougi et me suis-je immédiatement puni d’une gifle morale, c’était bien le moins que je me devais. J’en porte encore la marque.

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mercredi, 16 mars 2016

Histoires de fromages

Je vous accorde que ce n’est pas très important, mais pourquoi dit-on d’un fromage : « C’est de la vache » ou « C’est de la brebis », et « C’est du chèvre » ?

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samedi, 21 novembre 2015

Ma France à moi, par Pierre Perret

J'ai reçu, retransmis, ce texte, qui tourne sur Internet. Je ne crois pas que Pierre Perret s'offusquera si je contribue à le diffuser. Merci à lui.

Bonsoir mes loulous, voici quelques lignes inspirées par le non-respect d’une vieille dame qui s’appelle la France : elle a soudain perdu, sans méfiance aucune, ses enfants, exécutés par des êtres immondes... Méditez cela, c’est gratos, à bientôt les amis, je vous embrasse.

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Ma France à moi

    C’est celle de 1789, une France qui se lève, celle qui conteste, qui refuse, la France qui proteste, qui veut savoir, c’est la France joyeuse, curieuse et érudite, la France de Molière qui tant se battit contre l’hypocrisie, celle de La Fontaine, celle de Stendhal, de Balzac, celle de Jaurès, celle de Victor Hugo et de Jules Vallès, la France de l’invention, des chercheurs, celle de Pasteur, celle de Denis Papin et de Pierre et Marie Curie, la France des lettres, celle de Chateaubriand, de Montaigne, la France de la Poésie, celle de Musset, d’Eluard, de Baudelaire, de Verlaine et celle d’Aimé Césaire, la France qui combat tous les totalitarismes, tous les racismes, tous les intégrismes, l’obscurantisme et tout manichéisme, la France qui aime les mots, les mots doux, les mots d’amour, et aussi la liberté de dire des gros mots, la France qui n’en finira jamais de détester le mot « soumission » et de choyer le mot révolte.

    Oui, ma France à moi, c’est celle des poètes, des musiciens, celle d’Armstrong, celle de l’accordéon, celle des chansons douces, des chansons graves, des espiègles, des humoristiques, des moqueuses ou celles truffées de mots qui font rêver d’un amour que l’on n’osera jamais déclarer à celle qu’on aime.

    Ma France à moi, c’est celle de Picasso, de Cézanne et celle de Soulages, celle d’Ingres, celle de Rodin, la France des calembours, des « Bidochon », celle de la paillardise aussi bien que celle du Chant des partisans.

    Ma France, c’est celle de Daumier, celle de L’Assiette au beurre, du « Sapeur Camembert », celle de Chaval, celle de Cabu, de Gottlieb, de Siné, celle du Canard, de Fluide Glacial et de Charlie, drôles, insolents, libres !

    Ma France, c’est aussi celle des dictées de Pivot, celle de Klarsfeld et celle de Léopold Sedar Senghor, la France des Enfants du paradis et des « Enfants du Vel-d’Hiv », celle de la mode libre, celle de la danse, des flirts et des câlins, celle de la musique douce et des rock déjantés, celle de la gourmandise, ma France à moi, c’est une France capable de renvoyer dos à dos la Bible et le Coran s’il lui prend l’envie d’être athée.

Eh oui ! Ma France est une France libre, fraternelle et éternellement insoumise aux dictats de la « bien-pensance ».

    Il n’est qu’en respectant toutes ces diversités qu’on arrive un jour à vivre la « douce France » de Trenet. Celle qui m’a toujours plu et que notre jeunesse lucide et combative fera perdurer par-delà les obscurantismes.

    Figure révolutionnaire emblématique durant la Commune, le « Père Duchêne » écrivait au frontispice du journal qu’il publiait en 1793 : « La République ou la Mort ! ». Son journal coûtait un sou… mais on en avait pour son argent.

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jeudi, 16 avril 2015

On déménage

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Le taulier et la taulière déménageront le 4 mai pour aller s’installer en Provence.

