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samedi, 10 février 2007

Des racines, par Martine Layani-Le Coz

Du matin au soir, Firmin travaillait à l’hôpital de Bicêtre, comme infirmier. Ensuite, il allait au Fort, cultiver un bout de jardin. Justine, entre deux lessives sans machine, cousait les vêtements de la famille, quand des commandes pour quelque particulier lui en laissaient le temps. Leur vaisselle venait de primes, de collections sorties des chicorées ou de paquets de biscottes. Tous les restes étaient accommodés en leur temps. La discipline dans laquelle étaient tenus les trois enfants était courante et sans contestation. Ils n’étaient pas dans la confidence des profits et pertes.

Cependant, tous les enfants grandissent un jour. La première fille, Yvonne, avait trouvé du travail, mais restait avec ses parents. En prenant de l’âge, ceux-ci avaient envie d’une maison à la campagne, pas trop loin. Ils finirent par trouver une ancienne ferme. Ils s’y rendaient en été et, année après année, l’aménagèrent. Un jardin, indépendant de la maison, réveillait en ces anciens travailleurs agricoles leurs gestes de jeunesse.medium_Aillant_1933.jpg

Le deux-pièces a d’abord laissé s’envoler Roger, qui s’est marié puis est parti à la guerre. C’est alors que la maison a recueilli sa femme et leur garçon – il était prisonnier en Allemagne. Les deux filles, Yvonne et Andrée, occupaient l’appartement. Entre-temps, Andrée elle aussi travaille. Elles aident leurs parents de leur mieux. Pendant l’Occupation, elles vont à bicyclette dans cette campagne éloignée de plus de cent kilomètres. Firmin et Justine élevaient un ou deux lapins et des poules, cela valait le voyage.

Après la guerre, le deux-pièces abrite les deux sœurs. Puis Andrée se marie et vit un temps dans une chambre meublée jusqu’à la naissance du premier enfant. L’enfant né, ils y vivent – comme bien souvent avant 1955 – à quatre : un couple avec enfant et la sœur célibataire. À la naissance du second enfant, le couple enfin trouve une petite maison mitoyenne à louer en banlieue, à Juvisy-sur-Orge. Et la maison de la campagne, où Firmin et Justine ont élu retraite, accueille la famille aux vacances. Ô combien les fruits et légumes du jardin avaient-ils de goût. Le lait venait de la ferme d’en face, comme les lapins ou les œufs.

medium_Aillant_1950.jpgMais Firmin ne verra pas 1955. Justine, restée seule dans cette maison, supporte mal son départ brutal et revient vivre avec Yvonne, dans le deux-pièces du Kremlin. Justine décède en 1968. Le deux-pièces sera abandonné en 1971, à la retraite d’Yvonne. La maison sera alors ouverte de début mai à fin octobre. Au creux de l’hiver, Yvonne habite chez sa sœur, dans un appartement loué cette fois plus près de Paris. Cette génération aménage la grange, fait installer une salle de bain et des toilettes. À partir de Pâques et jusqu’à la fin de la belle saison, on vient y passer de nombreuses fins de semaines.

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Cette maison a vu aujourd’hui arriver le gaz de ville.

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jeudi, 08 février 2007

L’enfant et les manèges

Sur le mur blanc de la cuisine, il écrasait les mouches. C’était facile : on les voyait bien et il opérait avec la lance de sa panoplie d’Indien. Le manche était de bois peint en rouge, la lame de plastique jaune. Avec la longueur du manche, on avait le mouvement ample et la mouche, en dépit de ses yeux incroyables, ne voyait rien venir. La souplesse du plastique permettait un coup sec, sans rebond. Il s’était fait gronder parce que ça faisait sale sur le mur blanc, ces mouches écrasées. Il devait avoir quelques huit ans. Il a toujours détesté les mouches. C’est le seul être vivant auquel il soit capable de faire du mal. C’est sale, bête, laid. Qu’on ne lui en veuille pas, il exècre les mouches, ça le dégoûte. Pourtant, il n’est pas bégueule.

Il avait élevé des vers à soie dans une boîte de chaussures en carton tapissée de feuilles de mûrier. Les jours avaient passé. Ils avaient fait leur cocon. Cela l’amusait beaucoup, l’intriguait : la métamorphose, c’est fascinant pour l’esprit humain, Ovide le savait déjà – mais il ne connaissait pas encore Ovide. Philémon et Baucis, cela lui plairait… plus tard. Un matin, ce fut l’horreur. Des fourmis venues d’il ne savait où avaient envahi la boîte, des centaines, des milliers de fourmis avaient tout mangé. Une hécatombe. Un chagrin immense, aussi. Des cris et des larmes et, soudain, l’horrible désir de vengeance : prendre des ciseaux et découper, dans son Encyclopédie pour les enfants de France, l’image de la fourmi afin de la réduire en miettes. On l’arrêta, il ne fallait pas abîmer le livre, ajouter une horreur à l’autre. On le consola, mais il y pense encore aujourd’hui, l’encyclopédie intacte dans sa bibliothèque. Ce désir amer de destruction l’effraie, quand il y pense : prendre une revanche, c’est bien ; se venger est horrible. Il est content de ne pas l’avoir fait.

