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vendredi, 21 juillet 2006

Les Bobines blanches, par Martine Layani-Le Coz

Les doigts et les mains semblent doubler de volume. Pour quelques heures, la lévitation serait un recours idéal. Les bruits, peu à peu, se sont éteints avec le jour ; seul, le marteau des secondes cloue l’avenir dans le noir de la nuit qui ne trompe pas longtemps. Très vite, sur les pas des souris courant au grenier, sous la mélodie du rossignol et dans le braiement de l’âne, l’aube verse son anis au-dessus des lits moites.

 

Il est trop tard pour appeler au téléphone des amis, des parents. La poste est fermée. Le compagnon dort. Que redouter du calme artificiel, si ce n’est la tromperie essentielle, cette croyance que le monde se repose, que tout est suspendu ? L’inactivité n’est pas le repos.

 

Chez quelqu’un, l’opération à venir gâche tout l’été, si bien que les bains ont un air de dernier moment. Chez d’autres, la fatigue due à l’âge fait passer les minutes dans un tamis d’étuve incertain. Et comment aider ceux qui ne disent et ne diront jamais rien ? L’éloignement des siens fige les situations en autant d’instants que de gouttes recueillies quand la vie est océane. La démesure du noir se fait sentir, confondant heures et minutes, kilomètres et années.

 

Le passé et l’avenir se donnent la main au-delà des présents individués. On écrit des lettres, des cartes pour se rassurer. On y couche des mots comme en sommeil, cependant que d’autres sont en guerre perpétuelle pour le langage de l’histoire, ailleurs.

 

La respiration calme cède aux inflexions de l’été, quelque temps, puis la lumière, qui n’a pas de temps à perdre, vient, par reflets interposés, rappeler à l’exigence de la vie et tout reprend son cours naturel. Les couleurs, en vedettes, défient l’écran de nos intelligences humaines.

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vendredi, 07 juillet 2006

Amitiés

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(Mon père est ingénieur, film de Robert Guédiguian, 2004)

 

Nous partons pour le Lot. La rue Franklin reste ouverte et se manifestera de temps en temps. À vous.

 

Jacques et Martine.

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No tombe (de haut)

Habituellement, je m’abstiens ici de toute remarque contre Amélie Nothomb. J’entends par là que je ne me laisse pas aller à dire tout ce que je pense de sa personne et de ses publications. Je le fais essentiellement, on le sait, pour l’ami De Savy. Quand j’aime bien quelqu’un, je respecte même ce que je ne peux pas supporter chez lui. Riez, riez, ce n’est pas facile, en réalité. Je sais que Benoît, notre correspondant au Québec, apprécie aussi cette jeune femme, au moins partiellement. Tolérant comme je suis, je ne dis rien. Je ne dis rien non plus, alors que Pierre Bosc, notre correspondant en Roussillon, ne la déteste pas.

 

Je voulais toutefois, ce matin, vous proposer le lien vers l’entretien imaginaire qu’a eu notre ami Dominique, prince des philologues, avec la reine du torchon de septembre. Or, j’apprends, à ma totale stupéfaction, que le texte de cette rencontre est à prendre au second degré, Dominique appréciant Amélie Nothomb. On m’aurait dit ça, j’aurais éclaté de rire. Mais non, c’est vrai.

 

Il me faudra l’été pour m’en remettre.

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jeudi, 06 juillet 2006

Définitivement et à tout jamais éternellement pour toujours pour toute la vie

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mardi, 13 juin 2006

Varia, 3

J’ai reçu ce matin l’acceptation de l’Harmattan pour un manuscrit de théâtre dans lequel j’ai groupé mes deuxième et troisième pièces, Manon et Guillemine. Ce sera ma publication de l’année, vraisemblablement. Je sais, l’Harmattan, ce n’est pas terrible : on fait ce qu’on peut. J’attends la réponse d’un autre éditeur pour le même texte ; même s’il acceptait, ce serait trop tard puisque je vais signer chez l’Harmattan. Quand on n’a pas d’éditeur, le premier qui répond l’emporte, même si l’on préfèrerait paraître chez l’autre.

 

Je lis depuis quelques jours le Journal de guerre (1939-1941) de Simone de Beauvoir.

 

Mes travaux personnels n’avancent guère, uniquement par manque de temps, donc d’énergie, celle-ci s’usant au travail salarié pour un gain somme toute inacceptable, de l’ordre des picaillons. Compte tenu du nombre de collègues de l’Éducation nationale qui se vautrent dans cette rue, point n’est besoin que je précise de quel ordre sont les traitements des fonctionnaires. Il paraît que c’est encore trop.

 

Je n’ai toujours pas reçu mon bulletin de salaire du mois de mai.

