Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 30 novembre 2005

Aillant, par Martine Layani-Le Coz

J’ai touché de ma main le temps qui s’écoule. Le bruit des pas sur les petits cailloux s’associe au vol discret des insectes. Je sais que je m’accroche à ces chants parce qu’ils m’arrachent au présent. Cette sérénité trompeuse pousse à l’inertie. Mes cheveux sont des herbes, mes yeux des pétales qui se ferment la nuit. Le souvenir d’une enfant qui courait au soleil se distille lentement. Mon regard s’arrête aux dessins des assiettes, retenant ma mémoire aux pointes des grilles bleues, ouvragées comme autant d’étés passés.

 

Il y avait le trot éclatant des chevaux sous les charrettes grinçantes, le braiment d’un âne ouvrant la matinée, l’odeur mélangée de l’herbe et du lait. Sans autre souci que leur perception, notre enfance s’allongeait jusqu’à la nuit tombée. Comblés nous étions, ô combien plus que ces charmants bambins que console accessoirement la richesse. Ici mieux qu’ailleurs, s’approche-t-on de soi-même. Le silence y résonne de voix familières, tant de rires, de joies, de colères enfantines ; la découverte de nos secrets de polichinelle valait bien le marc de café.

 

Et voici que les roses ont remplacé les lys ; le ciment a pris la place des briques. Une grille noire succède à la grille verte et la sonnette à la clochette qui s’est tue. Il ne passe plus devant la maison que des autos, des camions, incongrus dans ce qui reste un village pour nos souvenirs. J’ai peur qu’un été, nous n’y voyions plus de papillons. Chaque brique rouge avait gardé sur les hivers un œil ouvert. Les nuages peuvent se succéder devant le ciel bleu, les arbres peuvent tendre leurs branches vers ces voyageurs lointains, quelque chose en eux s’évanouit déjà. Leur substance, de même que la nôtre, n’est pas faite pour la durée. La pierre vit à un autre rythme, d’autres vies nous regardent passer avec envie, sans comprendre. Connaître sa juste place est le parti-pris du bonheur. Derrière les gestes de la vie, nous cherchons notre position, et plus notre conscience s’ouvre à la taille de l’environnement, plus il devient difficile de cerner notre creuset.

 

Il est bien loin le temps où les fils électriques étaient si peu tendus qu’au travers des chemins, les hirondelles sautaient à la corde. On passait nos vacances, avec un peu de chance tout l’été, chez des oncles ou des grands-parents. En fin d’après-midi, quand le soleil chauffe un peu moins fort, les chevaux revenaient des champs. Les charrettes débordantes qu’ils tiraient en peinant du haut en bas et puis retour, par les raidillons, encouragés de force hue et dia, portaient jusqu’à la cour de notre maison leur odeur fauve et salée. Sitôt les premiers grincements de moyeux entendus, nous courions jusqu’à la grille et demandions la permission de sortir pour admirer ces bêtes courageuses. Nos héros à crins jaunes ou marron hennissaient en passant et déposaient parfois un crottin chaud devant nos regards attentifs. Le jardin avait besoin d’engrais. On prévenait le grand-père qui allait, à la suite des croupes ondulantes, récolter avec promptitude ces boules précieuses. Nous tenions, en procession, la pelle et la binette, et lui, poussant la brouette, souriait sous sa casquette.

 

Arrivés au jardin, la tête encore perdue dans les chemins qui longent les champs, nous restions sous les arbres fruitiers ou dans les allées, seuls accès autorisés à nos pieds maladroits. Nos joues se coloraient de soleil au-dehors et de cerise au-dedans. Les groseilles qu’on croquait à même l’arbuste envahi de toiles d’araignées, étaient à notre portée. Quand le travail se prolongeait et que les vaches appelées au secours de notre oisiveté devaient rentrer, nous savions qu’il nous faudrait, à notre tour, regagner la cour et la maison.

 

Grand-mère rinçait alors la laitière blanche au liseré bleu et nous la confiait avec un peu de monnaie. C’était une responsabilité. Les produits de la nature nous semblaient sacrés. Tout était sérieux, même si rien n’était grave.

 

Le monde n’est plus qu’envie. Trouver la vie bonne, une espèce de farce ou la trouver dure, ainsi que le pain de la veille, nous ne la cherchions pas, c’est elle qui nous débusque. Nous avions des mots pour nous battre, des mots pour nous plaindre, des mots pour le plaisir, bien à nous, presque intimes. Insouciants ? Mais bien sûr ! Aujourd’hui, il faut être « ouverts », bienveillants et énergiques. Hors de ces qualités, point de salut. À présent que la guerre est partout, répandue comme un cancer, l’énergie n’est plus dans une bataille. La politique non plus n’est plus une arme, elle ne nous sert que d’alibi. Le combat est toujours ailleurs, toujours plus urgent, plus juste, les réveils ont sonné si tard. Le bon moment, la bonne place, la crédibilité des professionnels, toutes ces tâches, tous ces loisirs, tout cet ennui… Nous voici au temps où l’humain se doit de mûrir plus vite que le blé qu’il sème.

 

Juin 1991

21:10 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (3)

mardi, 29 novembre 2005

Une opinion de Pierre Magnan

Je relaie une note de l’écrivain Pierre Magnan, publiée sur son site (http://www.lemda.com.fr/) dans la « Rubrique de l'indigné permanent ». C'est une belle leçon de liberté émanant d’un homme né en 1922.

 

Il est grand dommage que le dernier numéro des dossiers du Canard enchaîné intitulé « Comment les hypers gagnent » paru au début octobre 2005, ne soit pas lu par les soixante millions de consommateurs car ils y apprendraient des choses succulentes. Entre autres et par exemple, la technique du « remballe » qui consiste à changer les emballages des produits en fin de course pour les remettre en vente après avoir modifié la DLC (date limite de consommation). Ceci est légitime aux yeux de certains commerçants avisés mais ce qui l’est moins c’est que le « remballe » n’est pas un délit en soi. Aucune réglementation nous dit le Canard n’impose de norme stricte au commerçant pour établir le délai de consommation de la viande.

 

D’autres coups fourrés tout aussi défrisants (et tout aussi dragueurs de gastro-entérites qui drainent les patients vers la sécurité sociale en déficit) sont dénoncés au cas par cas dans cet album qui ne manque pas de nous faire rire jaune.

