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vendredi, 02 décembre 2005

Assez

S’il est une expression qui me répugne, c’est bien celle-ci. Elle me rend malade et pourtant, elle est de plus en plus employée, même à tort et à travers.

 

Comme un roman.

 

La correspondance de Truc se lit comme un roman. Ce traité se lit comme un roman. C’est insupportable et dévalorisant, à la fois pour le roman dont on laisse supposer qu’il se lit facilement (et je ne demande pas à un livre de se lire facilement ; je n’attends pas de lui qu’il soit nécessairement abscons, certes, mais je ne veux pas qu’il se lise facilement) ; mais aussi pour l’autre livre, celui qu’on compare à un roman, en laissant entendre qu’il se lira facilement (ah, cette sainte horreur que j’ai de la facilité) et qu’ainsi, le lecteur ne se fatiguera pas. Pauvre lecteur, qu’il faut chouchouter, assurer sans cesse qu’il n’aura pas trop d’efforts à faire. C’est lamentablement honteux, honteusement lamentable.

 

Je n’aime pas, je déteste, je hais, j’exècre, j’abhorre cette expression.

 

Et puis, il est des romans qui ne se lisent pas comme un roman. Ils demeurent exigeants et ne s’avalent pas. Qui les écrivit ? Oh, des gens sans importance, des auteurs de trois fois rien, Vailland, Mauriac, Hugo, Gary, Hemingway, Flaubert... De ceux-là, je veux bien lire des romans. Ou bien, si j’en crois l’ami Dominique Autié qui nous parle de lui, et pourquoi ne le croirais-je pas ?, Ramuz.

 

Autrefois, on disait « comme le journal ». Oh, ça se lit comme on lit le journal, ça. C’était dévalorisant pour les journaux, mais les journaux méritent d’être dévalorisés, ils n’étaient déjà pas très bons et ils sont tous devenus très mauvais, il faut bien le dire. Seulement voilà, aujourd’hui, on respecte la presse (alors qu’elle est nulle), on la craint, on n’ose plus dire du mal des journalistes, on les admire nécessairement. Alors, on dit « comme un roman ».

 

Je n’aime plus beaucoup les romans, on le sait. Nous en avons parlé ici. Mais si on les associe à la facilité – et, pourquoi pas, à la détente, à la distraction, au loisir, trois mots hideux – alors, c’est la fin.

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mercredi, 30 novembre 2005

Aillant, par Martine Layani-Le Coz

J’ai touché de ma main le temps qui s’écoule. Le bruit des pas sur les petits cailloux s’associe au vol discret des insectes. Je sais que je m’accroche à ces chants parce qu’ils m’arrachent au présent. Cette sérénité trompeuse pousse à l’inertie. Mes cheveux sont des herbes, mes yeux des pétales qui se ferment la nuit. Le souvenir d’une enfant qui courait au soleil se distille lentement. Mon regard s’arrête aux dessins des assiettes, retenant ma mémoire aux pointes des grilles bleues, ouvragées comme autant d’étés passés.

 

Il y avait le trot éclatant des chevaux sous les charrettes grinçantes, le braiment d’un âne ouvrant la matinée, l’odeur mélangée de l’herbe et du lait. Sans autre souci que leur perception, notre enfance s’allongeait jusqu’à la nuit tombée. Comblés nous étions, ô combien plus que ces charmants bambins que console accessoirement la richesse. Ici mieux qu’ailleurs, s’approche-t-on de soi-même. Le silence y résonne de voix familières, tant de rires, de joies, de colères enfantines ; la découverte de nos secrets de polichinelle valait bien le marc de café.