 

Bavardé une heure hier, au Daguerre, avec Jean-Claude Tertrais, qui connut André Breton à partir des années 50. La façon dont ils se sont rencontrés est plaisante. Tertrais, autodidacte d’une vingtaine d’années, travaille aux Halles et fait de longs trajets en métro, qu’il met à profit pour lire. Il découvre les livres de Breton. Enthousiasmé, il lui écrit avec l’inconscience de la jeunesse. Il faut croire que la lettre était intéressante, puisque le poète l’invite à le rencontrer. Là, il a tout de même le sentiment de subir un examen de passage. Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, il s’en tire bien. Soudain, tombe la phrase qui tue : « Connaissez-vous Thomas de Quincey ? » Pour Breton, c’est un critère. Hasard objectif, Tertrais a lu de Quincey, justement, quelques jours avant... C’est un homme étonnant, plein d’histoires à raconter. Quand on pense que, jeune insoumis durant la guerre d’Algérie, il fut envoyé en bataillon disciplinaire avec les brimades et les coups dans la gueule que ça comporte, on s’étonne de le trouver si ouvert et plein d’humour. Il a  connu un nombre incroyable de gens. Nous avons évoqué Bérimont, Mac Orlan, Lacassin, Sigaux, Laforgue, René Floriot… et même l’abominable docteur Petiot. Le Perrier n’était pas assez frais et la rondelle de citron était une demi-rondelle. J’ai trouvé ça mesquin de la part du café.

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mardi, 06 juin 2006

Dès le dos

« C’est pourtant le cas de ce livre. Son objectif, exposé dès le dos de la jaquette, sonne comme un défi » lit-on dans Le Monde du 6 juin 2006. Ce journal, décidément, commet de plus en plus d’erreurs. Je ne suis pas sûr, d’ailleurs, qu’un défi soit à même de sonner.

 

Outre l’emploi, très étonnant, de « dès » associé à « le dos » – on commence donc par le dos ? C’est alors entériner le fait que, décidément, le futur acheteur d’un ouvrage le tourne immédiatement pour lire l’argumentaire publicitaire que constitue la quatrième de couverture – c’est ici l’occasion de faire un brin de terminologie.

 

Ce dos-là, pour commencer, n’est pas le dos. C’est la quatrième de couverture, ou le quatrième plat. Le dos, c’est ce que tout le monde appelle la tranche. La tranche, la vraie, est à l’opposé du dos. Elle peut être dorée, d’où l’expression « doré sur tranche. » Elle est surplombée par la tranche supérieure et surplombe elle-même la tranche inférieure.

 

Nous parlerons une autre fois des mots et expressions : tranchefile, pièce de titre, signet, coiffe, fer, garde, faux-titre, page de titre, colophon, vignette, cul-de-lampe, drapeau, justification, appuyé à gauche ou à droite, police, corps, œil de la lettre, chasse…

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lundi, 05 juin 2006

Tournures

J’en ai assez de ceux qui parlent le chinois au lieu de parler chinois. De ceux qui habitent au 47, rue Machin au lieu d’habiter 47, rue Machin. Des ouvrages qui paraissent sous le titre de Les cafés seront bus demain au bout du monde au lieu de paraître sous le titre Les cafés seront bus demain  au bout du monde.

 

On peut trouver d’autres emplois de ce genre. Je ne sais pas, d’ailleurs, si les premiers sont vraiment fautifs et nul doute qu’un débat s’instaurera bientôt entre les distingués promeneurs de la rue Franklin, qui ne manquent pas de références philologiques, sémantiques et syntaxiques. Ces tournures sont peut-être correctes, finalement. Mais je les trouve lourdingues.

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mercredi, 19 avril 2006

Varia, 2

Mme Stirbois est décédée. On ne la regrettera pas. J’ai rarement vu et entendu quelqu’un d’aussi haineux, d’aussi dur, d’aussi mauvais.

 

Démêlés constants avec les éditeurs qui ne respectent pas leurs engagements contractuels, en particulier au moment de la reddition des comptes. Contacts pris avec un avocat à qui j’ai soumis deux dossiers. J’attends sa réponse pour savoir s’il accepte de s’occuper de mes petites préoccupations.

 

Comment ne pas voir la tendance généralisée, en ce moment, au téléfilm de semi-fiction : Le Grand Charles, Le Procès de Bobigny, Les Amants du Flore, L’Adieu, L’Âge des passions… Des reconstitutions soignées et, le plus souvent, un résultat sans intérêt, du moins pour ceux que j’ai pu regarder car la télévision, on le sait, m’ennuie beaucoup. À part Le Procès de Bobigny dont j’ai un peu parlé ici-même, le reste… En tout cas, une constante : de la guerre aux années 70, on considère maintenant qu’il s’agit d’histoire. On reconstitue.

 

Mon collègue de bureau porte un nom plutôt courant et un prénom qui ne lui autorise pas suffisamment d’originalité pour éviter la rencontre d’homonymes. Je lui parlais de ces fréquentes homonymies, alors que je venais de lire un article consacré à une librairie dont le gérant s’appelait exactement comme lui, nom et prénom.