 

Néanmoins le Canard attaque les supers et les hypers, ce qui est louable mais il omet de dénoncer l’illettrisme dans ce domaine, du consommateur de base. Il n’y a pas d’alphabétisation contre les nouveaux morticoles, ceux que J.-J.Gauthier appelait naguère « les assassins d’eau douce ».

 

On apprend depuis longtemps aux ménagères à balancer leur sac à main bien lesté sur les loubards qui en veulent à leur portefeuille mais pas à aller entarter le directeur de supermarché ce qui rendrait la profession beaucoup moins glorieuse ! Même si c’est sur ordre verbal de ces patrons qu’il vient de leur refiler un sachet de surgelés dont la chaîne du froid a subi trois ou quatre ruptures avant d’arriver au consommateur.

 

Comment faire ? Par les horaires de tous savamment calculés pour, en toutes choses, laisser le moins de temps possible à la maturation du discernement, laquelle a besoin de temps ; l’assommoir des sonos tonitruantes qui abrutissent et désorientent, tout est fait pour nous pousser pieds et poings liés vers les caisses enregistreuses avec des caddys surpondérés (comme dit la Bourse) par des packs qui vous obligent à prendre quatre articles à la fois alors qu’un seul suffirait ; par des emballages aux couleurs attrayantes mais vides au tiers parce qu’un emballage volumineux (c’est calculé par ordinateur) est plus tentant qu’un minable petit kilo strictement serré par un carton dans ses limites naturelles. (Nos poubelles pléthoriques sont pleines d’un vide qu’on néglige de compresser !)

 

Comment faire ? Comme toujours ce combat sera une longue patience. Il faut créer dans les écoles un espace de temps pour enseigner dès le plus jeune âge à résister à la publicité sous toutes ses formes ; enseigner le mécanisme par lequel on conditionne le consommateur à acheter deux fois plus que ce dont il a besoin. Il faut enseigner à l’école avec obstination qu’égaler son prochain en étalant comme lui la même paire de chaussures, le même blouson, la même casquette, le même cartable, les mêmes rollers perfectionnés et peints en jaune, n’est pas une originalité mais une imitation servile.

 

Je suis bien tranquille : une petite minorité seule se dégagera pour profiter de cet enseignement mais ceux-là seuls seront demain maîtres de leur destinée, les autres seront des esclaves. C’est ainsi que je me suis enseigné et renseigné dès mon plus jeune âge. S’il suffisait que ces lignes soient captées et entendues par un seul individu, ce serait déjà une victoire insigne.

07:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (7)

lundi, 28 novembre 2005

La boue et la grâce, 2

Les droits du Journal de Goebbels seront donc versés à la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Soit.

 

Précisons ici ce qu’on entend habituellement par « droits ». N’allez surtout pas imaginer que l’éditeur de cette cochonnerie ne touchera rien. Les bénéfices de l’éditeur, s’il y en a, et il y en aura, ne sont pas considérés comme des droits. De quels droits s’agit-il alors ? Certainement pas de ceux des traducteurs. On ne voit pas pourquoi les trois traducteurs professionnels, Dominique Viollet, Gaël Cheptou et Eric Paunowitsch, ne serait pas payés pour leur travail, un travail d’ailleurs considérable. Grands dieux, pourquoi ont-ils accepté une telle commande ? Si j’étais traducteur, je refuserais tout net ce genre de besogne.

 

Les droits de Pierre Ayçoberry, qui a établi et annoté le texte français ? Sûrement pas.

 

Alors, les droits de qui ? Les droits d’auteur. Il n’y en a pas d’autres. Or, l’auteur est mort. S’il avait pu mourir beaucoup plus tôt, d’ailleurs, c’eût été encore mieux. Il faut donc chercher du côté des ayants-droit. Qui est l’héritier de Goebbels ? Un banquier suisse. François Genoud est l’héritier de Goebbels et d’autres dirigeants nazis, si j’en crois Le Point du 24 novembre 2005. Ce serait donc ce monsieur qui, très large, n’est-ce pas, très généreux, donnerait ses droits. Quelle hypocrisie. Comme je suis infiniment naïf, j’aurais pensé, a priori, que l’héritier de Goebbels se serait fait tout petit, aurait bien pris soin de cacher une telle ascendance ou, s’il n’a pas avec le fou de liens de famille, une telle relation, et n’aurait en aucun cas autorisé la publication des ordures du malade.

 

Au lieu de cela, ce type s’en sort avec les honneurs, passe pour généreux et pour racheter l’horreur.

 

Oui, je suis très naïf.

10:30 Publié dans Édition | Lien permanent | Commentaires (19)

samedi, 26 novembre 2005

La boue et la grâce

Les éditions Tallandier publient le premier tome du Journal de Goebbels. Ce volume sera suivi de trois autres.

 

Je suis tombé hier sur ce livre, qui m’a fait me poser mille questions.

 

Il est précisé que les droits correspondants seront versés à la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Je crains qu’il ne s’agisse d’un effet pur et simple. Les sommes, sans doute, ne seront pas significatives et la Fondation ne sera guère avancée dans son action. Au rebours, le mal que pourront faire de telles « idées » sera forcément plus important. Je demande : qu’est-ce que publier les délires de Goebbels dans un pays où Mein Kampf est interdit ? Où veut-on en venir ? Le nazisme est le mal absolu – il s’est bien appliqué à le prouver, me semble-t-il – et les journaliers de Goebbels ne peuvent pas, à mon avis, être considérés ainsi qu’un document historique comme un autre. Le nazisme n’est pas anodin. Une édition scientifique de ces saloperies n’est pas une édition scientifique comme une autre. On peut, même si l’on déteste Napoléon, lire sa correspondance ou le Mémorial de Sainte-Hélène de Las Cases sans risque majeur pour l’avenir de l’humanité. On ne peut pas lire l’hystérie nazie sans risque, même si l’on est cuirassé, blindé, bétonné.

 

Car il faut dire une chose.

 

Nous en arrivons au point de la responsabilité éditoriale. Je m’explique. J’ai tenu dans mes mains cet ouvrage. C’est un livre magnifique. D’un format légèrement supérieur à la moyenne des publications, d’une épaisseur en parfait accord avec ses dimensions, il possède par conséquent une main merveilleuse. C’est terrible : ce livre est sensuel. C’est affreux. Il est extrêmement bien présenté, très bien imprimé, avec des marges agréables, bref, il est presque parfait en tant qu’objet. C’est même un des plus beaux livres qu’il m’ait été donné de voir depuis fort longtemps : le danger est immense. Il est rendu plus grand encore par le portrait du sinistre bonhomme qui figure en couverture. Un portrait était-il nécessaire ? Une couverture typographique n’eût-elle pas suffi ? Le portrait en question étant de grande qualité, le diariste risque de paraître séduisant.