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vendredi, 19 janvier 2007

Melancholia

Une de mes fréquentes attitudes est de laisser aller mon regard sur mes rayonnages, dans telle ou telle pièce, dans l’entrée, dans le couloir. Martine m’avait dit un jour : « Tu regardes tes livres comme on regarde la mer, l’horizon ». Depuis quelque temps, c’est plutôt avec mélancolie que je les regarde. Je ne veux pas penser à ce qu’ils deviendront – c’est l’angoisse habituelle et l’on ne peut répondre à cette question. Je pense plutôt, et cela fait quelque temps déjà, au fait que, depuis 1993, date à laquelle j’ai aménagé dans mon logement actuel, certains volumes, selon toute vraisemblance, n’ont pas bougé de la place qu’ils avaient alors trouvée. Je ne les ai plus ouverts, je ne les ai même pas déplacés. J’aurais pu, à la rigueur, les décaler pour insérer de nouveaux venus – mais à partir du moment où tout est bloqué sur des mètres et des mètres linéaires, il n’y a rien d’autre à faire que de poser les livres qui malgré tout s’ajoutent en dépit de tout bon sens, en travers, à leur place approximative. Certains ouvrages, donc, n’ont plus été consultés et je me demande avec inquiétude s’ils le seront de nouveau ou bien si notre commerce est définitivement interrompu, notre amitié saccagée sans même qu’eux et moi le sachions.

Alors, puisqu’il faut respirer tout de même, je me dis qu’un déménagement inéluctable aura lieu dans quelques années et qu’ils pourront ainsi remuer leurs membres ankylosés, ces livres immobiles, paralysés, sclérosés. Je ne veux pas penser que ce sera pour aller se figer ailleurs, sur les mêmes rayonnages qu’un camion aura transportés, emportant sans le savoir ma mélancolie avec lui. Je la retrouverai à l’arrivée.

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mercredi, 08 novembre 2006

À la manière d’Hubert Nyssen

 À Benoît

Cette femme merveilleuse est une femme. C’est-à-dire que, contrairement aux hommes, elle a hérité de son sexe tout ce qui la rend femme. En montant hier dans l’avion qui devait, pensais-je, voler dans le ciel, je ne me doutais pas que cette femme si femme dans ses voiles légers et colorés allait avoir sur moi l’effet du mistral dans mes cheveux d’octo, qui n’ont de blanc que ce que les couvertures des éditions que j’ai créées, moi qui suis un passeur mais ne sais pas ce que je passe vraiment, ont de tilleul ou, si on le désire, de champagne. Elle devait, cette femme dont les yeux me faisaient penser à ses jambes, décoiffer à jamais, comme disent les gens au moderne parler, ce qui, sous le platane, me faisait croire à de possibles racines. Mon flair d’éditeur me disait déjà que je tenais là une nouvelle Nancy Huston ou, le dirai-je sans honte, la possibilité d’une Berberova. Icelle, dont j’étais allé jusqu’à supprimer le prénom afin qu’elle ne soit plus qu’un patronyme, comme Aragon ou, mieux, comme Hugo, avait enflammé les derniers feux allumés et brûlants qui enflammaient eux-mêmes ma jeunesse. Voilà que cette en vérité si femme me disait sans le secours d’aucun mot : « Hubert, quand tu allumes ta pipe, tu me donnes envie de… » Mais j’en ai dit suffisamment et que souffle le dévergondé et dévergondant mistral. Il est l’heure de retourner, moteur chaud, au roman.

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mardi, 07 novembre 2006

Viens chez moi, j’ai des gisants

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La taulière, en août 1994, sur la tombe de Rimbaud, à Charleville.

La taulière, en novembre 2002, sur la tombe de Flaubert, à Rouen.

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vendredi, 03 novembre 2006

Ma poussière

Je trouve que l’automne est arrivé en douceur, cette fois. Arrivé comme une main qui m’aurait caressé sans que j’en prenne conscience. Arrivé ainsi qu’un souffle léger dans les feuilles mortes entassées de ma vie. Arrivé tel une écharpe sortie du placard où elle s’était tenue quelques mois dans le silence calme des tissus. Je trouve que l’automne, cette plainte tranquille, ce psaume coloré, est venu sans brutalité, je l’aime et, dans sa main tendue, je reconnais l’amitié qu’il m’offre depuis toujours. Je suis né en automne, cette saison cyclothymique, sous les arbres affolés mais pas mécontents d’être rudoyés par quelque bise faussement agressive. L’automne qui nous rhabille progressivement, les chemises succédant aux chemisettes, les pull over sans manches arrivant à la rescousse, la veste, l’imperméable qui attendent au coin du bois, non pas en embuscade mais en rendez-vous secret et pourquoi pas complice. L’automne est une page tachée de roussures, c’est la page de mes années entassées. D’aucuns font la somme de leurs printemps, je tiens le compte de mes automnes et j’attends de mourir comme s’achève une chanson, comme au temps des électrophones dont le bras ne revenait pas encore, en fin de sillon, dont le plateau continuait à tourner ; il fallait intervenir pour tout arrêter ou bien changer le disque, c’était avant les automatismes et bien avant les plages numériques des disques compacts ; c’était mon enfance et même un peu après, ce temps suspendu d’automne en automne, ce temps à marronniers et à cours de récréation – j’attends de mourir comme s’achève une chanson, ainsi que se taisent les rumeurs, pas celles de la calomnie mais celle du vent, celle de la rivière dont on s’éloigne, celle enfin de la ville dont nous parlait Verlaine. L’automne qui vient ce matin me dicter ce fragment poussiéreux.

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mardi, 24 octobre 2006

À la manière des journalistes

Prenez un doigt d’amalgame, fouettez-le pour qu’il mousse bien.

Pendant cela, préparez un roux de clichés et d’idées reçues.

Au four, faites cuire l’opposition « tout noir et tout blanc », en arrosant régulièrement d’esprit binaire.