 

Et voici que les roses ont remplacé les lys ; le ciment a pris la place des briques. Une grille noire succède à la grille verte et la sonnette à la clochette qui s’est tue. Il ne passe plus devant la maison que des autos, des camions, incongrus dans ce qui reste un village pour nos souvenirs. J’ai peur qu’un été, nous n’y voyions plus de papillons. Chaque brique rouge avait gardé sur les hivers un œil ouvert. Les nuages peuvent se succéder devant le ciel bleu, les arbres peuvent tendre leurs branches vers ces voyageurs lointains, quelque chose en eux s’évanouit déjà. Leur substance, de même que la nôtre, n’est pas faite pour la durée. La pierre vit à un autre rythme, d’autres vies nous regardent passer avec envie, sans comprendre. Connaître sa juste place est le parti-pris du bonheur. Derrière les gestes de la vie, nous cherchons notre position, et plus notre conscience s’ouvre à la taille de l’environnement, plus il devient difficile de cerner notre creuset.

 

Il est bien loin le temps où les fils électriques étaient si peu tendus qu’au travers des chemins, les hirondelles sautaient à la corde. On passait nos vacances, avec un peu de chance tout l’été, chez des oncles ou des grands-parents. En fin d’après-midi, quand le soleil chauffe un peu moins fort, les chevaux revenaient des champs. Les charrettes débordantes qu’ils tiraient en peinant du haut en bas et puis retour, par les raidillons, encouragés de force hue et dia, portaient jusqu’à la cour de notre maison leur odeur fauve et salée. Sitôt les premiers grincements de moyeux entendus, nous courions jusqu’à la grille et demandions la permission de sortir pour admirer ces bêtes courageuses. Nos héros à crins jaunes ou marron hennissaient en passant et déposaient parfois un crottin chaud devant nos regards attentifs. Le jardin avait besoin d’engrais. On prévenait le grand-père qui allait, à la suite des croupes ondulantes, récolter avec promptitude ces boules précieuses. Nous tenions, en procession, la pelle et la binette, et lui, poussant la brouette, souriait sous sa casquette.

 

Arrivés au jardin, la tête encore perdue dans les chemins qui longent les champs, nous restions sous les arbres fruitiers ou dans les allées, seuls accès autorisés à nos pieds maladroits. Nos joues se coloraient de soleil au-dehors et de cerise au-dedans. Les groseilles qu’on croquait à même l’arbuste envahi de toiles d’araignées, étaient à notre portée. Quand le travail se prolongeait et que les vaches appelées au secours de notre oisiveté devaient rentrer, nous savions qu’il nous faudrait, à notre tour, regagner la cour et la maison.

 

Grand-mère rinçait alors la laitière blanche au liseré bleu et nous la confiait avec un peu de monnaie. C’était une responsabilité. Les produits de la nature nous semblaient sacrés. Tout était sérieux, même si rien n’était grave.

 

Le monde n’est plus qu’envie. Trouver la vie bonne, une espèce de farce ou la trouver dure, ainsi que le pain de la veille, nous ne la cherchions pas, c’est elle qui nous débusque. Nous avions des mots pour nous battre, des mots pour nous plaindre, des mots pour le plaisir, bien à nous, presque intimes. Insouciants ? Mais bien sûr ! Aujourd’hui, il faut être « ouverts », bienveillants et énergiques. Hors de ces qualités, point de salut. À présent que la guerre est partout, répandue comme un cancer, l’énergie n’est plus dans une bataille. La politique non plus n’est plus une arme, elle ne nous sert que d’alibi. Le combat est toujours ailleurs, toujours plus urgent, plus juste, les réveils ont sonné si tard. Le bon moment, la bonne place, la crédibilité des professionnels, toutes ces tâches, tous ces loisirs, tout cet ennui… Nous voici au temps où l’humain se doit de mûrir plus vite que le blé qu’il sème.

 

Juin 1991

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jeudi, 17 novembre 2005

La vie va… ¡ Viva la vida ! La vida que va… ¿ Porque te vas ?

Depuis des années, je ne m’étais plus risqué à pratiquer l’écriture automatique. Aujourd’hui, cela a donné ça.