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lundi, 10 mars 2014

Il y a trente ans environ, j’ai écrit mon épitaphe

Il ne pensait jamais comme il fallait penser

Dans cette vie tribale il a connu l’ennui

Il n’aimait que l’amour l’absolu les étoiles

Les femmes et les cœurs ouverts dedans la nuit

Il rêvait d’utopie de livres et de voiles

 

La nature est pliée au bord de l’autoroute

Les forêts ont des gants que l’automne leur offre

Les flaques d’eau déjà de remords s’évaporent

Voilà le siècle meurt et nous passons nos vies

 

Les mots sonnent tout frais dans les matins de France

Ô merveilleux clochers villages du Midi

Qu’ils sonnent dans le vent toute mon espérance

On m’a offert les mots lorsque j’étais petit

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mardi, 05 novembre 2013

Dans le Lot

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L’immonde taulier et la belle taulière habitent désormais le Lot. Le taulier est en effet à la retraite depuis le 1er octobre. Un changement de résidence et un changement de situation entraînent un  incroyable méli-mélo de démarches administratives dont un bon nombre, jusqu’à présent, n’ont toujours pas porté leurs fruits, en dépit de courriers, appels téléphoniques, messages électroniques… Enfin, on y arrivera.

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vendredi, 24 mai 2013

Les chanteurs ne meurent jamais

Je suis dégoûté.

J’ai vu mourir Brel, Brassens, Montand, Gainsbourg, Moustaki, Barbara, Trenet, Caussimon, Catherine Sauvage, Ferré, Nougaro, Pia Colombo, Ferrat, Christine Sèvres, Lemarque, Mouloudji, Cora Vaucaire, Douai, Louki, Reggiani, Clay, Leclerc, Édith Piaf, Fanon. Je dois en oublier beaucoup.

Demeurent, tapis de feuilles au risque des vents, Gréco, Tachan, Béart, Ibañez, Escudero, Vigneault, Marie-Paule Belle, Lama, Ogeret, Utgé-Royo, Francesca Solleville, Verdier, Hélène Martin, tous plus ou moins âgés tout de même. Je ne dois guère en oublier.

Les verrai-je tous disparaître ?

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mercredi, 20 mars 2013

Ajouts et rajouts font de laides bajoues

Avez-vous remarqué qu’on ne sait plus ajouter, mais qu’on rajoute ? Dans tout ce que je lis, chaque fois qu’il est question d’ajouter, il est désormais écrit rajouter. Pourtant, on ne peut rajouter qu’à un ajout initial. L’acte premier est un ajout.

C’est une marque de notre époque, semble-t-il. Plus la vie est difficile, plus on triche, on fait semblant, on en rajoute (oui, oui) parce que ça fait riche, en quelque sorte.