 

Vous savez que l’édition est un de mes dadas. J’étudie les problèmes du livre depuis trente ans au moins et je pense connaître l’effet que peuvent avoir les livres sur le public, avant même d’être lus. Celui-ci est trop beau pour le poison qu’il contient. L’abjection n’a pas besoin d’être fleurie. La boue ne doit pas être ornée des rubans de la grâce. C’est bien trop risqué. Cela ne s’arrête pas là. En quatrième de couverture, une photographie en couleurs montre Goebbels aux côtés d’Adolf Hitler. Les deux hommes rient. Une image en couleurs des premières années 40, ce n’est pas fréquent et donc d’autant plus attirant pour l’esprit, la curiosité. Toujours en quatrième de couverture, figurent quelques mots de l’auteur du Journal, disant en substance que, parfois, Hitler lui demandait de rester avec lui parce qu’il avait beaucoup de choses à lui dire et que sa présence le rassurait ; le fou malade explique qu’il se sentait très honoré de cela. C’était exactement le genre de propos qu’il ne fallait pas reproduire : ils induisent un Hitler proche, affectueux, demandant à être rassuré (!).

 

Je résume : un texte dangereux et puant est édité dans une superbe présentation avec une couverture attirante. Il paraît un mois avant Noël. J’ajoute que, pour 766 pages de texte, ce volume ne coûte que 35 euros. C’est inadmissible. À titre de comparaison, le tome premier de la Correspondance générale de Verlaine (1857-1885) proposé cette année par Fayard dans l’édition de Michael Pakenham, coûtait 45 euros. C’était cher, j’avais abordé ce sujet dans un article de mon ancien blog. Toujours par comparaison, Le Corbusier, la planète comme chantier de Jean-Louis Cohen paru chez Textuel dans la collection « Passion » (191 pages très illustrées) est vendu 49 euros. C’est cher aussi. Verlaine et Le Corbusier me paraissent pourtant avoir été plus utiles à l’humanité que le pitre infâme Goebbels. Autrement dit, la monstruosité, l’ignoble, la honte de l’histoire ont droit à un prix raisonnable. Je ne sais pas à quoi l’on joue mais je sais que c’est avec le feu.

13:10 Publié dans Édition | Lien permanent | Commentaires (17)

vendredi, 25 novembre 2005

Un chien vaut mieux que deux tu l’auras

Petit jeu du vendredi. Jeu de langue, en vérité.

 

Si les enfants ont la tournure animalière aisée et fréquente, les adultes ont aussi, dans leur langage familier, cette même habitude. L’allusion canine, surtout, pullule dans notre parler.


Elle peut être métaphorique : un temps de chien ; la queue basse ; la queue entre les jambes ; baisser (ou dresser) l’oreille ; ne sois pas chien ; je lui garde un chien de ma chienne ; fidèle comme un chien ; avoir du  flair ; donner (laisser) sa part au chien ; jeter (livrer) aux chiens…


Elle est aussi du domaine des proverbes : les chiens ne font pas des chats…
 

D’autres expressions vous viennent-elles à l’esprit ?

jeudi, 24 novembre 2005

L’Unicef tire la sonnette d’alarme sur l’excision

Je reproduis une dépêche de l’AFP, en date du 24 novembre 2005.

 

L’excision est un phénomène dont l’ampleur avait été jusqu’à présent sous-estimée et qui est en voie de globalisation, selon un rapport publié jeudi par l’Unicef.

 

« L’excision touche beaucoup plus de femmes qu’on ne l’a estimé auparavant », indique l’agence de l’Onu pour l’enfance, dans une étude sans précédent sur les pratiques de mutilations génitales féminines (MGF). Environ trois millions de femmes sont victimes de l’excision chaque année rien que sur le continent africain, selon l’organisation. Cent à cent quarante millions de femmes à travers le monde auraient subi, à divers degrés, une mutilation sexuelle, selon des estimations publiées par le rapport. Sa pratique, qui est étroitement liée à l’appartenance ethnique, semble être en déclin dans certains pays (Bénin, Bukina Faso, Nigeria, Yémen), mais reste stable dans d’autres (Côte d’Ivoire, Égypte, Niger, Soudan). Selon les pays et les traditions locales, les MGF incluent des pratiques qui vont d’une coupure au clitoris jusqu’à l’ablation totale des parties génitales externes et la suture de la vulve. « Cette pratique constitue une violation du droit des filles et des femmes à l’intégrité physique, porte atteinte à leur liberté et constitue une forme extrême de violence et de discrimination », selon l’Unicef. L’excision est interdite par les législations nationales de nombreux pays africains et du Moyen-Orient et est condamnée par la Convention internationale sur les droits de l’enfant, rappelle le rapport. Elle n’est prescrite par aucune religion, même si des justifications religieuses sont souvent avancées par ceux qui la pratiquent. Parmi les tendances relevées dans le rapport   fruit de deux ans de recherches par des agences onusiennes et des ONG locales l’Unicef note la globalisation du phénomène. L’excision ne se limite plus au seul continent africain mais est également pratiquée au Moyen-Orient et dans les communautés immigrées en Occident (Europe occidentale, États-Unis, Australie, Nouvelle Zélande). Mettre un terme au développement de ce phénomène s’avère une tâche difficile, selon le rapport. « L’excision est une convention sociale profondément ancrée » dans certaines sociétés, estime le rapport, soulignant que les familles qui ne s’y plient pas risquent souvent d’être stigmatisées. L’Unicef en appelle à une campagne accrue au niveau des pouvoirs publics, des systèmes éducatifs et des médias, afin de créer un lien entre les solides garanties légales qui existent sur la question et les communautés concernées.

16:22 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (6)

mercredi, 23 novembre 2005

Loger les blousons

Un des ridicules de la République est le vote de lois qui ne sont jamais respectées. Celle qui impose aux communes vingt pour cent de logements sociaux en est une remarquable illustration.