Dans le fond de la brume amorphe, il y a des passions pour la forme, des courants compétents qui transitent au bout du fort grêlé de continu. Rire et bruit. Mousse en formation. Crevure épuisée d’époustouflants débris. Je morne, tu mornes, il morne. Le fer a tassé la confirmation du présent. Il y avait longtemps. Je tremble à la poste. Domaine privé dit le patient gardien et les morsures de son chien imaginaire ont enclanché la mauvaise foi du récitant. D’après les correspondances reçues, l’écriture serait suffisamment saucisse. Va savoir pourquoi le temps est juste et il est parti, le temps de s’en apercevoir. Il y avait longtemps, oui… Toutes ces questions posées sont des carottes. Mourons, s’il le faut, et passons la monnaie. Il tremble de peur, le canard vert.

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mercredi, 16 novembre 2005

Trace épuisée

Quand Martine a vu la douzaine de bannières proposées par l’ami Patrick Dalmasso pour notre blog, elle s’est exclamée, à l’ouverture de celle qui a finalement été retenue : « On dirait chez nous ! » Le monde est un livre.

 

Je peux penser le monde sans moi avant ma naissance parce que, par la culture ou simplement l’instruction, je sais ou je puis étudier ce qui s’est produit. Je ne peux pas penser le monde sans moi après ma mort parce que je n’aurai jamais de référent pour le faire. Malheureusement, plus j’étudie l’histoire du monde avant mon humble passage, plus se rapproche l’absence de référent pour après. D’un côté, le temps s’étire et m’éloigne de tout ce qui fut, de l’autre, le temps se contracte et me rapproche du but absurde parce qu’imposé. C’est curieux, cela : lorsqu’on se fixe soi-même un but, on a souvent toutes les peines du monde à l’atteindre ; celui qui nous est imposé, on y parvient tout seul, inéluctablement. C’est mal fait, n’est-ce pas ? Au vrai, le temps n’existe pas, c’est une invention des hommes. La durée existe, la nôtre, pas le temps. La durée, c’est notre empreinte à nous, notre trace épuisée dans la sueur du monde.

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vendredi, 11 novembre 2005

Il sait vraiment tout faire

La nouvelle bannière est signée Patrick Dalmasso, bien sûr.

23:03 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (4)

dimanche, 06 novembre 2005

Il sait tout faire

Merci à lami Patrick Dalmasso pour la nouvelle bannière.

22:35 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1)

lundi, 31 octobre 2005

Pour un portrait, par Martine Layani-Le Coz

Il y a, sur les photos de ma première année, cette petite fille qui hésite à marcher, puis court vers un chat gris, pour une caresse, sous les yeux attendris de sa mère.

 

À présent, si je m’avance seule vers les chats, ils me sont toujours étrangers comme l’étaient les autres dans ma prime enfance.

 

Je vivais alors dans le cocon parental, à l’abri de l’indiscipline où mes questions étranges restaient ignorées. Les remarques d’un enfant de dix ans n’étaient pas prises en considération par les adultes ; je faisais donc ma révolution toute seule, dans ma tête. Et ce sourire persistait, d’une vie sans blessure, un peu niais, affiché en signe de bonne santé sur mon visage, en contredisait l’humeur parfois changeante.

 

À l’adolescence, quand vraiment ce monde qui n’était pas le mien et que, vaguement, je ne sentais fait pour personne, m’a trop heurtée, des professeurs scrupuleux, des amies ont découvert une résistance et un ton de révolte à mon regard.

 

Puis mai 1968 est arrivé sur mes vingt ans : j’ai voulu tout refaire d’un seul trait, mais rien ne m’avait vraiment préparée à la revendication sociale et la gigantesque ouverture de cette année-là s’est refermée, ainsi qu’une plaie, sans avoir pu écouler toute ma rancœur.