Liez le tout, au moment de servir, d’un fond de bouc émissaire à montrer du doigt.

Savourez en connaisseur la démagogie reine que vous aurez ainsi obtenue.

Vins conseillés : Château-Calomnie XXe siècle, Rumeur 2002.

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lundi, 23 octobre 2006

Couleur du temps, par Martine Layani-Le Coz

Le temps qui coule se désaltère dans l’été, alors on est heureux.

Mais qu’il nous présente son front métallique comme une guerre, alors notre matière grise en sent tout le poids.

Même l’harmonie des couleurs ne parvient pas à éclaircir d’un sourire le chapelet insistant des minutes. Il ne faut pas s’étonner que les fleuves soient aux poètes emblèmes de nostalgie païenne ; eux seuls connaissent avec nous l’horreur de l’identique et du semblable réunis dans l’indifférence.

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mercredi, 18 octobre 2006

À la manière de Raffarin

Les lumières de la banalité éclairent pâlement mais elles sont vraies.

Parcourir le chemin, c’est déjà faire route ensemble.

Je ne sais pas si mon soutien est réel, je sais qu’il existe.

Toujours sur la route, toujours au travail, j’irai droit au but, quels que soient les tournants.

Sur mon agenda, entre mes obligations, se distingue en filigrane mon emploi du temps.

Je sais ce que c’est qu’être premier ministre. C’est être un ministre premier.

Mon devoir est là, il ne servirait à rien de ne pas en tirer les leçons.

L’avenir est toujours ouvert devant.

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mercredi, 11 octobre 2006

Une voyageuse

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mardi, 03 octobre 2006

Je suis une banque de données à moi tout seul (air connu)

medium_bibal2.jpgDepuis longtemps maintenant, je suis devenu un centre de documentation et une banque de données. On vient me consulter pour obtenir des documents ou des renseignements, on me confie des corrections typographiques, on m’écrit par la poste et par internet, on demande des rendez-vous, on me sollicite pour déchiffrer des écritures que je suis paraît-il seul à parvenir à lire, on me confie des travaux de dactylographie, des épreuves à relire, on me demande mon avis…

Je ne vais certainement pas me plaindre. Cela relève de la confiance et de l’amitié. Mais je n’en peux plus. Aujourd’hui, je devrais recevoir par la poste des épreuves à relire d’un livre à paraître, partiellement consacré à Ferré. Ce soir, je reçois chez moi un étudiant de DEA à propos d’un mémoire qu’il veut consacrer à Albertine Sarrazin. Ce matin, m’arrive un courrier électronique me demandant un texte sur Vailland pour un site en préparation. Accessoirement, je m’occuperai de mes propres travaux en cours et, s’il reste des secondes, je tâcherai de lire un peu. Naturellement, cela s’ajoute à la maintenance de trois sites personnels et à l’animation de ce blog. Sans parler des 37 h 30 hebdomadaires qui me nourrissent (mal) et du temps de transport, heureusement réduit au minimum, qui m’est nécessaire pour aller les effectuer. Ni d’une conférence qu’on m’a demandée pour le mois de novembre, dans l’Est.

En revanche, du côté des éditeurs, c’est le silence complet. Eux ne me demandent rien.

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jeudi, 28 septembre 2006

Carnaval

La Fnac-Italie, littéralement envahie par les romans de la rentrée dite littéraire, gonflée à bloc d’inepties nombrilistes et d’immondices narratifs, a pris une initiative d’une audace folle. Les rayons (c’est vraiment beaucoup dire) de poésie, de théâtre, d’essais et biographies littéraires ont été déplacés de l’autre côté de l’alvéole dénommé « Littérature francophone », occupant désormais la place qui était jusque là dévolue au roman historique.

Tenez-vous bien, car c’est là que tout commence. Qu’est devenu le roman historique ? Je ne vous infligerai pas une insoutenable attente : il a été déplacé à l’endroit qu’occupaient encore il y a peu les rayons (c’est vraiment beaucoup dire) de poésie, de théâtre, d’essais et biographies littéraires. Non ? Si. Je n’invente rien. On mesure la folle modernité d’un pareil choix. Du jamais vu. Un risque professionnel et intellectuel qu’on ne peut que saluer. Franchement, on n’y aurait pas pensé.

Nous avions parlé de ce système – car c’en est un – dans l’ancien blog, à propos de la librairie Gibert qui danse, presque rituellement maintenant, cette valse dont les visées sont exclusivement commerciales. Il n’y a rien de neuf dans mon propos, sinon que c’est encore plus absurde, imbécile, calamiteux, dans cette Fnac de poche voire de gousset, où l’alcôve « Littérature francophone » est de toute manière si minuscule et si peu achalandée que rien ne sera apporté par ces grandes manœuvres, sinon des douleurs dans le dos pour les malheureux « libraires » (je n’ose vraiment pas employer ce terme) qui auront effectué le déménagement.

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mardi, 26 septembre 2006

Le pont du silence

La perspective – la découverte – que l’on peut admirer sur la bannière présentée en ce moment est celle de la passerelle des Arts, autrefois pont des Arts, plongeant vers l’Institut. Sur ce pont, ont été remis à des émissaires des exemplaires du Silence de la mer, l’inoubliable drame silencieux imaginé par Vercors. Ces livres étaient destinés au Général de Gaulle qui se trouvait à Londres. Le Silence était le premier ouvrage publié par les Éditions de Minuit, alors clandestines, d’où, bien entendu, leur nom. En ces temps où l’écrit avait une valeur incommensurable, il devint l’emblème du combat de l’ombre. Quand on traverse la Seine, on peut admirer le square du Vert-Galant ainsi nommé car situé sous le Pont-Neuf où trône une statue équestre d’Henri IV, plus loin, Notre-Dame-de-Paris, monument d’émotion, et, à l’opposé, la fuite de la Seine vers le musée d’Orsay. Sur l’autre rive, d’où la photographie a été prise, le palais du Louvre.