Lui :

- On va voir si tu as des homonymes, toi.

- Des Jacques Layani, il y en a au moins quatre.

Ce qui est rigoureusement exact.

Lui, les pieds dans le plat de Google :

- Oh, qu’est-ce que tu as  comme homonymes ! Jacques Layani, Jacques Layani… Ah mais, Jacques Layani, c’est un écrivain, en fait.  Il a écrit Albertine Sarrazin, une vie et puis Dix femmes, et puis…

Leçon d’humilité.

 

François Angelelli, « mon plus vieil ami sur la terre », ainsi que j’ai coutume de le désigner, est de passage  à Paris pour deux jours. Nous nous connaissons depuis quarante ans. Près du Panthéon, j’ai envie de l’emmener admirer Notre-Dame-du-Mont, cette petite église de la montagne Sainte-Geneviève, toute d’harmonie et de proportions, que je tiens pour un joyau. Je voudrais qu’il la découvre. Nous entrons en pleine messe : c’est le dimanche de Pâques. On ne circule pas durant les offices. Raté. À défaut de pouvoir lui montrer, près l’autel de la Vierge, le pilier sous lequel sont enfouis les restes de Racine, de retour de Port-Royal, je lui rappelle que, là, fut célébré le service funèbre de Verlaine, décédé à quelques dizaines de mètres, rue Descartes. Dans l’assistance, figurait Paul Fort. Cela fait trois poètes chers à  mon cœur. Je lui raconte, en partant, qu’il y a quelques années, un soir, je passais dans l’église en question, attendant, ô païen, l’heure de la séance d’un cinéma de la rue des Écoles. Dans la demi-pénombre, une petite dame, bien âgée, s’approche :

- Monsieur...

- Madame.

- Vous êtes prêtre ?

On ne me demande pas ça tous les jours. Avec toute la politesse dont je puis être capable :

- Ah, non, madame, non.

Elle, posant sur ma manche une petite main fragile, ancienne, une main en dentelle, et avec un air mi-confus, mi-complice :

- Vous en avez l’air.

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jeudi, 23 mars 2006

Des éclairs et des livres

Marseille, année scolaire 1963-1964. La couverture aux motifs rouges, blancs et noirs des classiques Bordas : en classe de cinquième, Corneille me raconte Horace.


Quelque part en France, vers 1965, en été. J’avise dans un présentoir tournant L’Homme invisible de Wells, que je me fais offrir par mes parents. C’est mon premier Livre de Poche. Je crois que je ne l’ai pas conservé. J’ai encore cette œuvre, mais ce doit être un autre exemplaire.


Marseille, année scolaire 1965-1966. La traduction de La Guerre des Gaules en 10-18,  acquise dans la petite librairie (Librairie du Lycée, sans doute, je ne sais plus) qui faisait face à l’établissement. Pour ne pas me casser la tête avec les versions latines. Comme si le professeur allait être dupe…


Paris, septembre 1970. Une petite biographie de Van Gogh, brochée, à la couverture un peu criarde. C’est, je crois bien, le premier livre que j’achète chez les bouquinistes des quais de Seine.


Paris, décembre 1970. Rue Ternaux, la toute petite librairie du Monde libertaire (Fédération anarchiste). Minuscule, surchargée d’ouvrages, opuscules, brochures, tracts. J’y achète quelques livres et revues aujourd’hui introuvables, bien sûr.


Paris, juin 1971. Petit hôtel du XVe arrondissement. Je lis d’une traite le roman de Guimard, L’Ironie du sort, au Livre de Poche.


Luz-la-Croix-Haute, juillet 1971. Je vais retrouver un ami qui est moniteur dans une colonie de vacances. Il m’attend avec deux livres, Colline (Giono) et Bourlinguer (Cendrars).


Lamastre, août 1971. Je lis Christiane Rochefort, Le Repos du guerrier, et Chabrol, Contes d’outre-temps.


Marseille, 1974. Je lis Vailland, La Fête, en Folio, attablé au Comptoir de Paris où j’avale un sandwich.


Sousceyrac, août 1975. Impossible de trouver ici Le Déjeuner de Sousceyrac. Je l’achèterai à Crest.


Bruges, septembre 1975. Il neige, ou il va neiger bientôt. J’achète le roman d’Armand Lanoux, Le Rendez-vous de Bruges, au Livre de Poche.


Ne cherchez pas le pourquoi de cette note. Il n’y en a pas. Ce sont des éclairs de mémoire liés au livre et au temps. Est-ce que ça vaut les Je me souviens dont, à la suite de leur inventeur, tout le monde s’est emparé ? Quelques uns, par pudeur peut-être, ont osé des Je n’ai pas oublié. Bien sûr, je pourrais continuer mais on ne va pas chercher les éclairs, on ne les discute pas, on s’immole dans leur lumière blafarde.