 

Puisque, décidément, ce sourire était celui des idiots heureux, il ne me restait plus qu’à tenter de l’être. Depuis, je garde malgré moi ce sourire inconscient. Qui n’a jamais souri pour faire plaisir ne peut comprendre : ce n’est pas un passeport de grande qualité. À côté de la plaque, comme toujours. Mon cadavre aura-t-il aussi ce rictus qui m’emprisonne, ne reflétant que ma bonne volonté ? Toutes les musiques sont bonnes sur les chemins de l’oubli ; quel oubli ? Celui du vide et la déception de n’avoir su tirer profit des jours (prêtés ou donnés ?).

 

Sur les photos, je suis un peu raide et mes grimaces ne cachent qu’une irrésolution à rester parmi vous. Alors, je parle pour tenter d’expliquer et j’ai la bouche ouverte et les mains en l’air. Mes yeux de myope, à jamais perdus dans le vague, se cachent derrière des lunettes. Ne subsiste que mon nez en trompette, pour annoncer à mes voisins qui je puis être. Comment se fier à un nez ? C’est pourtant dans le visage ce qui vieillit le moins ; on le conserve toute sa vie, à moins d’un accident.

 

Pas de quoi faire une histoire...

 

(1988)

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lundi, 24 octobre 2005

Jour neuf

Une soirée et une nuit d’horreur. Une journée entière à dormir. Une autre, dans le brouillard. Puis tout doucement, vraiment très doucement, la douleur le tordit moins, la lumière revint et les couleurs avec elle. Une journée encore pour tenter de retrouver ses membres et d’être à peu près sûr de leur fonctionnement. Une journée enfin à tenter de sortir durant deux heures, au moment le plus chaud, à petits pas, comme un ancêtre oublié déjà des siens et de lui-même. Des dizaines de petites pilules de toutes les couleurs. Un régime sévère et surtout épuisant de monotonie. Dans sa boîte à lettres électronique, il reçut trois fleurs mauves. Les examinant et les comparant aux dessins figurant dans une flore, il reconnut des fleurs d’amitié. Tout compte fait, le lundi matin, il put ressusciter.

10:45 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (7)

vendredi, 14 octobre 2005

Quelque chose m'échappe

Il faut quand même que je dise  un mot de ça, parce que ça me travaille…


Depuis l’ouverture de ce lieu, je reçois régulièrement des messages me disant, en substance, que le niveau de ce qu’on peut y lire est très élevé et, pour certains, terrorisant. D’autres encore sont partis, entre autres pour ce motif.


Diable !


Il y a ici, dans la mesure où j’ai pu avoir connaissance du métier de chacun, des professeurs de toutes disciplines (pas seulement de lettres), des éditeurs, des étudiants, d’anciens libraires, des philologues, des littéraires en général, des cinéphiles. Beaucoup de participants se piquent d’écrire. Et ce sont ceux-là qui me disent à moi, presque entièrement autodidacte, qu’il est ardu de se promener rue Franklin ? Par exemple !


Quelque chose m’échappe.

17:05 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5)

mercredi, 05 octobre 2005

Octobre

Octobre, je ne le verrai pas. Octobre est resté à la campagne, dans la nature qu’il habille de ses collections d’automne. Ses écharpes de brume sont nouées au cou des collines, ses tailleurs de lainage roux habillent les vallées, ses corsages feuille-morte drapent les bustes splendides des coteaux. Son mascara souligne les horizons. Aujourd’hui, Paris-la-grise, comme dit la chanson. Paris comme je l’aime, un peu brumeuse, pas trop, sans pluie. Un camaïeu gris, trottoirs, toits de zinc, ciel fermé. Ce n’est pas Paris que je déteste, c’est la vie qu’on y mène. Octobre est resté à la campagne et le froid fait trembler les jambes des femmes sans amour.

14:15 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (14)

mardi, 04 octobre 2005

Précision

Je voudrais préciser une chose qui me paraît importante, compte tenu des commentaires recueillis par le billet intitulé Cinéma inexistant.