Cet endroit est un de ceux qui, architecturalement parlant, me manquera le plus lorsque je quitterai Paris, ce qui est  inéluctable. Ce paysage est magnifique et la Seine elle-même est plus verte là qu’ailleurs. Plus verte aux beaux jours, plus mordorée quand approche le froid. Avec la montagne Sainte-Geneviève et le groupe architectural que forment le Panthéon, Saint-Étienne-du-Mont, la faculté de droit, la bibliothèque Sainte-Geneviève et le lycée Henri IV, sans parler de la mairie du Ve arrondissement, cet endroit de Paris est vissé dans mon corps avec la vis sans fin de ma jeunesse.

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dimanche, 17 septembre 2006

Hier après-midi

Square Viviani, j’ai trouvé une fontaine pour me laver les mains. Il y avait mille ans que je n’en voyais plus. En la faisant fonctionner, ça sentait l’eau dans les jardins, qui est une odeur d’eau spécifique. En sortant du square, ça sentait très fort la feuille morte. Non pas la feuille morte en décomposition, non, la feuille morte desséchée, un brin poussiéreuse, avant qu’elle ne commence à se détruire, à mourir au monde après être morte à l’arbre.

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mercredi, 13 septembre 2006

On continue

medium_anniversaire.jpgCe carnet a un an. Je suis fort peu porté sur les anniversaires mais je veux bien, toutefois, respecter cette espèce d’usage en vigueur dans le monde des blogs selon lequel on annonce, chaque fois, cette date dont tout le monde, en réalité, se moque. Il y a donc un an que vous supportez mes élucubrations et mes silences, que vous lisez aussi les rares mots de Martine et que vous nous faites l’amitié d’y répondre parfois. Nous vous en remercions.

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lundi, 11 septembre 2006

Quand Fabienne était au marché

Je parlais ce matin des bouquinistes qui enchantent les rives de la Seine et déroulent un ruban de papier imprimé du musée d’Orsay à l’Institut du Monde arabe et, sur l’autre rive, de la bibliothèque Forney (hôtel de Sens) au Louvre.

 

Il est un autre lieu que j’affectionne, c’est le Marché aux livres de la rue Brancion (XVe), à l’ancien emplacement des abattoirs de Vaugirard, devenus parc Georges-Brassens (il demeurait à vingt mètres, rue Santos-Dumont). La halle des abattoirs, très grande, a été conservée. Elle abrite depuis près d’un quart de siècle – il me semble que c’était hier, bon sang ! – plusieurs dizaines de bouquinistes dont la plupart ont pignon sur rue partout en France et viennent s’installer là, le samedi et le dimanche, sur les pavés en pente, parmi des rigoles qui, régulièrement, descendent vers leur enfer.

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C’est un endroit où il fait toujours plus frais qu’ailleurs, ou même froid en hiver : exposé à l’ouest, plein de vents coulis et de traîtrises météorologiques, le marché est un lieu de perdition pour la santé, mais bah ! Il en vaut la peine. L’âme des chevaux morts traîne encore par là et c’est peut-être leur souffle qu’on prend pour des courants d’air.

 

On trouve là de tout, à tous les prix ou, plus exactement, à deux sortes de prix : le bradé et le trop cher. Il n’y a pratiquement plus de prix intermédiaires. Il n’y a que peu de raretés et, lorsqu’il y en a, elles sont hors de prix. C’est un lieu de promenade néanmoins.

 

J’aimais bien aller déjeuner, avant de m’y rendre, sur le trottoir d’en face. Il est un café établi au coin de la rue, dénommé avec finesse et originalité Au Bon Coin. Fameux, n’est-ce pas ? J’aimais y aller parce qu’on y  mange solidement pour un peu cher (mais acceptable cependant) et surtout parce qu’on y était, jusqu’au printemps dernier, servi par la délicieuse Fabienne, ronde aux longs cheveux blonds-roux, aux yeux gris-bleus, et surtout pleine d’humour et d’esprit d’à-propos, très anticonformiste. On sait que je me nourris essentiellement de femmes et de livres, d’où mon teint fatigué. Las, elle ne travaille plus là et je n’ai plus aucun plaisir devant mon assiette attristée. Même mon verre fait la gueule.

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dimanche, 03 septembre 2006

Un été studieux

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 Dans le très grand parc du couvent de Vaylats (Lot), se trouve une espèce de kiosque, plus simplement un abri de jardin où se dresse une table de pierre, en réalité une ancienne roue de moulin. Là, les tauliers ont travaillé à d’immortels manuscrits, comme en témoignent ces deux images. En troisième position, figure la preuve indubitable que le taulier est à lui seul un gros... lot.