 

La semaine dernière, Le Parisien, avec le sens de la retape qui le caractérise, titrait en une et en gras sur les communes hors-la-loi. De fait, un certain nombre de maires ne veulent pas entendre parler du logement social : ils évoquent le coût du mètre carré dans leur ville, le manque d’espace, tout ce qu’on voudra. La seconde opposition au logement social vient de leurs administrés qui, eux-mêmes, n’en veulent pas, au motif que leur commune doit maintenir son standing : j’ai lu les propos d’une commerçante qui, sans rire aucunement, déclarait que le logement social, cela signifiait qu’on verrait dans les rues des gens en blouson. Mais si, mais si. Ne riez pas.

 

Comme toute loi, celle-ci prévoit des amendes pour les contrevenants. Dans ce cas précis toutefois, les maires et leurs administrés préfèrent – et le disent – les amendes à la construction de HLM. Les citoyens de ces communes se déclarent prêts à accepter une augmentation des impôts locaux (conséquence inévitable des pénalisations). Tout plutôt que d’accueillir des personnes à revenus modestes. Sans parler, bien entendu, du racisme évidemment tu, mais qui irrigue ces propos.

 

Jacques Chirac vient d’exiger l’application de la loi. Il demande aux préfets de faire le recensement des villes contrevenantes avant la fin de l’année et de les pénaliser. On veut croire que cela se fera...

10:50 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (11)

mardi, 22 novembre 2005

Expérience du monde de l’édition, par Feuilly

L’ami Feuilly nous fait part ici de ses démêlés éditoriaux.

 

F. Weyergans, qui vient d’obtenir le prix Goncourt, a fait un roman sur la difficulté d’écrire un roman. Ne pourrait-on en faire un sur la difficulté que rencontrent certains à se faire éditer ?

Voici, pour ceux que cela tenterait, un exemple tiré de la réalité. Il n’y a plus qu’à broder là-dessus, transformer quelque peu les données et vous obtiendrez un roman qui ne sera peut-être pas mauvais, mais qui à son tour… ne sera jamais publié.

 

***

 

Un lecteur assidu décida un jour de prendre la plume. Modestement, il commença par quelques nouvelles. Les mois passant, les feuilles s’empilèrent sur son bureau au point de constituer un gros volume. Comme on écrit tout de même pour être lu, le lecteur devenu « écrivant » proposa donc ses textes à quelques éditeurs. Les grandes maisons lui répondirent dans les deux mois qu’elles n’étaient pas intéressées.  Les petites maisons lui dirent la même chose, mais dans un délai d’un an et demi. L’une d’entre elles, cependant, précisa qu’elle n’éditait jamais de nouvelles mais que pour des textes de qualité, elle suggérait l’auto édition (à la même adresse). Intrigué, mais encore fort naïf, le pauvre lecteur devenu « écrivant » demanda pourquoi, si le texte était bon, l’éditeur ne le publiait pas lui-même. La réponse (immédiate) fut qu’il était impensable de publier des nouvelles d’un auteur inconnu car le méchant public ne s’y intéressait pas. Au mieux on acceptait des nouvelles de la part des auteurs « maison », mais encore fallait-il tricher sur la couverture et faire croire qu’il s’agissait d’un roman. Non, pour les nouvelles, il n’y avait qu’une méthode : se faire connaître en insérant des textes dans des revues.

 

Comme justement le petit éditeur en possédait une, de revue, et que cela tombait fort à propos, le lecteur devenu « écrivant » proposa donc une nouvelle. Elle ne fut pas retenue. Sans doute était-elle mauvaise, mais à vrai dire les autres qui étaient publiées dans la revue n’étaient pas très bonnes non plus. Il comprit alors que la revue demandait des textes à des auteurs locaux ayant quelque notoriété dans leur région, lesquels exécutaient à la va-vite ce travail de commande. Comme personne à part eux ne lisait la revue, ce n’était pas très grave.

 

Notre lecteur devenu « écrivant » (et beaucoup moins naïf) n’en continua pas moins à écrire des nouvelles. Les feuilles s’empilèrent de nouveau et constituèrent rapidement un deuxième volume. Il eut la sagesse de ne pas chercher à l’éditer et s’attela plutôt  à la rédaction d’un roman. Comme il n’écrivait que la nuit (la journée, il devait travailler afin de pouvoir acheter des feuilles et de l’encre pour son imprimante), cela lui prit un certain temps, mais il éprouva beaucoup de plaisir à cette occupation.

 

Ensuite, le manuscrit terminé, il l’envoya de nouveau à quelques grandes maisons qui, comme précédemment, lui répondirent dans le deux mois qu’elles n’étaient pas intéressées. Plus naïf du tout, il contacta pour s’amuser le petit éditeur qui ne publiait pas de nouvelles en lui disant en substance : « Comme vous me l’aviez demandé, me revoici avec un roman. » Trente-quatre mois après, il reçut une réponse du petit éditeur qui le prenait encore pour un niais car il disait dans sa lettre qu’il était débordé et que son programme était déjà complet pour plusieurs années. Il expliquait que le texte envoyé « n’avait pas résisté à l’écrémage inévitable » et ajoutait hypocritement que « la qualité de l’écriture était là mais qu’il lui fallait faire un choix parmi les bons manuscrits. » Tout cela afin de faire croire qu’il avait lu le texte du lecteur « écrivant », que ce texte  avait été en compétition avec d’autres et qu’il était même bon. Complètement déniaisé, le lecteur qui entre-temps avait renoncé à écrire éclata de rire.

 

Morale de l’histoire : pourquoi attendre aussi longtemps pour envoyer une réponse ? Pourquoi donner aux gens de l’espoir sur la qualité de leur texte alors que celui-ci n’a bien évidemment pas été lu ?

 

***


 

Dominique Autié a souvent défendu ici sa profession et c’est normal. Il n’en reste pas moins que la forteresse de l’édition semble imprenable à qui ne dispose pas des bonnes armes.

 

Pour être objectif, Feuilly tient à joindre un article du Monde.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-712472@51-688805,0.html

12:00 Publié dans Édition | Lien permanent | Commentaires (1)

lundi, 21 novembre 2005

L’écrivain porte conseil

Le ministre de l’Éducation nationale, Gilles de Robien, a installé dans leurs fonctions, le 8 novembre dernier, les neuf membres qui constituent le Haut conseil de l’éducation (HCE), instance indépendante qui doit remplacer le Conseil national des programmes (CNP) et le Haut conseil de l’évaluation de l’école (HCEE). Le rôle de cet organisme sera de  formuler des avis sur la pédagogie, les programmes, le système éducatif, la formation des enseignants.