On ne trouvera pas ici de notes de lecture, de notes sur des films, des expositions, des disques, des concerts ou ce qu’on voudra. Du moins, en tant que telles. Si je suis amené à évoquer, voire à critiquer, même durement, une œuvre, ce sera toujours dans l’optique d’un débat bien plus élargi, toujours dans le cadre d’une problématisation – le terme n’est pas élégant, tant pis. Je l’ai déjà dit, dans l’autre blog comme ici, je ne suis pas journaliste, ne traite pas l’actualité (en tout cas pas systématiquement), ne suis inféodé à personne, ne suis pas salarié par la Blog & Co Inc. ni par la Rue Franklin, Ltd., ne fais pas partie d’un groupe de presse.

Mon point de vue demeure toujours personnel, sans prosélytisme, et dérive souvent vers les questions de création artistique en général, littéraire en particulier. Je ne suis pas feuilletonniste et ne donne pas mon avis, en attendant que les commentaires me renvoient celui des autres. Non que celui-ci ne m’intéresse pas – pourquoi tiendrais-je un blog, alors ? – mais parce que je voudrais plutôt inviter chacun à aller plus loin en ma compagnie, comme en celle des autres amis qui participent aux discussions. Aller plus loin.

17:05 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (2)

Cartouche neuve

Changer la cartouche d’un stylo, c’est comme ouvrir un cahier neuf. Un monde, et des désirs d’écrire. Et puis voilà : quoi ? Nous sommes des pieds avec des désirs de marche – mais quelle est la route ?

 

Marguerite de Servanches.

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vendredi, 30 septembre 2005

Hauts murs, 2

Oui, je pense vraiment aller passer quelques jours dans un couvent, à Vaylats (Lot), l’été prochain. La fascination que j’éprouve pour ce type d’architecture y prendra le temps de se raisonner, sera mise à l’épreuve des faits. J’aurais préféré le couvent de Gramat, mais la location de logis n’y est pas possible. Là, sont des jardins qu’heureusement on visite. Des jardins ? Un véritable parc, immense, comprenant des enclos avec des animaux, des cultures de plantes médicinales, un « jardin des couleurs » merveilleux, des expositions, la reconstitution de l’ancienne buanderie, du four à pain… Comment ne pas reconnaître que j’ai là ma place tout indiquée ? Cette image, d’ailleurs, en témoigne.

medium_l_enclos2.jpg

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lundi, 19 septembre 2005

Ainsi parlait le paysage, 3

Dans les deux précédentes notes de cette série, parues dans lancien blog, le paysage interdisait, puis commandait.

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Ici, il réserve, ce qui est au fond une façon dinterdire. Quant aux marchés, il en existe vraiment de toute sorte.

Quand je pense que quelquun a écrit un livre intitulé On nemporte pas les arbres. Ce nest même pas vrai...

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samedi, 17 septembre 2005

René

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Mon père tenait dans sa main

Toutes les forêts familières

Mon père tenait dans sa main

Toutes les boucles des chemins

 

(…)

 

Mon père tenait dans sa main

Toutes les lampes des chaumières

Mon père tenait dans sa main

L’ombre soyeuse des sapins

 

(…)

 

Mon père tenait dans sa main

Toutes les sources de la terre

Mon père tenait dans sa main

L’étoile froide des matins

 

(…)

 

Loin derrière et puis loin devant

La terre a la couleur du vent

Dans les jardins plantés en pente

Les oiseaux sont des fleurs volantes

 

Luc Bérimont

 

 

 

 

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Septembre

Septembre a la peau moite. Il se fait lourd sur la ville aux arbres que leur condition de prétexte angoisse. Le septembre urbain sent la voiture et l’huile de vidange. Il a la couleur du flic de service : septembre est bleu-marine. Son air collant empoisse le béton. Les feuilles des platanes craquent dans la cour comme si Jupiter marchait dans un sous-bois, quêtant une terrienne aux cheveux défaits et aux seins ronds et blancs. Le gravier se prend pour un chapelet et le vent le chasse en priant. L’oralité du vent est, en septembre, le cantique patient de l’attente.