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mardi, 19 février 2013

Les importuns

Au mois d’août 2012, à Villefranche-du-Périgord (Dordogne), nous entrons, mon épouse et moi, dans une petite boutique de livres d’occasion et de restauration d’ouvrages. Il y a relativement peu de volumes à vendre. Un large regard circulaire puis deux ou trois inspections de haut en bas et j’ai à peu près compris ce que propose le bouquiniste. La phrase rituelle tombe dans mon dos : « Vous cherchez quelque chose de particulier ? ». Martine ne peut se retenir, elle éclate de rire. Cette phrase, elle sait que je ne la supporte pas, je la répète chaque fois que je veux me moquer, et la voici qui nous est servie avec sérieux. Je ne m’agace pas et réponds : « Je regarde, merci ».
Ce n’est pas fini – le libraire, à qui je tourne toujours le dos puisque ce sont les livres que je suis venu voir, non lui, poursuit : « C’est pour vous expliquer le classement ». Il est bien aimable, en vérité ; le classement, toutefois, je suis en train de l’assimiler à grande vitesse. Je suis en train de le lire. Eh oui, un classement se lit, c’est pourtant vrai.
Le bougre, devant mon refus poli réitéré, se tait un instant, puis, n’y tenant plus : « Vous voulez un peu de lumière ? ». Non, je n’en veux pas… Il insiste : « Avec cette chaleur, on n’allume pas ». Soit, soit… Je continue mon exploration des deux modestes parois couvertes de rayonnages. Soudain, la femme du bouquiniste, qui jusque-là se tenait assise devant sa porte, lisant… Télé 7 jours, entre et déclare : « Mon mari vous a expliqué le classement ? »
Toutes ces interruptions se font dans mon dos, elles tombent sur mes reins comme un épuisement. Je sens un chatouillement très désagréable au bas de l’épine dorsale et réponds, toujours amène, pourtant : « Je le découvre, merci ». Ce n’est décidément pas suffisant pour avoir la paix : « Ah, vous le découvrez ? », insiste-t-elle.
Voici une troisième paroi, proposant quelques collections dépareillées : « Vous ne voulez vraiment pas de la lumière ? », demande l’homme, décidément bien bon. Mon déni ne l’empêche pas de poursuivre sur le thème de la chaleur et de l’ombre maintenue. Il conclut : « C’est la moindre des choses que vous puissiez voir ce qu’il y a sur les étagères, quand même ». Certes, mais je ne réponds plus.
On l’aura compris, il n’y a rien à lire dans cette échoppe. On y trouve moins de livres que chez moi et les seuls ouvrages qui seraient ici susceptibles de m’intéresser, je les ai déjà lus depuis quelques décennies. Pour la forme, nous acquérons pour trois euros une anthologie de nouvelles parue autrefois chez France-Loisirs, dans un volume cartonné tout roussi. La merveilleuse trouvaille ! Sans doute avais-je mal compris le classement…

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Café au lait

Au bout du compte, où aurais-je pu travailler pour gagner ma vie, sinon à l’Éducation nationale et à la Culture ? Je me le demande. À moins que, a contrario, ces postes, ces domaines m’aient façonné ? Saura-t-on jamais faire la part des choses ? L’écriture, toujours, aura été présente, évidemment : corollaire, il y eut la librairie, le revuisme, la publication. Toutefois, je sais aujourd’hui que je n’aurais pas pu travailler dans l’édition parce que cela ne m’intéresse pas du tout. C’est à force de mieux connaître le milieu qui, certes, ne m’agrée point, mais aussi le fonctionnement et les méthodes de travail, le jargon, l’état d’esprit, bref, ce qu’on nomme aujourd’hui, entièrement à tort, la culture, que j’ai acquis cette certitude, car, autrefois, j’aurais été attiré par ce domaine si, d’aventure, s’était présentée une quelconque occasion. J’aurais été évidemment très déçu, comme je le fus en librairie. Bien entendu, j’aurais préféré ne faire qu’écrire, exclusivement. Cela n’aura pas été possible et, finalement, tout est bien. Je suis en effet dégagé de toute contrainte commerciale, indissociable de la librairie et de l’édition. Je ne suis pas un homme qui vend, ce n’est pas mon métier, ce n’est pas mon domaine, ce n’est pas la corde de mon arc. Je me rappelle cette remarque que me fit, sans malice d’ailleurs, le directeur littéraire d’une maison d’édition parisienne : « Personne ne vit du livre, à part les éditeurs ».
La rédaction est demeurée ce qui me retient le plus. Professionnellement, j’écris des lettres, des notes et rédige des comptes rendus. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est encore ce qui m’ennuie le moins parce que, dès l’instant où il s’agit d’assembler des mots pour en faire des phrases, d’ordonner le tout selon les meilleurs désirs de la grammaire et de la syntaxe, c’est parfait. Rédiger me plaît, même s’il ne s’agit que de travaux administratifs. Je suis un manieur de mots, un plasticien de l’expression. Alors que j’étais assis, au travail de ma mère, devant l’énorme machine à écrire des services postaux d’Alger (c’était le grand immeuble alors moderne dénommé Mauretania, que j’entendais Morétagna sans en comprendre la précise signification), l’aspect définitif que prenaient les mots, dans leur livrée de dactylographie, me fascinait déjà. L’imprimerie, très vite, m’ouvrit des horizons, me permettant de lire café au lait où j’avais toujours compris cafolait. J’avais trois ans, elle fut libératrice, émancipatrice, porteuse d’audace. Ce café au lait fut réellement une très grande découverte, si bien qu’il a effacé les autres primes découvertes d’ordre typographique. « Ah, c’est ça » : ce fut quelque chose de ce genre qui se dit dans ma tête, la première fois que je vis ces mots imprimés. Le café au lait me fit grandir d’un coup, rattachant définitivement à l’enfance première son avatar cafolait qui, sans doute, devait beaucoup à la prononciation familière. Dans le même ordre d’idées, je découvris vite ce que pouvait bien signifier réellement le mot trédugnon qui me faisait penser à grognon, trognon, oignon : je vis un petit trait qui, amicalement, unissait deux mots. Et le rideau s’ouvrit : un trait d’union, mais oui, mais bien sûr… Cet envol de l’esprit – les mots prenaient sens et le langage, ce sourire, devenait un serment d’amour – m’attacha définitivement à la chose imprimée.