On trouve parmi eux un conseiller-maître à la Cour des comptes, directeur du centre Georges-Pompidou ; un professeur des universités, ancien recteur et ancien directeur d’institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) ; un professeur des universités, inspecteur général de l’Éducation nationale (IGEN) et ancien recteur, ex-directeur de cabinet de Jack Lang alors ministre de l’Éducation nationale ; un professeur des universités, membre de l’académie nationale de pharmacie, ancien député UDF ; la directrice de l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme ; un professeur d’histoire, directrice de la rédaction du magazine L’Histoire ; un professeur à l’Institut des hautes études scientifiques, membre de l’académie des sciences ; le président de la banque BNP-Paribas, directeur du Comité pour l’école du Medef ; un inspecteur général de l’Éducation nationale (IGEN) devenu délégué à la communication au ministère de l’Éducation nationale.


Jusque là, on peut être étonné de ce que les mêmes personnes cumulent autant de fonctions, de titres et de responsabilités, mais on a l’habitude… On peut aussi s’interroger sur le fait d’accepter la cohabitation, quand on a été directeur de cabinet d’un ministre socialiste, avec un ancien député UDF mais on sait bien que, pour aller à la soupe, personne n’est jamais très regardant. On peut se féliciter de la présence du Medef ou la déplorer. Au fond, toutes ces personnes paraissent compétentes et l’on ne doute pas un instant qu’elles rempliront au mieux les fonctions qui viennent de leur être confiées.


Le plus curieux reste le dernier membre, qui est un écrivain médiocre (au sens premier du terme) et même très médiocre (toujours au sens premier). Il est par ailleurs président-directeur général des éditions de La Table Ronde, historiquement marquées à droite. Il est surtout l’ami personnel du président de la République, ce n’est pas un secret, il l’a toujours clamé. J’ai nommé Denis Tillinac. Que fait-il donc là ? Ce n’est pas moi qui trouverais étrange de nommer un écrivain dans une instance chargée de questions d’éducation. J’ai bien dit : un écrivain. Nommons Malraux, Vailland, Gary, Montherlant, Mauriac… On pourra discuter, contester même, ensuite, leurs positions et leurs avis, pas leur légitimité. Mais Tillinac ! Tillinac !

Quatrième épisode

Suite et sans doute fin de l’histoire de France Culture. Je ne vous infligerai pas un résumé des trois épisodes précédents (Chasse gardée, Précision, Suite de l’affaire de France Culture).  

 

J’ai écouté hier soir Projection privée de Michel Ciment, qui ne dure qu’une demi-heure. Trois voix (l’animateur et les deux auteurs de Sautet par Sautet), dans ces conditions, c’est déjà beaucoup et je me demande quel temps de parole aurait pu rester à chacun si j’étais allé participer à l’émission.

 

Pour ce qui est du contenu, je n’ai rigoureusement rien appris. Il est vrai que j’ai beaucoup étudié le sujet et que cela, sans doute, ne m’était pas destiné. Tout confirme que l’album est une boîte de chocolats pour Noël et qu’il utilise des entretiens déjà utilisés ailleurs. À part ça, Ciment a quand même fait trois erreurs en trente minutes. À la fin de l’émission, il a signalé mon « court essai » (sic) en une phrase. Je m’y attendais, et puis c’est l’usage, ça se fait. J’ajoute quand même que le « court essai » contient plus de texte que le gros album-gâteau-chantilly. Et ce texte, qui vaut ce qu’il vaut, c’est moi qui l’ai pondu, quand celui du gros album-barbe-à-papa est le résultat d’entretiens.

 

L’émission peut être écoutée cette semaine sur le site de France Culture.

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissio...

10:30 Publié dans Édition | Lien permanent | Commentaires (2)

samedi, 19 novembre 2005

Paul Fort l’oublié

À Dominique

 

Paul Fort, poète français né à Reims en 1872, fonde la revue Vers et prose qui publiera Apollinaire et Gide, excusez du peu. De 1896 à sa mort en 1960, il publie trente volumes des Ballades françaises, imitation du poème à forme fixe remontant au Moyen Âge, mais réinventant sa disposition typographique en évoquant la prose (voire les versets) et en s’autorisant l’apocope et l’assonance.

 

 

Par là, il crée dans ses textes une musique propre qui les apparente à la chanson et renoue ainsi avec la tradition populaire et orale de la poésie, depuis ses origines. Son œuvre fut publiée chez Flammarion et Pierre Béarn lui consacra en 1960, chez Seghers, un volume des « Poètes d’aujourd’hui » que Fort ne vit pas paraître.

vendredi, 18 novembre 2005

Au royaume des pseudonymes

Petit jeu du vendredi. Saurez-vous trouver les noms réels et-ou les pseudonymes de :

 

Dominique Aury ; Romain Gary ; Jean de Mesmaeker ; Fosco Sinibaldi ; Joseph Gillain ; Shatan Bogat ; Robert François ; Émile Ajar ; César Baldaccini ; Pierre Culliford ; Raimu ; Paul Eluard ; Julien Gracq ; Orane Demazis.

 

Il y a évidemment des indices et des pièges. Tout participant surpris en train de faire appel à la société de dépannage Google et fils sera interdit de jeu. Les réponses partielles ne seront pas prises en compte, naturellement.

 

Il ny a rien à gagner.

jeudi, 17 novembre 2005

La vie va… ¡ Viva la vida ! La vida que va… ¿ Porque te vas ?

Depuis des années, je ne m’étais plus risqué à pratiquer l’écriture automatique. Aujourd’hui, cela a donné ça.

Dans le fond de la brume amorphe, il y a des passions pour la forme, des courants compétents qui transitent au bout du fort grêlé de continu. Rire et bruit. Mousse en formation. Crevure épuisée d’époustouflants débris. Je morne, tu mornes, il morne. Le fer a tassé la confirmation du présent. Il y avait longtemps. Je tremble à la poste. Domaine privé dit le patient gardien et les morsures de son chien imaginaire ont enclanché la mauvaise foi du récitant. D’après les correspondances reçues, l’écriture serait suffisamment saucisse. Va savoir pourquoi le temps est juste et il est parti, le temps de s’en apercevoir. Il y avait longtemps, oui… Toutes ces questions posées sont des carottes. Mourons, s’il le faut, et passons la monnaie. Il tremble de peur, le canard vert.