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vendredi, 17 mars 2006

Varia

Le site Albertine Sarrazin, délit de jeunesse que j’ai bricolé est enfin référencé par Google, mais d’une manière curieuse. On trouve quatre pages sur cinq seulement, et encore, en cherchant avec le titre exact entouré de guillemets. Il faut donc savoir qu’il existe. Autrement, à la requête « Albertine Sarrazin », on trouve deux pages sur cinq, en pages 6 et 7 des réponses. Je ne sais pas pourquoi.

 

Le livre sur Cora Vaucaire, annoncé il y a plusieurs mois et dont la sortie fut ensuite, aux dires des libraires, annulée, a finalement paru sous un autre titre. Incompréhensible. Ou bien alors, y a-t-il eu un problème de titre au dernier moment ? Il s’intitule L’Intemporelle (c’était déjà le titre de son disque de 1976). Concrètement, ce sont trois-cents pages d’entretiens avec Martin Pénet, producteur à France-Musique et historien de la chanson, parues aux éditions de Fallois. Comme je m’en doutais, Cora Vaucaire n’ayant, de son propre aveu, aucune notion de dates ni d’exactitude, le pauvre biographe en est réduit à indiquer chaque fois que possible, en note infra-paginale, une date ou un repère dans le temps car, dans les propos de l’artiste, il n’y en a pratiquement pas. Restent des entretiens établissant grosso modo une biographie, un peu superficielle tout de même. La vie de Cora Vaucaire, née Geneviève Collin à Marseille en 1918, reste à écrire – mais ce n’est pas la faute de Pénet. L’iconographie est abondante et de qualité. D’intéressantes annexes, très complètes, mais pas d’index des noms cités.

 

Je me bats toujours avec les éditeurs pour qu’ils me versent mes maigres droits, notamment avec celui qui n’a plus rien envoyé depuis 2004, alors que, par contrat, il doit rendre les comptes chaque trimestre.

 

Au manque de temps, s’ajoute le fait que je lis moins vite qu’avant : la vue, l’abrutissement de l’âge. J’ai beaucoup de mal à m’y faire. C’est douloureux. Ah, l’époque où je lisais cinq livres par semaine...

 

Je confirme le ralentissement très net, sinon la stagnation, des forums et blogs que je lis régulièrement. Qu’il s’agisse des notes ou des commentaires, il ne se passe presque plus rien, voire plus rien. Quelques exceptions, naturellement, mais dans l’ensemble, c’est exact. Comme cela dure depuis plusieurs mois, je ne comprends pas. Ce ne doit pas être très important...

 

Retour des petites remarques minables de la part d’un crétin raciste d’extrême-droite qui me lance quelques piques gratuites sur un blog récent, où je laisse des commentaires de temps en temps. Ah, ça faisait longtemps ! Quand je pense qu’un des participants, ici-même, a cet abruti, vulgaire et satisfait, en lien sur son propre blog... Fatigue.

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lundi, 13 mars 2006

Un mot du taulier

Je n’ai pas énormément de choses à dire en ce moment (peut-être pas plus que d’habitude, d’ailleurs…) et j’ai beaucoup de travaux personnels qui trouvent à grand-peine leur place dans les rares morceaux de soirées que je parviens à leur consacrer.

Il se peut donc que ce lieu demeure sans changement durant quelque temps. Pas forcément, non plus. Bien évidemment, on peut, si on le désire, me joindre par courrier électronique.

Comme je l’ai expliqué plusieurs fois, ce silence, qui évite le côté systématique, est garant de l’authenticité du blog.

09:49 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5)

jeudi, 09 mars 2006

Mai 1968

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Et nous allions dans la jeunesse, devenue vieille sans nous le dire. Dans la bouche, tout était craquant et savoureux. Les baisers des femmes étaient voluptueux et leur goût encensait nos chimères. Il y avait de la musique dans leur démarche. Il y avait des sourires et des printemps et nous voilà greniers. Allons, allons encore, laissons la peur de vivre aux bêtes à mort.

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mercredi, 01 mars 2006

Phrase

On a inventé la hiérarchie pour remplacer l’intelligence et l’autorité pour remplacer la beauté.

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lundi, 20 février 2006

En lisant le Petit Littré, 2

Il est amusant de constater que, parfois, l’adjectif ne suit pas le substantif dans ses aventures et ses évolutions. Si complainte possède plusieurs sens : plainte en justice ; lamentation ; chanson populaire de quelque événement tragique ou sur une légende de dévotion – en revanche, complaignant n’a qu’une seule acception, celle qui se rattache au sens premier du substantif : qui se plaint en justice. Il ne peut donc s’agir d’une personne qui se lamente ou d’une autre, qui chanterait une chanson populaire.

 

Curieux, n’est-ce pas ? Si j’en crois, du moins, le père Émile, et je n’ai pas de raison de douter de sa parole.

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lundi, 06 février 2006

En lisant le Petit Littré

Paraphernal, ale, adj. En droit, se dit des biens particuliers de la femme, dont la jouissance et l’administration lui sont laissées. Subst. Le paraphernal, les paraphernaux, les biens paraphernaux.


