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mardi, 20 juin 2006

Au passé

Passé pourri, écoute. Passé tête à claques, ordure dorée, quand tu débarques, ça m’insupporte. Mais le plus terrible, c’est lorsque tu ressurgis du fond du néant, au tournant des rues, miasme à deux yeux à peine ternis, mémoire du temps, fichier qui tue. Tu as une tête veule de profits et pertes. Parfois, dans ma tête ouverte, tu fais la gueule, tu me fais dire ta prière. Le plus affreux, c’est quand, en riant, quelqu’un apparaît après des années, mort-vivant, ombre que l’on croyait assassinée.

 

Passé de misère, crevure, tu es une poubelle qui s’ouvre et murmure. Le plus heureux, c’est quand je m’en vais vers l’aujourd’hui, sur l’avenue grise. Alors, je me sens plus vieux, mais la brise souffle à mon oreille un vent d’espérance et la liberté me prend, et je danse en te foulant aux pieds, toi qui tiens tes tripes en main comme le roi Renaud, de retour de guerre. Avec mes outils, je forgerai demain. On ne risque rien à piétiner la mort. Être en paix est ma seule science. J’ai laissé ma jeunesse au bout d’un pont dont j’ai même perdu le nom. Il est des choses qui s’oublient. Depuis, j’ai fait le tour des quais, regardé sous les piles tronquées, seule la pluie pouvait s’apercevoir. J’avais dû être distrait, égoïste, ou bien vouloir être libre, adulte, j’avais cru que je pourrais la retrouver, la rouvrir comme un livre. Mais elle a disparu dans la nuit. J’ignorais la prudence : les portes, on ne les ferme pas, même si elles donnent sur l’au-delà. Il faut conserver une clé, une clé-souvenir. De ma maturité, j’ai fait le tour des étés. Enfin, voilà ce qu’on croit… Mais en automne, mon corps s’aperçoit tel qu’il est aujourd’hui, avec des années monotones. Ma jeunesse ? Elle était idiote, mais elle avait l’œil vif. Je l’imprimerais bien sur des machines grandioses, en offset de la lune, en typographie de palais, sur japon du bonheur, sur vergé des jamais, sur vélin de l’amour. Je passerais ainsi le temps meurtri de ma destinée blanche. Je serais volontiers châtelain d’utopie. Ah, je la mettrais bien dans l’euphonie des mots, dans la belle lumière. Elle avait le sel des marées des villes, les dents des soirs devancés, les ports des quatre sourires, le sang qui flambe de satin, la peau des sables tranquilles, fraîchis par des vents graciles au soir pacifié, des mains qui sculptent le cristal caché. Au bout de tout cela, il y a l’automne que j’eusse rimé en deux vers, mais tu l’as enlisé gaiement dans ton marais.   

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