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vendredi, 01 septembre 2006

Bulletin de santé

Durant cet été où je me suis montré si paresseux pour ce qui touche à ce carnet, j’ai lu la Correspondance de Cézanne, le Journal des années noires 1940-1944 de Guéhenno, échoué sur le lamentable journal de Pierre Bergounioux intitulé Carnet de notes 1980-1990, commencé une vie de Gabrielle d’Estrées par Janine Garrisson. J’ai écumé des bouquinistes à Cahors, Villefranche-de-Rouergue et Caylus, sans dénicher autre chose que le Mauriac de Jean de Fabrègues paru chez Plon en 1971. Nous avons visité un nombre incalculable d’églises et un prieuré, admiré une série de halles et de châteaux. Nous avons parcouru les salles du musée Henri-Martin de Cahors où, hormis les collections permanentes, on pouvait découvrir l’œuvre du sculpteur Marc Petit, celles du musée Regnault de Saint-Cirq-Lapopie où se trouvait d’ailleurs la seconde partie de l’exposition de ce même Marc Petit. Nous avons regardé quelques DVD empruntés, et en avons acheté deux d’une anthologie d’archives télévisuelles de Gainsbourg. J’ai corrigé, relu, revu, moult manuscrits. J’ai contacté trois éditeurs pour un projet d’ouvrage que deux d’entre eux n’ont même pas désiré recevoir. J’ai obtenu deux refus pour deux autres livres proposés précédemment. Je me suis battu pour qu’on veuille bien me verser les droits de 2005 sur un autre livre encore et je n’ai toujours rien reçu. Nous avons parcouru une douzaine, une quinzaine peut-être de brocantes. J’ai acheté deux microsillons d’occasion, un 25-cm et un 30-cm, consacrés à des séries thématiques de chansons et de textes. Martine a acheté, elle, un 45-tours de Philippe Clay chantant deux textes de Nougaro. J’ai relu le mémoire de DEA de ma seconde fille, consacré au paysage et au regard chez Wim Wenders. Martine a lu une correspondance commentée échangée entre Gide, Verhaeren et Rilke, un livre d’anthropologie, Qu’est-ce que la littérature ? de Sartre, Qu’appelle-t-on philosopher ? par Pierre Bouretz, une piteuse vie de Sagan par Geneviève Moll. Elle a étudié les Cahiers pour une morale de Sartre. Elle a aussi tricoté. Nous avons roulé durant quelques milliers de kilomètres, rencontré des amis et rêvé devant des sites naturels, fait des kilogrammes de confitures (abricots, fraises, prunes, mirabelles, mûres.)

 

Je dois en oublier… Au bout de cet inventaire, nous revenons et sommes surpris de n’avoir pas été oubliés dans le grand bombardement que la canicule puis l’été pourri ont fait subir à la rue Franklin. Bonne rentrée.

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vendredi, 04 août 2006

Les derniers seront les premiers

Je me suis toujours beaucoup étonné du destin des livres, j’entends : de leur cheminement dès qu’ils se retrouvent dans le circuit de l’occasion. Je me rappelle avoir acheté dans le Lot, il y a quelques années, un ouvrage portant, sur la page de garde, le cachet d’un couvreur du Nord. Comment le livre était-il arrivé là ?

 

Avant-hier soir, triant quelques volumes que je désire emmener demain à la campagne, je suis tombé sur le Journal des années noires 1940-1944 de Guéhenno. Ce livre, imprimé en 1947 pour le compte de Gallimard, m’avait été offert en 1985 et fut oublié par moi qui ne l’ai jamais lu, pas plus que son ou ses propriétaires précédents. Preuve irréfutable : il n’était pas coupé. Il est entièrement neuf, son papier à peine vieilli et encore. Je l’ai donc coupé et couvert et je le lirai dans le train. C’est amusant parce que j’ai effectué mon tri dans une partie seulement de ma bibliothèque, celle qui se trouve dans l’entrée et dans le couloir (il y a des livres dans toutes les pièces, hormis pour le moment dans la cuisine et la salle de bains.) Cette partie représente dix-huit mètres linéaires et, en réalité, davantage puisque les volumes sont parfois sur deux rangées et même au-dessus, en travers. Eh bien, c’est presque au ras du sol, sur la dernière tablette que, derrière la seconde rangée, tout au bout de la première, tout à fait à droite, encore dissimulé par plusieurs épaisseurs de tomes couchés en travers, j’ai trouvé ce journal. Pour la première fois depuis 1947, il va être lu. C’était le dernier des rayonnages consultés, le plus caché des livres et le plus oublié des titres.

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lundi, 31 juillet 2006

Télégramme

Suis de retour à Paris pour semaine de permanence. Stop. Repartirai samedi. Stop. Amitiés à tous. Stop. Layani.

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vendredi, 21 juillet 2006

Les Bobines blanches, par Martine Layani-Le Coz

Les doigts et les mains semblent doubler de volume. Pour quelques heures, la lévitation serait un recours idéal. Les bruits, peu à peu, se sont éteints avec le jour ; seul, le marteau des secondes cloue l’avenir dans le noir de la nuit qui ne trompe pas longtemps. Très vite, sur les pas des souris courant au grenier, sous la mélodie du rossignol et dans le braiement de l’âne, l’aube verse son anis au-dessus des lits moites.

 

Il est trop tard pour appeler au téléphone des amis, des parents. La poste est fermée. Le compagnon dort. Que redouter du calme artificiel, si ce n’est la tromperie essentielle, cette croyance que le monde se repose, que tout est suspendu ? L’inactivité n’est pas le repos.

 

Chez quelqu’un, l’opération à venir gâche tout l’été, si bien que les bains ont un air de dernier moment. Chez d’autres, la fatigue due à l’âge fait passer les minutes dans un tamis d’étuve incertain. Et comment aider ceux qui ne disent et ne diront jamais rien ? L’éloignement des siens fige les situations en autant d’instants que de gouttes recueillies quand la vie est océane. La démesure du noir se fait sentir, confondant heures et minutes, kilomètres et années.