07:00 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (5)

mercredi, 16 novembre 2005

Trace épuisée

Quand Martine a vu la douzaine de bannières proposées par l’ami Patrick Dalmasso pour notre blog, elle s’est exclamée, à l’ouverture de celle qui a finalement été retenue : « On dirait chez nous ! » Le monde est un livre.

 

Je peux penser le monde sans moi avant ma naissance parce que, par la culture ou simplement l’instruction, je sais ou je puis étudier ce qui s’est produit. Je ne peux pas penser le monde sans moi après ma mort parce que je n’aurai jamais de référent pour le faire. Malheureusement, plus j’étudie l’histoire du monde avant mon humble passage, plus se rapproche l’absence de référent pour après. D’un côté, le temps s’étire et m’éloigne de tout ce qui fut, de l’autre, le temps se contracte et me rapproche du but absurde parce qu’imposé. C’est curieux, cela : lorsqu’on se fixe soi-même un but, on a souvent toutes les peines du monde à l’atteindre ; celui qui nous est imposé, on y parvient tout seul, inéluctablement. C’est mal fait, n’est-ce pas ? Au vrai, le temps n’existe pas, c’est une invention des hommes. La durée existe, la nôtre, pas le temps. La durée, c’est notre empreinte à nous, notre trace épuisée dans la sueur du monde.

07:00 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (6)

mardi, 15 novembre 2005

Chocolats de papier

Voici revenu le temps des livres-boîtes de chocolats. Les gros albums bourrés d’images en couleurs (ou en noir et blanc s’il s’agit d’exploiter la nostalgie, laquelle, c’est bien connu, rapporte beaucoup) écrasent les tables des librairies. Le moins possible de textes, surtout ! Et le format le plus grand ! Le pire, c’est qu’ils sont beaux, ces ouvrages, on ne peut même pas dire le contraire…

 

Et touours l’imagination de l’édition française, jamais en retard d’un conformisme, d’une platitude. En quelques jours à peine, huit livres consacrés à Mitterrand – encore ne suis-je pas sûr de les avoir tous comptés ; je ne sais combien à Marie-Antoinette… Bah, oublions cet inventaire, non sans avoir noté que l’année du centenaire de Sartre, qui nous a valu une avalanche de publications et de rééditions, continue à produire, au fil des mois mais à un rythme plus raisonnable, des volumes nouveaux.

15:40 Publié dans Édition | Lien permanent | Commentaires (2)

lundi, 14 novembre 2005

Ben Barka

Le cinéma politique, en France, nous avait donné Yves Boisset et Constantin Costa Gavras. Il vient de nous apporter Serge Le Péron, qui a réalisé J’ai vu tuer Ben Barka.

medium_benbarka_20en_201965.jpg

Pour les plus jeunes d’entre nous, je précise que Mehdi Ben Barka était le chef de l’opposition marocaine, spécialiste des questions de décolonisation dans tous les pays. Il avait une grande influence et gênait beaucoup de monde, à commencer par le général Mohamed Oufkir, ministre de l’Intérieur marocain et la CIA, qui utilisait le Maroc comme tête de pont pour le contrôle américain de l’Afrique. On lui a tendu un piège en 1965, en lui faisant croire que le cinéaste Georges Franju allait tourner un film sur la décolonisation, à partir d’un scénario de Marguerite Duras, produit par Georges Figon. Il avait rendez-vous le vendredi 29 octobre 1965 avec les deux hommes à la brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain. En arrivant, il fut intercepté par des Français et enlevé. On ne l’a jamais revu, son corps n’a jamais été retrouvé. Ce qu’on a nommé « l’affaire Ben Barka » fit à l’époque un bruit considérable. Les services secrets français (SDECE) furent certainement mouillés dans l’affaire, le général de Gaulle dut aborder le sujet au cours d’une conférence de presse, ce fut une affaire d’État. Tous les protagonistes furent retrouvés morts au cours des années qui suivirent, jusque dans les premières années 80.

 

En 1972, avec L’Attentat, Boisset avait déjà évoqué l’affaire Ben Barka et connu, à l’époque, tous les ennuis possibles au cours de son tournage. Pourtant, il avait changé les noms. Aujourd’hui, le « secret-défense » qui couvrait ce dossier a été levé et Serge Le Péron propose un film aux personnages réels, sans changement des patronymes, retraçant toute l’affaire ou du moins ce qu’on en connaît.

 

Il ne le fait pas comme Boisset, à qui l’on a si souvent reproché sa lourdeur, sa façon d’appuyer, voire de caricaturer (encore que cela fut nécessaire). Il ne le fait pas comme le grand Costa Gavras (que les gens de mon âge appellent Costa tout court et qui lui conserveront à jamais sans doute leur estime et leur affection), en soulignant volontairement, voire en répétant : « Oui, je sais, je l’ai déjà dit, mais je vous en remets une couche, comme ça vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas compris, en sortant », le tout dans une mise en scène splendide et avec des moyens et un talent formidables.

 

Le Péron présente cette affaire politico-historique à la manière d’un film noir. La presse, avec son enthousiasme de circonstance et ses déplorables exagérations publicitaires, a trop rapidement évoqué Melville. Il ne faut rien exagérer. Melville, c’est l’épure, la stylisation, la mise en art, c’est-à-dire l’agencement, l’ordonnancement de la réalité à travers le regard du réalisateur. Serge Le Péron ne va pas jusque là. Il se contente d’un récit non linéaire avec inclusion de trois ou quatre cartons et ne crée pas un rythme personnel comme savait le faire Melville dans ses opéras glacés.

 

Ben Barka est joué par Simon Abkarian qui donne à l’homme politique une envergure et un charisme considérables. Jean-Pierre Léaud campe Georges Franju avec fièvre et inquiétude. Josiane Balasko est une étonnante Marguerite Duras, très convaincante (félicitations à l’équipe de maquillage). Charles Berling est Georges Figon, crapule un peu lâche, un peu veule, un brin vulgaire. Sa compagne, Anne-Marie Coffinet, est interprétée par Fabienne Babe, talentueuse, au visage intéressant. L’utilisation d’archives filmées est faite intelligemment, il y en a peu et leur montage est fait convenablement. La reconstitution est excellente – certes, cela ne fait pas un film – à part une boîte à lettres de rue qui est celle d’aujourd’hui, mais c’est vraiment minuscule.

medium_18450542.jpg

Lundi 31 octobre, une place Mehdi-Ben-Barka, située à l’intersection de la rue du Four et de la rue Bonaparte, à deux pas du lieu de sa disparition, a été inaugurée en présence de sa veuve.