Paraphraseur, euse, sm et f. Celui, celle qui amplifie verbeusement les choses en les rapportant.


Paraphraste, sm. Celui qui fait la paraphrase de quelque ouvrage.


J’aime – ce n’est pas original –  ouvrir le dictionnaire n’importe où, lire puis m’arrêter en quelque endroit. Je ne le faisais plus depuis longtemps, depuis que le temps coûte si cher. Voici donc ce que j’ai noté de ma promenade d’hier soir. Je ne connaissais pas paraphernal. J’ignorais, par ailleurs, qu’il y eût une différence entre les deux définitions se rapportant à la paraphrase et qu’existât, par conséquent, le mot paraphraste. J’aurais, je l’avoue misérablement, utilisé paraphraseur dans les deux cas.


Un brin de dictionnaire, le soir, peut beaucoup pour vous. Sans avis médical.

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mardi, 31 janvier 2006

Ainsi parlait le paysage, 5

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Comme une fable nouvelle, Le Non des villes et le Non des champs.

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samedi, 14 janvier 2006

Ainsi parlait le paysage, 4

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Ici encore, le paysage proteste. Il demande à être conservé, maintenu, non agressé. Il se défend. Il crie avec des paroles de bois, des paroles blanches.

 

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lundi, 09 janvier 2006

Passage et passation

En faisant, ce matin, du « stop journal » dans le métro évidemment bondé, j’ai lu ceci, en légende d’une photographie montrant deux personnes dans un bureau : « Passage de relais entre deux hommes qui… » Je me suis demandé pourquoi on disait passage de relais et passation des pouvoirs. Nul doute que les nombreux lexicologues, grammairiens et philologues qui hantent la rue Franklin auront à cœur de répondre à cette angoissante question.

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dimanche, 01 janvier 2006

1er janvier

Si vous décidez de poursuivre votre promenade dans ma rue

Si vous décidez d’en visiter tous les numéros

Si vous décidez d’emménager dans un des immeubles qui la bordent

Bonne année

Si vous décidez autre chose

Bonne année

C’est vous qui choisissez

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lundi, 19 décembre 2005

Décembre

Décembre s’écoule, s’en va, que je n’aime pas. J’aime novembre, pas décembre, à cause des « fêtes » tout d’abord, qui sont une chose sinistre, poisseuse, gluante. Pas à cause de la lumière toujours plus rare, non, d’ailleurs, la proche survenue du solstice d’hiver nous promet le recommencement, l’allongement, l’étirement minute après minute d’une flambée nouvelle. Je n’aime pas décembre qui pourtant m’a vu naître parce que c’est un mois d’attente, quelques semaines mises entre parenthèses – et je n’aime pas l’attente, je n’aime pas ce qui s’étend entre des parenthèses. C’est un mois sans consistance, impalpable, qui échappe des doigts parce que tout en lui est dédié aux « fêtes » ; si l’on veut vivre autre chose, on ne peut pas. Je n’aime pas les lieux qu’on ne peut pas habiter parce qu’ils sont universellement dédiés et qu’il faut faire sienne cette dédicace. Il suffit qu’on veuille m’imposer quelque chose pour que je me rebelle immédiatement. Décembre est un mois sans courage, décembre s’échappe, on ne peut pas le prendre aux épaules et le regarder dans les yeux. Décembre me plairait s’il n’était vendu.

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mercredi, 14 décembre 2005

Quelques chiffres

Pour information :

 

Ce blog vit maintenant depuis un peu plus de trois mois. Il compte 80 notes (celle-ci est la 81e) et 955 commentaires.

 

Entre ceux que j’ai conviés initialement et ceux qui sont venus s’ajouter depuis, trente personnes possèdent le code d’accès, même si peu s’expriment.

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mardi, 13 décembre 2005

Un peu d’ordre

Peut-être aurez-vous remarqué que j’ai créé deux nouvelles catégories, dont les liens figurent dans la colonne de gauche. « L’édition », comme son nom l’indique… Et « Cour de récréation » qui regroupe les petites bêtises comme les différents épisodes d’Au café du coin et les jeux du vendredi.

 

Ces classements nouveaux ne rendent pas mes notes plus intéressantes, je vous l’accorde volontiers, mais ils permettent d’éviter le fourre-tout qu’était devenue la catégorie « Humeur » et le bazar né de « Société ».