 

Le passé et l’avenir se donnent la main au-delà des présents individués. On écrit des lettres, des cartes pour se rassurer. On y couche des mots comme en sommeil, cependant que d’autres sont en guerre perpétuelle pour le langage de l’histoire, ailleurs.

 

La respiration calme cède aux inflexions de l’été, quelque temps, puis la lumière, qui n’a pas de temps à perdre, vient, par reflets interposés, rappeler à l’exigence de la vie et tout reprend son cours naturel. Les couleurs, en vedettes, défient l’écran de nos intelligences humaines.

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vendredi, 07 juillet 2006

Amitiés

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(Mon père est ingénieur, film de Robert Guédiguian, 2004)

 

Nous partons pour le Lot. La rue Franklin reste ouverte et se manifestera de temps en temps. À vous.

 

Jacques et Martine.

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No tombe (de haut)

Habituellement, je m’abstiens ici de toute remarque contre Amélie Nothomb. J’entends par là que je ne me laisse pas aller à dire tout ce que je pense de sa personne et de ses publications. Je le fais essentiellement, on le sait, pour l’ami De Savy. Quand j’aime bien quelqu’un, je respecte même ce que je ne peux pas supporter chez lui. Riez, riez, ce n’est pas facile, en réalité. Je sais que Benoît, notre correspondant au Québec, apprécie aussi cette jeune femme, au moins partiellement. Tolérant comme je suis, je ne dis rien. Je ne dis rien non plus, alors que Pierre Bosc, notre correspondant en Roussillon, ne la déteste pas.

 

Je voulais toutefois, ce matin, vous proposer le lien vers l’entretien imaginaire qu’a eu notre ami Dominique, prince des philologues, avec la reine du torchon de septembre. Or, j’apprends, à ma totale stupéfaction, que le texte de cette rencontre est à prendre au second degré, Dominique appréciant Amélie Nothomb. On m’aurait dit ça, j’aurais éclaté de rire. Mais non, c’est vrai.

 

Il me faudra l’été pour m’en remettre.

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jeudi, 06 juillet 2006

Définitivement et à tout jamais éternellement pour toujours pour toute la vie

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mardi, 13 juin 2006

Varia, 3

J’ai reçu ce matin l’acceptation de l’Harmattan pour un manuscrit de théâtre dans lequel j’ai groupé mes deuxième et troisième pièces, Manon et Guillemine. Ce sera ma publication de l’année, vraisemblablement. Je sais, l’Harmattan, ce n’est pas terrible : on fait ce qu’on peut. J’attends la réponse d’un autre éditeur pour le même texte ; même s’il acceptait, ce serait trop tard puisque je vais signer chez l’Harmattan. Quand on n’a pas d’éditeur, le premier qui répond l’emporte, même si l’on préfèrerait paraître chez l’autre.

 

Je lis depuis quelques jours le Journal de guerre (1939-1941) de Simone de Beauvoir.

 

Mes travaux personnels n’avancent guère, uniquement par manque de temps, donc d’énergie, celle-ci s’usant au travail salarié pour un gain somme toute inacceptable, de l’ordre des picaillons. Compte tenu du nombre de collègues de l’Éducation nationale qui se vautrent dans cette rue, point n’est besoin que je précise de quel ordre sont les traitements des fonctionnaires. Il paraît que c’est encore trop.

 

Je n’ai toujours pas reçu mon bulletin de salaire du mois de mai.

 

Bavardé une heure hier, au Daguerre, avec Jean-Claude Tertrais, qui connut André Breton à partir des années 50. La façon dont ils se sont rencontrés est plaisante. Tertrais, autodidacte d’une vingtaine d’années, travaille aux Halles et fait de longs trajets en métro, qu’il met à profit pour lire. Il découvre les livres de Breton. Enthousiasmé, il lui écrit avec l’inconscience de la jeunesse. Il faut croire que la lettre était intéressante, puisque le poète l’invite à le rencontrer. Là, il a tout de même le sentiment de subir un examen de passage. Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, il s’en tire bien. Soudain, tombe la phrase qui tue : « Connaissez-vous Thomas de Quincey ? » Pour Breton, c’est un critère. Hasard objectif, Tertrais a lu de Quincey, justement, quelques jours avant... C’est un homme étonnant, plein d’histoires à raconter. Quand on pense que, jeune insoumis durant la guerre d’Algérie, il fut envoyé en bataillon disciplinaire avec les brimades et les coups dans la gueule que ça comporte, on s’étonne de le trouver si ouvert et plein d’humour. Il a  connu un nombre incroyable de gens. Nous avons évoqué Bérimont, Mac Orlan, Lacassin, Sigaux, Laforgue, René Floriot… et même l’abominable docteur Petiot. Le Perrier n’était pas assez frais et la rondelle de citron était une demi-rondelle. J’ai trouvé ça mesquin de la part du café.

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mardi, 06 juin 2006

Dès le dos

« C’est pourtant le cas de ce livre. Son objectif, exposé dès le dos de la jaquette, sonne comme un défi » lit-on dans Le Monde du 6 juin 2006. Ce journal, décidément, commet de plus en plus d’erreurs. Je ne suis pas sûr, d’ailleurs, qu’un défi soit à même de sonner.

 

Outre l’emploi, très étonnant, de « dès » associé à « le dos » – on commence donc par le dos ? C’est alors entériner le fait que, décidément, le futur acheteur d’un ouvrage le tourne immédiatement pour lire l’argumentaire publicitaire que constitue la quatrième de couverture – c’est ici l’occasion de faire un brin de terminologie.