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mardi, 13 septembre 2005

Deux notes du blog précédent

mercredi, 24 août 2005

Août, 2

Rien à faire, l’été s’obstine à s’éteindre. Il conserve une peau douce et quelques traits de mascara vert, mais une sueur froide a pris son front et le ceint d’abandon. Ses  lauriers ternissent. Il semble qu’une main gigantesque l’attire sinistrement vers un gouffre sombre et qu’il n’ait guère le goût de résister. Le vent donne la parole au feuillage des chênes que leur seul nom de « vert » paraît garantir du naufrage. Leurs glands tombés s’embrument de vieillesse. Dans les branches, un bruit régulier signale la présence d’une bête invisible. Ce n’est pas un oiseau, peut-être un écureuil, cet enfant de rousseur aux yeux d’outre-monde. Sous les pas du promeneur, les feuilles mortes déjà craquent sensiblement, comme la mémoire d’une force enchaînée, éteinte. Les mûres ont noirci, mais pas toutes. Chaque journée en fera rougir puis foncer de nouvelles. Parfois, d’immenses ronces recourbées en protègent les grappes. Certains ronciers sont stériles. À quoi peut bien servir un roncier stérile ? Dans les pierriers, les ronces s’agrippent au temps qui passe.

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samedi, 20 août 2005

Août

L’été se casse lentement. Il a passé une chemise de vent et s’est curieusement coiffé. Il lui arrive de pleurer ce qu’il pressent de son avenir. Les murs de son appartement de collines seront à repeindre l’an prochain. Il faudra aussi changer la moquette, au printemps. Son souffle est moins ample, il respire à plus petites bouffées, s’économise. Il devient raisonnable. De pamphlétaire, il vire au feuilletoniste. Sur le plateau du tourne-disques, un enregistrement de poèmes du XVIe siècle. De magnifiques blasons. Ce qu’il ne fallait pas faire pour amener la belle au déduit, tout de même ! C’est charmant – et quel talent ! Dans les verres, un bordeaux très honnête sinon grand. Le pain s’ouvre sous le couteau, le fromage sent le fromage. Fichu pays de France… Dans les sous-bois déjà, des morceaux d’or chutent gracieusement et forment au sol la litière des dieux. La fougère, cette barbe de trois jours des coteaux mal rasés, brunit rapidement. Il semble que les routes tortillonnent vers l’oubli. Sur le bas-côté, les gravillons et l’herbe folle ont scellé leurs destins.

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Les trois dernières notes du blog précédent

dimanche, 11 septembre 2005

Pour finir

Le nombre de mes ennemis présents sur la Toile ne cesse d’augmenter. Je les dérange en existant, en somme. Tout cela n’est pas très important. J’ai autre chose dans ma vie. Toutefois, je n’ai pas d’énergie à consacrer à des débats stériles avec eux, c’est très ennuyeux, lassant.

J’ai dit cent fois ici et ailleurs que ce blog n’était pas indispensable à ma survie. Mes réflexions sur les blogs et l’utilisation qui en est faite, qui pourrait surtout en être faite si le monde était intelligent, montrent – du moins, je le pensais – que je n’agis jamais sans réfléchir à ce que je fais, à sa nature, à sa très éventuelle valeur. Imaginer que, ce faisant, je me prends au sérieux serait une erreur. Bah, brisons là.

Ce lieu fermera donc dimanche prochain, le 18 septembre au soir. Je laisserai cette note affichée une semaine, afin d’informer ceux que mes petites bêtises intéressaient, pour qu’ils ne se cassent pas le nez sur une porte fermée, avec cette désagréable mention : « La page est introuvable ». Les commentaires restent ouverts, mais cette fois, je n’y répondrai pas.