Contrôle

L’ami Feuilly me signale un article du Monde diplomatique, intitulé « Contrôler Internet ».

http://www.monde-diplomatique.fr/2005/11/RAMONET/12901

09:50 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

vendredi, 11 novembre 2005

Il sait vraiment tout faire

La nouvelle bannière est signée Patrick Dalmasso, bien sûr.

23:03 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (4)

mercredi, 09 novembre 2005

La colère

Depuis plusieurs jours, je retarde la rédaction d’une note sur les événements actuels, afin de raison garder et de tenter d’écrire quelque chose de juste, à tout le moins de réfléchi. Je vais essayer de dire point par point ce que j’en pense, car ce qui s’écrit ici et là dans la blogosphère de droite et d’extrême-droite me fait dresser les cheveux sur la tête. Je ne prétends pas détenir la vérité, moins encore de solution. Ce qui se passe me terrifie et me remplit d’angoisse et d’horreur. Et pourtant, c’est notre devoir d’hommes libres et raisonnables de réfléchir.

 

La terminologie. Quoiqu’on puisse en dire et en écrire, il ne s’agit évidemment pas de casseurs. Il y a en ce moment des émeutes pures et simples. Une émeute, toute l’histoire le prouve, a toujours un fondement social et politique au sens large. Ce que ces émeutiers nous crient, c’est le refus et le désespoir. Ils le crient à leur manière, que je ne cautionne pas.

 

L’état d’urgence. Bien qu’on parle de couvre-feu presqu’uniquement, il s’agit de la loi de 1955 sur l’état d’urgence. Cette loi a été votée lors de ce que l’on n’appelait pas encore la guerre d’Algérie. Elle instaure entre autres le couvre-feu. C’est une loi qui est entrée en vigueur lorsque j’avais trois ans et que j’ai personnellement déjà connue, à Alger. Les choses de l’enfance sont ancrées si profondément en nous, vous le savez bien, qu’elles nous paraissent être la nature elle-même. Oserai-je l’écrire, le couvre-feu, pour moi, c’est (presque) naturel. Cela s’appelle un traumatisme, je crois. Tout cela pour dire que je ne suis pas particulièrement apeuré par cette loi et que je me demande cependant : l’état d’urgence est-il la bonne réponse ? Je ne le pense pas. Je ne vois pas ce que l’on pourra légalement faire si les émeutes continuent malgré le couvre-feu. Gronder les émeutiers : « Vous êtes dans l’illégalité » ? Ils le sont déjà, ce me semble.

 

L’assimilation à l’Islam. Il est trop facile d’assimiler des gamins désespérés (que je ne cautionne ni n’excuse, le dirai-je jamais assez), sans revendication autre qu’un désespoir hurlé d’une certaine manière, sans mot d’ordre et sans coordination, aux islamistes. Gardons-nous de cela. Il paraîtrait que des « Allah akbar » ont été criés. D’abord, nous n’y étions pas, et puis qu’est-ce que cela prouverait ? On peut vraiment crier n’importe quoi, sans parler de provocateurs très possibles…

 

L’attitude de la police. Je ne peux pas m’empêcher de penser que les CRS, il y a deux ans, étaient capables de courir après les manifestants au moment de l’affaire des retraites, y compris dans le hall de l’Opéra, pour taper à trois sur une femme à terre. Ils sont moins flambants aujourd’hui, semble-t-il. Au-delà de ce mauvais esprit, je remarque qu’on n’utilise pas les moyens qui, d’habitude, sont mis en œuvre contre de simples manifestants, du genre canon à eau. Quand, après 1968, le sieur Marcellin, ministre de l’Intérieur persuadé qu’il y avait un complot contre la France, interdisait les manifestations que nous faisions quand même, on usait parfois du canon à eau. Il est impossible de ne pas battre en retraite devant ça, sans parler du fait que l’eau calme les ardeurs guerrières, surtout à haute pression. Sans faire de victimes. Et puisqu’on évoque l’Algérie à propos de la loi de 1955, je m’étonne d’une chose. La presse nous dit qu’il est difficile de prouver l’implication des personnes arrêtées dans les incendies et les bagarres. En Algérie, justement, il y avait un système : le bleu de méthylène ou le mercurochrome dont on aspergeait les manifestants. Sinon indélébile, du moins fort long à disparaître. Ça vaut bien les traces d’essence sur les vêtements… Je dis cela très tristement, qu’on n’aille pas imaginer que je suis favorable au marquage. Je désire seulement montrer l’absurdité de ce qui nous est raconté. Ce qui m’amène tout droit au

 

Rôle des journalistes. En 1972, Le Pen totalisait 0, 4 % des voix. Trente ans plus tard, il était présent au second tour de l’élection présidentielle. Il a été fabriqué par le retentissement médiatique (je note d’ailleurs qu’il ferme obstinément sa gueule depuis le début des nuits folles). Ici aussi, je tiens que la « contagion » a été le fait de la presse et, surtout, de la télévision. On a interviewé des gamins (en changeant les noms) dans la presse écrite, on a vu l’un d’entre eux au journal télévisé. Il ne faudra pas s’étonner. Quant aux images d’incendies et de bagarres nocturnes sur fond de hauts immeubles, elles sont absolument interchangeables et je suis sûr qu’on pourrait – je ne dis pas que cela a été fait – présenter telle nuit à tel endroit pour telle autre nuit à tel autre endroit, le lendemain. Je n’ai aucune confiance en l’information qui nous est donnée.

 

Sarkozy. Ce monsieur qui n’a pas toute mon estime (litote) a certainement commis des erreurs dans la façon dont il s’est exprimé tous ces derniers temps. Ce n’est pas une raison pour le tenir pour seul responsable d’accumulations de bêtises effectuées depuis trente ans par tous les gouvernements du moment. Cela dit, il est visible qu’on le laisse actuellement en première ligne, afin de le perdre politiquement. Si, politiquement toujours, il disparaissait à la suite de cette histoire horrible, ce serait parfait. Mais cela ne réglerait absolument rien. Et j’en viens à me demander – peut-être suis-je un peu parano, mais j’en ai vu d’autres – si tout cela n’a pas été délibérément orchestré pour lui coûter sa carrière politique. Encore une fois, je ne souffrirais nullement de sa disparition de la scène publique, mais une manipulation de ce genre révèlerait un cynisme criminel. Je ne nomme personne, mais mon regard (air connu)…

 

Les morts. Oui, il y a eu des morts et j’espère de tout cœur qu’il n’y en aura pas d’autres. Il faudrait cependant – je rappelle que nous vivons dans un État de droit – ne pas confondre des personnes détruisant des biens ou des édifices publics avec les quelques uns qui, en un instant, sont devenus des meurtriers et qu’il faudra donc juger comme tels. L’opinion publique aujourd’hui mélange tout cela. Encore pourrons-nous nous estimer heureux si les pillages et les viols ne suivent pas. En temps d’émeutes, c’est chose courante.