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vendredi, 15 février 2013

De mon journal de 1998

Avril. En retournant au bureau, j’ai emprunté l’ascenseur avec un couple. La femme était fine, avait l’air intelligent ; surtout, elle avait des yeux sombres et brillants à la fois, absolument adorables. Je l’ai longuement regardée dans les yeux, elle aussi ; nous n’avons pas détourné notre regard (moi si, à la fin, parce que ça devenait indécent, pour son compagnon surtout). Nous avons fait l’amour avec les yeux. Je ne la reverrai sans doute jamais. C’est cela, la vie. C’est très injuste et cependant délicieusement fugace.

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jeudi, 14 février 2013

De mon journal de 2009

21 septembre. Dans le hall du cinéma, une jeune femme, très jeune, vêtue de blanc, distribuait des échantillons d’un nouveau parfum. J’ai évidemment oublié le nom d’icelui, étant, comme on le sait, parfaitement étranger à toute manipulation publicitaire, quelle qu’elle soit. Il reste que, comme elle expliquait à Martine que ce parfum se déclinait en trois fragrances et qu’elle en portait elle-même, j’ai dit spontanément : « Vous permettez ? » et me suis penché vers elle. Avec le sourire, elle a dit « oui » et m’a tendu son cou, sans autre forme de procès. Je l’ai donc sentie publiquement et, remarquant que cette odeur était manifestement verte, lui ai dit que cela allait avec ses yeux vert-olive. Elle fut ravie et j’avoue que je ne reviens pas moi-même de cette aisance avec laquelle elle m’a autorisé à sentir son intimité. Cela s’est produit comme nous achetions les billets, à l’avance. Nous sommes ensuite allés au café d’en face et, revenant à l’heure de la séance, j’eus droit à de nouveaux sourires agrémentés d’un : « Je peux vous en donner d’autres, si vous voulez ». Elle parlait d’échantillons, naturellement. À l’issue du film, comme nous sortions, elle m’en mit encore un dans les mains. Quelle curieuse fille ! Ou bien alors mon charme est-il incommensurable… et à même de durer plusieurs heures.