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lundi, 05 décembre 2005

Une constatation

On m’a souvent dit que ce blog était difficile, d’un niveau élevé, ce qui m’a toujours étonné. Je n’ai pas du tout cette impression. J’avais parlé de cela le 14 octobre dernier, dans une note (Quelque chose m’échappe) qui s’achevait ainsi : « Il y a ici, dans la mesure où j’ai pu avoir connaissance du métier de chacun, des professeurs de toutes disciplines (pas seulement de lettres), des éditeurs, des étudiants, d’anciens libraires, des philologues, des littéraires en général, des cinéphiles. Beaucoup de participants se piquent d’écrire. Et ce sont ceux-là qui me disent à moi, presque entièrement autodidacte, qu’il est ardu de se promener rue Franklin ? Par exemple ! Quelque chose m’échappe. »

 

Lorsque je regarde ce qui s’est produit les trois vendredis précédents, je m’amuse beaucoup. J’ai publié ces jours-là : un petit jeu portant sur des pseudonymes d’auteurs (Au royaume des pseudonymes) ; un autre jeu consacré aux métaphores « canines » existant dans la langue (Un chien vaut mieux que deux tu l’auras) ; un récit sans importance, particulièrement fantaisiste et pas réellement écrit (Au café du coin).

 

Ces trois notes n’étaient pas difficiles à lire, à comprendre, à commenter. Or, ce sont ces trois billets qui ont le moins intéressé les participants. Je m’en réjouis beaucoup, mais je ne comprends pas très bien.

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vendredi, 02 décembre 2005

Assez

S’il est une expression qui me répugne, c’est bien celle-ci. Elle me rend malade et pourtant, elle est de plus en plus employée, même à tort et à travers.

 

Comme un roman.

 

La correspondance de Truc se lit comme un roman. Ce traité se lit comme un roman. C’est insupportable et dévalorisant, à la fois pour le roman dont on laisse supposer qu’il se lit facilement (et je ne demande pas à un livre de se lire facilement ; je n’attends pas de lui qu’il soit nécessairement abscons, certes, mais je ne veux pas qu’il se lise facilement) ; mais aussi pour l’autre livre, celui qu’on compare à un roman, en laissant entendre qu’il se lira facilement (ah, cette sainte horreur que j’ai de la facilité) et qu’ainsi, le lecteur ne se fatiguera pas. Pauvre lecteur, qu’il faut chouchouter, assurer sans cesse qu’il n’aura pas trop d’efforts à faire. C’est lamentablement honteux, honteusement lamentable.

 

Je n’aime pas, je déteste, je hais, j’exècre, j’abhorre cette expression.

 

Et puis, il est des romans qui ne se lisent pas comme un roman. Ils demeurent exigeants et ne s’avalent pas. Qui les écrivit ? Oh, des gens sans importance, des auteurs de trois fois rien, Vailland, Mauriac, Hugo, Gary, Hemingway, Flaubert... De ceux-là, je veux bien lire des romans. Ou bien, si j’en crois l’ami Dominique Autié qui nous parle de lui, et pourquoi ne le croirais-je pas ?, Ramuz.

 

Autrefois, on disait « comme le journal ». Oh, ça se lit comme on lit le journal, ça. C’était dévalorisant pour les journaux, mais les journaux méritent d’être dévalorisés, ils n’étaient déjà pas très bons et ils sont tous devenus très mauvais, il faut bien le dire. Seulement voilà, aujourd’hui, on respecte la presse (alors qu’elle est nulle), on la craint, on n’ose plus dire du mal des journalistes, on les admire nécessairement. Alors, on dit « comme un roman ».

 

Je n’aime plus beaucoup les romans, on le sait. Nous en avons parlé ici. Mais si on les associe à la facilité – et, pourquoi pas, à la détente, à la distraction, au loisir, trois mots hideux – alors, c’est la fin.

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mercredi, 30 novembre 2005

Aillant, par Martine Layani-Le Coz

J’ai touché de ma main le temps qui s’écoule. Le bruit des pas sur les petits cailloux s’associe au vol discret des insectes. Je sais que je m’accroche à ces chants parce qu’ils m’arrachent au présent. Cette sérénité trompeuse pousse à l’inertie. Mes cheveux sont des herbes, mes yeux des pétales qui se ferment la nuit. Le souvenir d’une enfant qui courait au soleil se distille lentement. Mon regard s’arrête aux dessins des assiettes, retenant ma mémoire aux pointes des grilles bleues, ouvragées comme autant d’étés passés.

 

Il y avait le trot éclatant des chevaux sous les charrettes grinçantes, le braiment d’un âne ouvrant la matinée, l’odeur mélangée de l’herbe et du lait. Sans autre souci que leur perception, notre enfance s’allongeait jusqu’à la nuit tombée. Comblés nous étions, ô combien plus que ces charmants bambins que console accessoirement la richesse. Ici mieux qu’ailleurs, s’approche-t-on de soi-même. Le silence y résonne de voix familières, tant de rires, de joies, de colères enfantines ; la découverte de nos secrets de polichinelle valait bien le marc de café.