 

Ces événements me bouleversent et c’est ce bouleversement même qui a causé mon silence de plusieurs jours sur ce point. Je rappelle que ma fille, professeur à Bobigny, a dans ses classes ces enfants-là, ou leurs frères, leurs cousins, leurs amis. C’est dire si je m’inquiète, à titre personnel aussi, de ce qui se passe. Fanny, sans doute, interviendra dans ce débat.

12:35 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (23)

lundi, 07 novembre 2005

Suite de l’affaire de France Culture

Après Chasse gardée et Précision, voici une note qui bouclera la trilogie.

 

J’ai feuilleté hier, à la librairie L’Écume des pages, boulevard Saint-Germain, le Sautet par Sautet de Binh et Rabourdin. C’est vraiment une boîte de chocolats pour Noël. Un énorme volume, très lourd, pas manipulable, et qui surtout reprend les entretiens ayant déjà servi au documentaire et au DVD de Binh. À première vue, rien d’inédit. Les très nombreuses photos sont déjà connues. Bref, rien de neuf, un livre a priori inutile, sous réserve d’une lecture plus attentive par mes soins, mais qui n’aura pas lieu tout de suite, l’ouvrage coûtant cinquante-trois euros.

 

La surprise vient de la bibliographie, par ailleurs fort incomplète. Il se trouve que mon petit livre de rien du tout y figure. Or, voilà : pour tous les autres ouvrages mentionnés, quelques mots, une phrase ou deux, précisent le contenu. Pour le mien, rien. Ce qui prouve bien qu’il n’est pas connu et que, selon toute vraisemblance, Ciment l’ayant reçu en service de presse l’a signalé aux auteurs ses amis, qui l’ont ajouté sans l’avoir vu. Or, je tiens qu’on ne peut écrire un livre sur quelque sujet que ce soit, sans avoir lu tout – je dis bien : tout – ce qui a déjà été dit sur la question. Je certifie que c’est ce que j’ai toujours fait.

 

La seconde surprise vient du libraire lui-même. Mon petit volume, toujours lui, qui avait été, dès son arrivée, placé au ras du sol dans un endroit jamais regardé par personne, ce même petit volume qui, la semaine dernière, ne se trouvait plus dans ce discret rayon, y était de nouveau hier. Incompréhensible. Je passe sur le fait que la couverture de chaque exemplaire (trois) est abîmée et donc que ces livres sont forcément invendables.

 

La troisième surprise vient de l’émission de France Culture dont nous avons déjà parlé. Cette émission, que je pensais à tort être en direct, est en fait diffusée en différé. Enregistrée vendredi 4 novembre, elle devait passer dimanche 6 à 22 h 10. C’est du moins ce qu’affirmait le programme donné sur le site officiel de France Culture. Curieux de tout, je m’installe hier soir pour écouter cette émission et j’entends la voix de Ciment annoncer… tout autre chose. Il a parlé de ce qui serait abordé, cité les noms des invités. Rien à voir, rien à voir, rien à voir.

 

Une histoire de fous. J’ajoute que Ciment, comme il fallait s’y attendre, n’a pas répondu à mon petit mot de l’autre jour. Je vous raconterai la suite, s’il en est une. La trilogie deviendra peut-être une tétralogie.

10:35 Publié dans Édition | Lien permanent | Commentaires (12)

dimanche, 06 novembre 2005

Il sait tout faire

Merci à lami Patrick Dalmasso pour la nouvelle bannière.

22:35 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1)

samedi, 05 novembre 2005

Gary parle

« Vivre entouré de chefs-d’œuvre, c’est s’accrocher d’une manière pathétique à l’immortalité. Chaque fois que je vais dans un musée et que je jette un coup d’œil à l’immortel, j’ai l’impression que la mort se marre. J’ai essayé de l’exprimer à travers le personnage de señor Galba dans Clair de femme, pour qui la Mort est un personnage toujours présent, presque visible. Malraux a passé sa vie à parler de l’immortel et de l’intemporel, mais au fond, il n’aimait vraiment que ses chats... On s’est toujours étonné de mon amour excessif pour les chiens : ils ont ceci de commun avec nous qu’ils ne savent pas ce qui leur arrive. Nous, on répond à cette ignorance par des chefs-d’œuvre et eux, en remuant la queue... Lorsque je vois un chien qui remue la queue à ma vue, je sens beaucoup mieux pourquoi je suis là que lorsque je vois la Joconde... »

 

Romain Gary ou le nouveau romantisme, entretien avec Jérôme Le Thor, dossier ajouté à Clair de femme, Cercle du nouveau livre, Taillandier, mai 1977.

20:35 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

mercredi, 02 novembre 2005

Grossièreté

« La grossièreté ne connaît ni frontières ni barrières nationales, ni classes ni races ; peut-être est-elle la seule incarnation vraie et complète de la fraternité de nos jours. Avec l’activité sexuelle et la faim, elle est la caractéristique la plus générale de l’espèce et le véritable lien entre tous les peuples du monde. Il suffit de voir les gosses dans les rues de Varsovie ou de New York, tout droit sortis de Graine de violence, d’observer comment les Français et les Italiens qu’on dit courtois au volant vous crachent leur haine ou de participer en tant que membres de l’opposition à quelque rassemblement politique pour mesurer que, sur le plan de la brutalité des manières, toutes les nations et tous les peuples, quels que soient leur credo religieux ou la couleur de leur peau, ont enfin acquis une unité, une liberté, une égalité et une fraternité, prouvant que l’humanité n’a pas rêvé en vain. »

 

Romain Gary, extrait de « The triumph of rudeness », Holiday, n° 30, juillet 1961 (traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat).

 

11:46 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (7)