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mercredi, 06 février 2013

Un article actuellement particulier

Parmi les tics qui rendent hirsute le langage de nos contemporains et me donnent des boutons dans les oreilles, « dispositif » remplaçant « dispositions », « expertise » ayant pris la place d’« expérience », et autres cochonneries, scories d’un vocabulaire déjà pauvre, « particulier » tient, depuis bien trop de temps maintenant, une place importante.
Désormais, tout est particulier, singulièrement lorsque l’on n’a rien à dire. Une personne demeurant muette devant une œuvre, un document, une situation, dira, après un temps de réflexion : « C’est très particulier », ce qui, à proprement parler, ne signifie absolument rien.
Cet adjectif représente de nos jours le nec plus ultra du néant. Dire de quoi que ce soit que c’est particulier n’a pas de sens. Le langage du vide devient de plus en plus insupportable. Sur le site de la Cinémathèque française, une rétrospective de Guédiguian est ainsi présentée : « Avec ses dix-sept films réalisés à ce jour, Robert Guédiguian, révélé par le succès de Marius et Jeannette en 1997, est l’auteur d’une œuvre à la fois personnelle mais aussi particulière dans le cinéma français ». Avec ça, on est renseigné. Quelques lignes plus loin, l’excellent chroniqueur rempile : « Bref, c’est un endroit particulier où se vivent des choses universelles ». Impossible de s’exprimer d’une manière plus générale, donc plus vide, plus répétitive, donc plus idiote.
L’adverbe « actuellement » se tient bien, lui aussi. « Untel vit actuellement à tel endroit ». Certes. Pourquoi donc nous renseignerait-on sur l’adresse qui était celle d’Untel il y a dix ans ? « Où habitez-vous, actuellement ? », me demanda un jour un policier. C’était il y a de nombreuses années, et l’adverbe automatique sévissait déjà. « Il est en réunion actuellement ». Diantre, dire : « Il est en réunion » n’aurait sans doute pas suffi. Le mot maudit ne décote pas.
Les tics de langage m’ont toujours insupporté, mais ceux-là me mettent littéralement hors de moi. Je ne comprends pas qu’on puisse se laisser aller au parler commun sans recul, sans réflexion, sans distance, qu’on puisse aller répétant ce que tout le monde dit, sans ironie, sans désir d’autres chemins. Le panurgisme est haïssable.

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jeudi, 06 décembre 2012

Trois fois vingt ans

Il y a donc aujourd’hui soixante ans que ce monde me fait l’honneur de m’héberger et qu’il a le bon goût de ne pas exiger de moi le paiement d’un loyer. Encore qu’il me soit arrivé plus d’une fois de devoir régler en nature.

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jeudi, 22 novembre 2012

Un Janus jauni

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Ainsi donc, l’UMP se donne le ridicule public d’étaler ses dissensions, jalousies et rivalités. À son aise. Tant que se mangeront entre eux ces loups grotesques, on ne regrettera pas ce gaspillage de barbaque avariée. Car au vrai, qui imagine encore qu’il puisse exister, entre Copé et Fillon, la moindre différence authentique ? Ces deux hommes représentent les deux faces d’un Janus jauni dont nous ne voulons pas, les deux aspects des mêmes intérêts, qui ne sont pas les nôtres. L’un joue les provocateurs populistes et tente de séduire sur sa dextre par des sornettes et des vulgarités. L’autre se pose en bon élève sérieux, « gendre idéal » quoique un peu décrépit. La peste soit de ces gens comme de ceux qui les entourent, et que leur égo les étouffe.

Zundapp Janus, modèle 1958

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mercredi, 20 juin 2012

Jean-Marie Girardey, 1934-1971

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Pour la première fois depuis sa disparition en 1971, je trouve une photographie de Jean-Marie Girardey, ici durant l’année scolaire 1967-1968, au lycée Victor-Hugo de Marseille. On pourra lire, non loin, une « apostrophe insolite » que je lui avais consacrée. Jai aussi fait paraître un ouvrage, évidemment plus complet, au sujet duquel Sylvie Huguet a bien voulu rédiger un article.

Professeur de lettres, Girardey était aussi un grand joueur déchecs. Président du club lÉchiquier marseillais 1872, il était également président de la ligue déchecs de Provence FFE et vice-président de la fédération française des échecs FIDE – 3e région.

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mardi, 09 juin 2009

La léga-monnaie, par Martine Layani-Le Coz

Jamais nous n’avons connu l’heureux temps des pièces d’argent ou d’or. Bien sûr, tous n’en avaient pas. La création des assignats n’est qu’un souvenir de notre histoire. Et malgré l’imprimerie, la bourse restait plate. Depuis le siècle dernier, la vertu de l’argent ne cesse de cascader de dévaluation en dévaluation pour transformer le peu qui reste en transcriptions d’écritures. Le nerf de la paix est devenu fantôme.

Aujourd’hui, dès qu’un problème se pose, le gouvernement fait un projet de loi. Celui qui a la main sur le trésor n’est pas près de changer sa place.