 

Et voici que les roses ont remplacé les lys ; le ciment a pris la place des briques. Une grille noire succède à la grille verte et la sonnette à la clochette qui s’est tue. Il ne passe plus devant la maison que des autos, des camions, incongrus dans ce qui reste un village pour nos souvenirs. J’ai peur qu’un été, nous n’y voyions plus de papillons. Chaque brique rouge avait gardé sur les hivers un œil ouvert. Les nuages peuvent se succéder devant le ciel bleu, les arbres peuvent tendre leurs branches vers ces voyageurs lointains, quelque chose en eux s’évanouit déjà. Leur substance, de même que la nôtre, n’est pas faite pour la durée. La pierre vit à un autre rythme, d’autres vies nous regardent passer avec envie, sans comprendre. Connaître sa juste place est le parti-pris du bonheur. Derrière les gestes de la vie, nous cherchons notre position, et plus notre conscience s’ouvre à la taille de l’environnement, plus il devient difficile de cerner notre creuset.

 

Il est bien loin le temps où les fils électriques étaient si peu tendus qu’au travers des chemins, les hirondelles sautaient à la corde. On passait nos vacances, avec un peu de chance tout l’été, chez des oncles ou des grands-parents. En fin d’après-midi, quand le soleil chauffe un peu moins fort, les chevaux revenaient des champs. Les charrettes débordantes qu’ils tiraient en peinant du haut en bas et puis retour, par les raidillons, encouragés de force hue et dia, portaient jusqu’à la cour de notre maison leur odeur fauve et salée. Sitôt les premiers grincements de moyeux entendus, nous courions jusqu’à la grille et demandions la permission de sortir pour admirer ces bêtes courageuses. Nos héros à crins jaunes ou marron hennissaient en passant et déposaient parfois un crottin chaud devant nos regards attentifs. Le jardin avait besoin d’engrais. On prévenait le grand-père qui allait, à la suite des croupes ondulantes, récolter avec promptitude ces boules précieuses. Nous tenions, en procession, la pelle et la binette, et lui, poussant la brouette, souriait sous sa casquette.

 

Arrivés au jardin, la tête encore perdue dans les chemins qui longent les champs, nous restions sous les arbres fruitiers ou dans les allées, seuls accès autorisés à nos pieds maladroits. Nos joues se coloraient de soleil au-dehors et de cerise au-dedans. Les groseilles qu’on croquait à même l’arbuste envahi de toiles d’araignées, étaient à notre portée. Quand le travail se prolongeait et que les vaches appelées au secours de notre oisiveté devaient rentrer, nous savions qu’il nous faudrait, à notre tour, regagner la cour et la maison.

 

Grand-mère rinçait alors la laitière blanche au liseré bleu et nous la confiait avec un peu de monnaie. C’était une responsabilité. Les produits de la nature nous semblaient sacrés. Tout était sérieux, même si rien n’était grave.

 

Le monde n’est plus qu’envie. Trouver la vie bonne, une espèce de farce ou la trouver dure, ainsi que le pain de la veille, nous ne la cherchions pas, c’est elle qui nous débusque. Nous avions des mots pour nous battre, des mots pour nous plaindre, des mots pour le plaisir, bien à nous, presque intimes. Insouciants ? Mais bien sûr ! Aujourd’hui, il faut être « ouverts », bienveillants et énergiques. Hors de ces qualités, point de salut. À présent que la guerre est partout, répandue comme un cancer, l’énergie n’est plus dans une bataille. La politique non plus n’est plus une arme, elle ne nous sert que d’alibi. Le combat est toujours ailleurs, toujours plus urgent, plus juste, les réveils ont sonné si tard. Le bon moment, la bonne place, la crédibilité des professionnels, toutes ces tâches, tous ces loisirs, tout cet ennui… Nous voici au temps où l’humain se doit de mûrir plus vite que le blé qu’il sème.

 

Juin 1991

21:10 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (3)

jeudi, 17 novembre 2005

La vie va… ¡ Viva la vida ! La vida que va… ¿ Porque te vas ?

Depuis des années, je ne m’étais plus risqué à pratiquer l’écriture automatique. Aujourd’hui, cela a donné ça.

Dans le fond de la brume amorphe, il y a des passions pour la forme, des courants compétents qui transitent au bout du fort grêlé de continu. Rire et bruit. Mousse en formation. Crevure épuisée d’époustouflants débris. Je morne, tu mornes, il morne. Le fer a tassé la confirmation du présent. Il y avait longtemps. Je tremble à la poste. Domaine privé dit le patient gardien et les morsures de son chien imaginaire ont enclanché la mauvaise foi du récitant. D’après les correspondances reçues, l’écriture serait suffisamment saucisse. Va savoir pourquoi le temps est juste et il est parti, le temps de s’en apercevoir. Il y avait longtemps, oui… Toutes ces questions posées sont des carottes. Mourons, s’il le faut, et passons la monnaie. Il tremble de peur, le canard vert.

07:00 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5)

mercredi, 16 novembre 2005

Trace épuisée

Quand Martine a vu la douzaine de bannières proposées par l’ami Patrick Dalmasso pour notre blog, elle s’est exclamée, à l’ouverture de celle qui a finalement été retenue : « On dirait chez nous ! » Le monde est un livre.