 

Ce dos-là, pour commencer, n’est pas le dos. C’est la quatrième de couverture, ou le quatrième plat. Le dos, c’est ce que tout le monde appelle la tranche. La tranche, la vraie, est à l’opposé du dos. Elle peut être dorée, d’où l’expression « doré sur tranche. » Elle est surplombée par la tranche supérieure et surplombe elle-même la tranche inférieure.

 

Nous parlerons une autre fois des mots et expressions : tranchefile, pièce de titre, signet, coiffe, fer, garde, faux-titre, page de titre, colophon, vignette, cul-de-lampe, drapeau, justification, appuyé à gauche ou à droite, police, corps, œil de la lettre, chasse…

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lundi, 05 juin 2006

Tournures

J’en ai assez de ceux qui parlent le chinois au lieu de parler chinois. De ceux qui habitent au 47, rue Machin au lieu d’habiter 47, rue Machin. Des ouvrages qui paraissent sous le titre de Les cafés seront bus demain au bout du monde au lieu de paraître sous le titre Les cafés seront bus demain  au bout du monde.

 

On peut trouver d’autres emplois de ce genre. Je ne sais pas, d’ailleurs, si les premiers sont vraiment fautifs et nul doute qu’un débat s’instaurera bientôt entre les distingués promeneurs de la rue Franklin, qui ne manquent pas de références philologiques, sémantiques et syntaxiques. Ces tournures sont peut-être correctes, finalement. Mais je les trouve lourdingues.

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mercredi, 19 avril 2006

Varia, 2

Mme Stirbois est décédée. On ne la regrettera pas. J’ai rarement vu et entendu quelqu’un d’aussi haineux, d’aussi dur, d’aussi mauvais.

 

Démêlés constants avec les éditeurs qui ne respectent pas leurs engagements contractuels, en particulier au moment de la reddition des comptes. Contacts pris avec un avocat à qui j’ai soumis deux dossiers. J’attends sa réponse pour savoir s’il accepte de s’occuper de mes petites préoccupations.

 

Comment ne pas voir la tendance généralisée, en ce moment, au téléfilm de semi-fiction : Le Grand Charles, Le Procès de Bobigny, Les Amants du Flore, L’Adieu, L’Âge des passions… Des reconstitutions soignées et, le plus souvent, un résultat sans intérêt, du moins pour ceux que j’ai pu regarder car la télévision, on le sait, m’ennuie beaucoup. À part Le Procès de Bobigny dont j’ai un peu parlé ici-même, le reste… En tout cas, une constante : de la guerre aux années 70, on considère maintenant qu’il s’agit d’histoire. On reconstitue.

 

Mon collègue de bureau porte un nom plutôt courant et un prénom qui ne lui autorise pas suffisamment d’originalité pour éviter la rencontre d’homonymes. Je lui parlais de ces fréquentes homonymies, alors que je venais de lire un article consacré à une librairie dont le gérant s’appelait exactement comme lui, nom et prénom.

Lui :

- On va voir si tu as des homonymes, toi.

- Des Jacques Layani, il y en a au moins quatre.

Ce qui est rigoureusement exact.

Lui, les pieds dans le plat de Google :

- Oh, qu’est-ce que tu as  comme homonymes ! Jacques Layani, Jacques Layani… Ah mais, Jacques Layani, c’est un écrivain, en fait.  Il a écrit Albertine Sarrazin, une vie et puis Dix femmes, et puis…

Leçon d’humilité.

 

François Angelelli, « mon plus vieil ami sur la terre », ainsi que j’ai coutume de le désigner, est de passage  à Paris pour deux jours. Nous nous connaissons depuis quarante ans. Près du Panthéon, j’ai envie de l’emmener admirer Notre-Dame-du-Mont, cette petite église de la montagne Sainte-Geneviève, toute d’harmonie et de proportions, que je tiens pour un joyau. Je voudrais qu’il la découvre. Nous entrons en pleine messe : c’est le dimanche de Pâques. On ne circule pas durant les offices. Raté. À défaut de pouvoir lui montrer, près l’autel de la Vierge, le pilier sous lequel sont enfouis les restes de Racine, de retour de Port-Royal, je lui rappelle que, là, fut célébré le service funèbre de Verlaine, décédé à quelques dizaines de mètres, rue Descartes. Dans l’assistance, figurait Paul Fort. Cela fait trois poètes chers à  mon cœur. Je lui raconte, en partant, qu’il y a quelques années, un soir, je passais dans l’église en question, attendant, ô païen, l’heure de la séance d’un cinéma de la rue des Écoles. Dans la demi-pénombre, une petite dame, bien âgée, s’approche :

- Monsieur...

- Madame.

- Vous êtes prêtre ?

On ne me demande pas ça tous les jours. Avec toute la politesse dont je puis être capable :

- Ah, non, madame, non.

Elle, posant sur ma manche une petite main fragile, ancienne, une main en dentelle, et avec un air mi-confus, mi-complice :

- Vous en avez l’air.

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jeudi, 23 mars 2006

Des éclairs et des livres

Marseille, année scolaire 1963-1964. La couverture aux motifs rouges, blancs et noirs des classiques Bordas : en classe de cinquième, Corneille me raconte Horace.


Quelque part en France, vers 1965, en été. J’avise dans un présentoir tournant L’Homme invisible de Wells, que je me fais offrir par mes parents. C’est mon premier Livre de Poche. Je crois que je ne l’ai pas conservé. J’ai encore cette œuvre, mais ce doit être un autre exemplaire.