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mercredi, 08 avril 2009

Coup gueule

Depuis un bon quart de siècle, on assiste à une disparition lente mais certaine de « de » et «  du ». Cela a dû commencer par le congé maladie et le congé maternité, se poursuivre par le congé longue durée. On a ensuite assisté à une révolution dans le domaine de la couture : la poche poitrine ; à une autre, dans l’automobile : le siège passager. Je veux bien que la langue évolue. Ce qui m’ennuie, c’est le fait de la dépouiller pour la réduire à son aspect utilitaire. C’est un peu l’anglo-saxonnerie de la langue française.

 

Aussi, allons jusqu’au bout. Que le commandant bord attende, pour décoller, l’autorisation de la tour contrôle. Que le chef rayon cesse de martyriser les employés magasins. Que les directions envoient des notes service.

 

Ce sera enfin l’âge or.

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mardi, 07 octobre 2008

Questions

En-dehors du fait que, régulièrement, on m’arrête dans la rue pour me demander l’heure, voici qu’un fait nouveau est apparu. Dans les couloirs de la Sorbonne, on vient en permanence me demander où se trouvent telle salle, tel amphithéâtre, tel bureau – la plupart du temps, je n’en sais rien, mais là n’est pas la question. Hier, trois étudiants en l’espace de trente secondes (je n’exagère pas) m’ont posé ces questions. Je me demande pourquoi. En fait, je le sais. La raison est la même que celle qui pousse les jeunes me croisant à me saluer avec déférence. J’ai les cheveux gris, je suis pour eux certainement professeur, à tout le moins quelqu’un à l’université. Étonnant comportement qui a, de plus, l’exécrable particularité de me rappeler que je n’ai plus leur âge. Enfin, c’est ce qu’ils croient. Hier, dans l’ascenseur de mon immeuble, j’ai convaincu sans peine une fillette de trois ans que j’avais le même âge qu’elle : la preuve, je portais un cartable pour aller à l’école.

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samedi, 27 septembre 2008

De mon journal de 2005

19 août

L’été se casse lentement. Il a passé une chemise de vent et s’est curieusement coiffé. Il lui arrive de pleurer pour ce qu’il pressent de son avenir. Les murs de son appartement de collines seront à repeindre l’an prochain. Il faudra aussi, au printemps, changer la moquette. Son souffle est moins ample, il respire à plus petites bouffées, s’économise. Il devient raisonnable. De pamphlétaire, il vire au feuilletoniste.

Sur le plateau du tourne-disques, un enregistrement de poèmes libertins du XVIe siècle. De magnifiques blasons. Ce qu’il ne fallait pas faire pour amener la belle au déduit, tout de même. C’est charmant – et quel talent ! Dans les verres, un bordeaux très honnête, sinon grand. Le pain s’ouvre sous le couteau, le fromage sent le fromage. Fichu pays de France…

Dans les sous-bois déjà, des morceaux d’or chutent gracieusement et forment au sol la litière des dieux. La fougère, cette barbe de trois jours des coteaux mal rasés, brunit rapidement. Il semble que les routes tortillonnent vers l’oubli. Sur le bas-côté, les gravillons et l’herbe folle ont scellé leurs destins.

23 août

Rien à faire, l’été s’obstine à s’éteindre. Il conserve une peau douce et quelques traits de mascara vert, mais une sueur froide a pris son front et le ceint d’abandon. Ses lauriers ternissent. Il semble qu’une main gigantesque l’attire sinistrement vers un gouffre sombre et qu’il n’ait guère le goût de résister. Le vent donne la parole au feuillage des chênes que leur seul nom de « vert » paraît garantir du naufrage. Leurs glands tombés s’embrument de vieillesse. Dans les branches, un bruit régulier signale la présence d’une bête invisible. Ce n’est pas un oiseau, peut-être un écureuil, cet enfant de rousseur aux yeux d’outre-monde. Sous le pas du promeneur, des feuilles mortes déjà craquent sensiblement, comme la mémoire d’une force enchaînée, éteinte. Les mûres ont noirci, mais pas toutes. Chaque journée en fera rougir puis foncer de nouvelles. Parfois, d’immenses ronces recourbées en protègent les grappes. Certains ronciers sont stériles. À quoi peut bien servir un roncier stérile ? Dans les pierriers, les ronces s’agrippent au temps qui passe.