Je n’ai aucune colère, aucune animosité, aucune aigreur.

Amitiés à tous. Bonsoir.

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jeudi, 08 septembre 2005

Les mémoires du taulier

Entre 10 et 11 h 30 environ, la fréquentation de ce blog connaît une pointe. Chaque jour, sans exception, le confirme. Lorsqu’il n’y a pas de nouvelle note, elle baisse rapidement, juste le temps, je suppose, pour les visiteurs, de lire les derniers commentaires, ceux de la veille, de la nuit, du matin, avant de s’en aller.

D’où la question que se pose, forcément, le taulier. Doit-il publier une note chaque jour ?

En juin dernier, je l’ai fait par jeu. Ce n’était pas très intéressant pour moi, même si, pour les autres, c’était varié. Disons-le : on ne peut pas faire une note par jour. J’entends : un texte d’une longueur au moins moyenne, qui dépasse tout de même les trois lignes, avec ou sans photographie, et qui ait une signification si possible autre qu’anecdotique. Mon but n’est certes pas de critiquer ceux qui le font, je ne livre ici que des considérations personnelles.

Donc, et ce n’est pas la première fois que j’en parle ici, mais c’est peut-être parce que j’y pense souvent, je me demande ce que viennent chercher les lecteurs. J’ai la chance d’avoir un public dont les réflexions dépassent « Moi aussi », « Ah oui, c’est vrai », et ce, que nous soyons ou non d’accord. Mais, en tout état de cause, je le répète, ici, le patron sert ce qu’il veut. Je refuse de tomber dans le piège du « Qu’est-ce que je pourrais bien leur raconter aujourd’hui ? ». Je persiste à dire que les forums sont plus riches que les blogs dans leur principe, parce que chacun peut proposer des sujets, lancer des discussions. Dans le blog, la plupart du temps, les commentaires sont liés au billet initial : ici, et j’en suis heureux, ils s’en détachent souvent, des conversations naissent alors entre les participants, ce qui finalement recrée un forum.

Autre sujet d’interrogation : jusqu’où dois-je rester courtois ? Il se trouve que je ne fais aucun effort, c’est ma tendance naturelle, ici et dans la vie. Mais je ne peux m’empêcher de réfléchir à cela. S’il se dit ici des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord, quelle doit être mon attitude ? Je suis sûr d’une chose : je n’ai jamais effacé ni caviardé aucun message et je ne le ferai jamais (il ne manquerait plus que ça !). Il a pu m’arriver de laisser dire, voire de protester sans trop de vigueur. C’est le débat dans lequel je me trouve à présent. Ma tendance naturelle, encore elle, est : « Cause toujours ». Donc, je ne dis rien. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas. Toutefois, je déteste la polémique. Par conséquent, il est difficile de cerner mes possibilités de protestation et leurs conséquences éventuelles. Il est certain toutefois que je ne laisserai pas dire d’énormités dans ces pages sans gueuler un brin.

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mercredi, 07 septembre 2005

Un texte de Luc Bérimont sur la critique


Voici une opinion de Luc Bérimont (1915-1983), poète et écrivain français trop oublié. Elle a été publiée dans la revue Tel Quel. Je ne puis malheureusement pas préciser la date de la livraison, mais on sait que Tel Quel a paru à partir de 1960.
Quelques aspects de ce texte, peu au bout du compte, ont vieilli. Pour le reste, cette glose, d’une belle exigence, demeure considérable et proche de notre temps. Je n'en déteste pas la clausule.