Marseille, année scolaire 1965-1966. La traduction de La Guerre des Gaules en 10-18,  acquise dans la petite librairie (Librairie du Lycée, sans doute, je ne sais plus) qui faisait face à l’établissement. Pour ne pas me casser la tête avec les versions latines. Comme si le professeur allait être dupe…


Paris, septembre 1970. Une petite biographie de Van Gogh, brochée, à la couverture un peu criarde. C’est, je crois bien, le premier livre que j’achète chez les bouquinistes des quais de Seine.


Paris, décembre 1970. Rue Ternaux, la toute petite librairie du Monde libertaire (Fédération anarchiste). Minuscule, surchargée d’ouvrages, opuscules, brochures, tracts. J’y achète quelques livres et revues aujourd’hui introuvables, bien sûr.


Paris, juin 1971. Petit hôtel du XVe arrondissement. Je lis d’une traite le roman de Guimard, L’Ironie du sort, au Livre de Poche.


Luz-la-Croix-Haute, juillet 1971. Je vais retrouver un ami qui est moniteur dans une colonie de vacances. Il m’attend avec deux livres, Colline (Giono) et Bourlinguer (Cendrars).


Lamastre, août 1971. Je lis Christiane Rochefort, Le Repos du guerrier, et Chabrol, Contes d’outre-temps.


Marseille, 1974. Je lis Vailland, La Fête, en Folio, attablé au Comptoir de Paris où j’avale un sandwich.


Sousceyrac, août 1975. Impossible de trouver ici Le Déjeuner de Sousceyrac. Je l’achèterai à Crest.


Bruges, septembre 1975. Il neige, ou il va neiger bientôt. J’achète le roman d’Armand Lanoux, Le Rendez-vous de Bruges, au Livre de Poche.


Ne cherchez pas le pourquoi de cette note. Il n’y en a pas. Ce sont des éclairs de mémoire liés au livre et au temps. Est-ce que ça vaut les Je me souviens dont, à la suite de leur inventeur, tout le monde s’est emparé ? Quelques uns, par pudeur peut-être, ont osé des Je n’ai pas oublié. Bien sûr, je pourrais continuer mais on ne va pas chercher les éclairs, on ne les discute pas, on s’immole dans leur lumière blafarde.

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vendredi, 17 mars 2006

Varia

Le site Albertine Sarrazin, délit de jeunesse que j’ai bricolé est enfin référencé par Google, mais d’une manière curieuse. On trouve quatre pages sur cinq seulement, et encore, en cherchant avec le titre exact entouré de guillemets. Il faut donc savoir qu’il existe. Autrement, à la requête « Albertine Sarrazin », on trouve deux pages sur cinq, en pages 6 et 7 des réponses. Je ne sais pas pourquoi.

 

Le livre sur Cora Vaucaire, annoncé il y a plusieurs mois et dont la sortie fut ensuite, aux dires des libraires, annulée, a finalement paru sous un autre titre. Incompréhensible. Ou bien alors, y a-t-il eu un problème de titre au dernier moment ? Il s’intitule L’Intemporelle (c’était déjà le titre de son disque de 1976). Concrètement, ce sont trois-cents pages d’entretiens avec Martin Pénet, producteur à France-Musique et historien de la chanson, parues aux éditions de Fallois. Comme je m’en doutais, Cora Vaucaire n’ayant, de son propre aveu, aucune notion de dates ni d’exactitude, le pauvre biographe en est réduit à indiquer chaque fois que possible, en note infra-paginale, une date ou un repère dans le temps car, dans les propos de l’artiste, il n’y en a pratiquement pas. Restent des entretiens établissant grosso modo une biographie, un peu superficielle tout de même. La vie de Cora Vaucaire, née Geneviève Collin à Marseille en 1918, reste à écrire – mais ce n’est pas la faute de Pénet. L’iconographie est abondante et de qualité. D’intéressantes annexes, très complètes, mais pas d’index des noms cités.

 

Je me bats toujours avec les éditeurs pour qu’ils me versent mes maigres droits, notamment avec celui qui n’a plus rien envoyé depuis 2004, alors que, par contrat, il doit rendre les comptes chaque trimestre.

 

Au manque de temps, s’ajoute le fait que je lis moins vite qu’avant : la vue, l’abrutissement de l’âge. J’ai beaucoup de mal à m’y faire. C’est douloureux. Ah, l’époque où je lisais cinq livres par semaine...

 

Je confirme le ralentissement très net, sinon la stagnation, des forums et blogs que je lis régulièrement. Qu’il s’agisse des notes ou des commentaires, il ne se passe presque plus rien, voire plus rien. Quelques exceptions, naturellement, mais dans l’ensemble, c’est exact. Comme cela dure depuis plusieurs mois, je ne comprends pas. Ce ne doit pas être très important...

 

Retour des petites remarques minables de la part d’un crétin raciste d’extrême-droite qui me lance quelques piques gratuites sur un blog récent, où je laisse des commentaires de temps en temps. Ah, ça faisait longtemps ! Quand je pense qu’un des participants, ici-même, a cet abruti, vulgaire et satisfait, en lien sur son propre blog... Fatigue.

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lundi, 13 mars 2006

Un mot du taulier

Je n’ai pas énormément de choses à dire en ce moment (peut-être pas plus que d’habitude, d’ailleurs…) et j’ai beaucoup de travaux personnels qui trouvent à grand-peine leur place dans les rares morceaux de soirées que je parviens à leur consacrer.

Il se peut donc que ce lieu demeure sans changement durant quelque temps. Pas forcément, non plus. Bien évidemment, on peut, si on le désire, me joindre par courrier électronique.

Comme je l’ai expliqué plusieurs fois, ce silence, qui évite le côté systématique, est garant de l’authenticité du blog.

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