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mardi, 29 juillet 2008

Ainsi parlait le paysage, 7

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Goujounac (Lot), juillet 2008

L'essence augmente, la foi diminue. Voilà le résultat.

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vendredi, 18 avril 2008

Ainsi parlait le paysage, 6

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Nous avions autrefois observé que, lorsque le paysage se mettait à parler, c’était le plus souvent pour exprimer une interdiction ou donner une consigne comminatoire. Voici une nouvelle trouvaille, pourtant située dans un pays réputé pour son hospitalité.

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lundi, 17 mars 2008

Pause de printemps

Le taulier part à la campagne pour un mois environ, pour raisons de santé. Ce lieu reste ouvert, les commentaires avec, s’il vous plaît d’en faire quelquefois.

Dans la mesure où il lui sera loisible de disposer d’internet, le taulier suivra tout cela avec attention.

La réouverture est prévue pour mi-avril, mais il se peut que de nouveaux textes soient publiés dans l’intervalle. Ne perdez pas l’adresse : ce lieu est le vôtre.

Amicalement.

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samedi, 08 mars 2008

Un mauvais exemple

Louis Poirier, professeur d’histoire et géographie au lycée Claude-Bernard à Paris, prend sa retraite en 1970 après trente-cinq ans de services (il avait commencé en 1935, au lycée Clémenceau de Nantes).

Julien Gracq, écrivain français, meurt en décembre 2007 à l’âge de quatre-vingt dix-sept ans, après avoir perçu sa retraite durant trente-sept ans.

Voilà l’exemple à ne pas suivre. Gracq est un mauvais Français. Il devait au contraire cotiser davantage et plus longtemps, et mourir dans les six mois suivant la fin de sa carrière. Sale fonctionnaire.

Qui plus est, c’était un écrivain. Un écrivain fonctionnaire ! Voilà bien la grande faute de ces gens-là. Il ne faut plus d’écrivains, c’est certain.

[En coulisses, Sarkozy au téléphone :

Allo, Darcos ? Supprime immédiatement l’enseignement des lettres, de l’histoire et de la philosophie. À Carla : Qu’est-ce qu’il a écrit, Julien Gratte, déjà ? Carla : Noces. Sarkozy : Ah oui. Quoi, Darcos ? Par quoi tu remplaces ça ? Euh… Attends… Voilà : énergie électrique et développement durable. Et tu appelles ça E2D2, d’accord ? Et puis aussi conception, industrialisation, risque et développement. Quoi ? CIRD, oui, c’est ça. Comment ? C’est de l’enseignement supérieur ? Ah zut. Carla, qu’est-ce que c’est, l’enseignement supérieur ? Supérieur à quoi ? Qu’est-ce que tu dis, Darcos ? Ah, ça dépend de Pécresse ? Écoute, tu vois ça avec elle, hein ? ]

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mercredi, 27 février 2008

Prendre conseil

Je suis allé hier au Panthéon conférer un moment avec Victor Hugo, ainsi qu’il m’arrive quelquefois, lorsque la petitesse du monde où nous vivons m’étouffe par trop.

Tout était silencieux. Il est rare que le Panthéon soit bruyant, c’est vrai. Devant l’auguste tombeau, je m’installai respectueusement.

Bonsoir, Maître.

Bonsoir, mon jeune ami. Des nouvelles du monde des vivants ?

L’horreur s’est emparée de la République. La liberté est en danger. L’immondice règne à l’Élysée. Maître, nous avons besoin de vous.

Non. Je ne puis rien faire. Contre Napoléon-le-Petit, j’ai déjà tonné depuis l’exil. Pour Napoléon-le-Médiocre, je ne me dérange pas.

Je n’insisterai donc pas. Puis-je faire quelque chose pour vous, Maître ?

Je demande une prière à toutes les âmes.

Je traversai la rue. À Saint-Étienne-du-Mont où eut lieu le service funèbre de Verlaine en janvier 1896, j’allai vers la chapelle de la Vierge, à l’entrée de laquelle sont enfouis les restes de Racine et de Pascal. Je priai longuement pour Victor Hugo.

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