 

Je peux penser le monde sans moi avant ma naissance parce que, par la culture ou simplement l’instruction, je sais ou je puis étudier ce qui s’est produit. Je ne peux pas penser le monde sans moi après ma mort parce que je n’aurai jamais de référent pour le faire. Malheureusement, plus j’étudie l’histoire du monde avant mon humble passage, plus se rapproche l’absence de référent pour après. D’un côté, le temps s’étire et m’éloigne de tout ce qui fut, de l’autre, le temps se contracte et me rapproche du but absurde parce qu’imposé. C’est curieux, cela : lorsqu’on se fixe soi-même un but, on a souvent toutes les peines du monde à l’atteindre ; celui qui nous est imposé, on y parvient tout seul, inéluctablement. C’est mal fait, n’est-ce pas ? Au vrai, le temps n’existe pas, c’est une invention des hommes. La durée existe, la nôtre, pas le temps. La durée, c’est notre empreinte à nous, notre trace épuisée dans la sueur du monde.

07:00 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (6)

vendredi, 11 novembre 2005

Il sait vraiment tout faire

La nouvelle bannière est signée Patrick Dalmasso, bien sûr.

23:03 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (4)

dimanche, 06 novembre 2005

Il sait tout faire

Merci à lami Patrick Dalmasso pour la nouvelle bannière.

22:35 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1)

lundi, 31 octobre 2005

Pour un portrait, par Martine Layani-Le Coz

Il y a, sur les photos de ma première année, cette petite fille qui hésite à marcher, puis court vers un chat gris, pour une caresse, sous les yeux attendris de sa mère.

 

À présent, si je m’avance seule vers les chats, ils me sont toujours étrangers comme l’étaient les autres dans ma prime enfance.

 

Je vivais alors dans le cocon parental, à l’abri de l’indiscipline où mes questions étranges restaient ignorées. Les remarques d’un enfant de dix ans n’étaient pas prises en considération par les adultes ; je faisais donc ma révolution toute seule, dans ma tête. Et ce sourire persistait, d’une vie sans blessure, un peu niais, affiché en signe de bonne santé sur mon visage, en contredisait l’humeur parfois changeante.

 

À l’adolescence, quand vraiment ce monde qui n’était pas le mien et que, vaguement, je ne sentais fait pour personne, m’a trop heurtée, des professeurs scrupuleux, des amies ont découvert une résistance et un ton de révolte à mon regard.

 

Puis mai 1968 est arrivé sur mes vingt ans : j’ai voulu tout refaire d’un seul trait, mais rien ne m’avait vraiment préparée à la revendication sociale et la gigantesque ouverture de cette année-là s’est refermée, ainsi qu’une plaie, sans avoir pu écouler toute ma rancœur.

 

Puisque, décidément, ce sourire était celui des idiots heureux, il ne me restait plus qu’à tenter de l’être. Depuis, je garde malgré moi ce sourire inconscient. Qui n’a jamais souri pour faire plaisir ne peut comprendre : ce n’est pas un passeport de grande qualité. À côté de la plaque, comme toujours. Mon cadavre aura-t-il aussi ce rictus qui m’emprisonne, ne reflétant que ma bonne volonté ? Toutes les musiques sont bonnes sur les chemins de l’oubli ; quel oubli ? Celui du vide et la déception de n’avoir su tirer profit des jours (prêtés ou donnés ?).

 

Sur les photos, je suis un peu raide et mes grimaces ne cachent qu’une irrésolution à rester parmi vous. Alors, je parle pour tenter d’expliquer et j’ai la bouche ouverte et les mains en l’air. Mes yeux de myope, à jamais perdus dans le vague, se cachent derrière des lunettes. Ne subsiste que mon nez en trompette, pour annoncer à mes voisins qui je puis être. Comment se fier à un nez ? C’est pourtant dans le visage ce qui vieillit le moins ; on le conserve toute sa vie, à moins d’un accident.

 

Pas de quoi faire une histoire...

 

(1988)

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lundi, 24 octobre 2005

Jour neuf

Une soirée et une nuit d’horreur. Une journée entière à dormir. Une autre, dans le brouillard. Puis tout doucement, vraiment très doucement, la douleur le tordit moins, la lumière revint et les couleurs avec elle. Une journée encore pour tenter de retrouver ses membres et d’être à peu près sûr de leur fonctionnement. Une journée enfin à tenter de sortir durant deux heures, au moment le plus chaud, à petits pas, comme un ancêtre oublié déjà des siens et de lui-même. Des dizaines de petites pilules de toutes les couleurs. Un régime sévère et surtout épuisant de monotonie. Dans sa boîte à lettres électronique, il reçut trois fleurs mauves. Les examinant et les comparant aux dessins figurant dans une flore, il reconnut des fleurs d’amitié. Tout compte fait, le lundi matin, il put ressusciter.

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