J’attends de la critique qu’elle soit « éclairante », c’est-à-dire qu’elle me renseigne sur mes erreurs et sur mes fautes de parcours. J’attends aussi qu’elle comprenne le chiffre du livre, qu’elle décrypte, qu’elle m’aide à mieux m’enfoncer, à mieux entrer dans le jeu qui est le mien, dans la combinaison qui est la mienne à mon insu. Or – à une ou deux exceptions près – la critique (qui devrait servir de pont entre l’écrivain et ses lecteurs) est résolument tournée vers le public, à qui elle adresse des clins d’œil – quand elle ne fait pas des bons mots ! Le critique fait la roue, étale son érudition, masque le livre qu’il a pour mission d’éclairer. Le raisonnement analogique, les données comparatives, embrouillent encore plus, s’il se peut, les conclusions hasardeuses des docteurs. J’ai été, pour un roman récent, comparé tour à tour à Cronin, à Malaparte, à Camus, à Kafka et à Barbey d’Aurevilly. Je m’excuse de ne pas me sentir flatté de ces patronages illustres. Et surtout, je voudrais comprendre ce qu’il peut y avoir de commun entre Cronin et Malaparte ? Je sais bien qu’il y a un livre – le livre ! – écrit tous les deux ou trois siècles, et que tout le monde imite, interprète ou recopie, ou prolonge. Mais cela m’aiderait tellement si la critique était d’accord sur le livre que je prolonge, moi !...

Donc, et en conclusion, il est inutile de s’écrier : « Il n’y a plus de critique », ceci en levant les deux bras. « Plus de critique depuis Thibaudet ! » (sic). Il n’y a sans doute jamais eu de critiques « créateurs », au sens noble de l’expression. Si, Bachelard était un critique créateur. Mais était-ce un critique ? Pas une fois, il n’a sacrifié à l’anecdote, au pittoresque, au goût du jour. Il y a, d’un côté, la critique à ce niveau-là et, de l’autre, les échotiers. Le nom est d’autant plus justifié que, de nos jours, le critique ne lit plus – sinon « en diagonale ». La fréquentation des milieux littéraires, des cocktails et des confrères suffit à l’alerter. « Bel écho. Criez fort ». Ceci explique pourquoi tout le monde parle du même livre, en même temps : en chaîne. La curiosité, le crédit littéraire, sont morts depuis longtemps. Les mauvais écrivains célèbres les ont tués. Je comprends du reste parfaitement que la nécessité où se trouve le critique d’un grand journal de parler du dernier roman de la strip-teaseuse à la mode ou de la récente autobiographie de l’abominable homme des neiges ait dégoûté et détourné notre homme de la littérature. Un critique posait récemment la question : « Si Montaigne vivait de nos jours, trouverait-il un éditeur pour ses Essais ? » Franchement, je ne le crois pas. De même que je ne crois pas qu’il trouverait deux lecteurs parmi ces professionnels de la critique qui ne cessent de l’invoquer. On joue bien avec Robbe-Grillet, mais on sait que personne ne l’a lu. Alors ?... Alors, si l’un de nous a du talent, cela se saura dans un siècle ou deux : juste après la guerre atomique à laquelle personne ne croit mais qui aura lieu quand même. Je le parie sur nos ossements.

14:50 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

Pour commencer

Et voilà.

Je n’allais pas me taire, tout de même. Je ne me suis jamais tu. « La bêtise au front de taureau » dont parlait Baudelaire n’emportera pas tout sur son passage. Il suffit de renaître, c’est très facile. Pour cela, un retour au lit qui nous vit apparaître est rapidement fait. 14, rue Franklin, je suis venu au monde, « sous le signe du paratonnerre » comme je me plais à le dire, pour plaisanter.

14, rue Franklin, je renais aujourd’hui. Mon décès aura duré vingt-quatre heures. Bienvenue.

Évidemment, créer un lieu public et en limiter l’accès peut paraître paradoxal, surtout pour quelqu’un qui ne vit que pour partager. Qu’y faire ? Il faut avancer. Trop peu d’énergie pour lutter contre les abrutis et les jaloux… Trop vieux pour ça, peut-être.

On repart.

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