Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 03 avril 2006

Ainsi donc

Ainsi donc, pour la première fois dans l’histoire de la République, cinquième du nom, le Premier ministre est allé conférer avec le président de la République, au matin d’une allocution qu’icelui devait faire, pour se mettre d’accord avec lui sur le contenu de la susdite allocution.

 

Ainsi donc, pour la première fois dans l’histoire de la République, cinquième du nom, le président, aux ordres de son Premier ministre,  a promulgué une loi qu’il a rendue inutile, en recommandant lui-même de ne l’appliquer point.

 

Ainsi donc, pour la première fois dans l’histoire de la République, cinquième du nom, le Premier ministre s’est, par la voix du président, auto-désavoué, tout en assurant à la presse qu’il n’avait pas du tout le sentiment de l’avoir été.

 

Ainsi donc, pour la première fois dans l’histoire de la République, cinquième du nom, une loi, tout ce qu’il y a de plus valable constitutionnellement, régulièrement promulguée par qui de droit, publiée au Journal officiel, immédiatement applicable sur l’ensemble du territoire, est mise en sommeil en attendant qu’une autre loi vienne la modifier sur deux points.

 

Ainsi donc, pour la première fois dans l’histoire de la République, cinquième du nom, la majorité, par la voix du président de l'Assemblée nationale, va présenter une proposition de loi  pour modifier la loi existante. « Je souhaite que ce soit dans dix jours », a dit le président de l’Assemblée.  Bien entendu, ce projet de loi sera certainement voté puisqu’il est présenté par la majorité.

 

Ainsi donc, pour la première fois dans l’histoire de la République, cinquième du nom, une nouvelle loi votée par une majorité modifiera une loi votée par cette même majorité, à la demande du président de la République qui n’aura pas voulu s’aliéner le Premier ministre en le désavouant, alors que le Premier ministre en question a accepté sans le dire que son projet soit remis en cause sur deux points dont la majorité du peuple ne veut pas, donc s’est désavoué lui-même en disant qu’il ne l’avait pas été par le président.

 

Évidemment, ça doit avoir une drôle de tête, une incohérence pareille, à l’étranger. Vous savez, cet étranger dont, toute la journée, on nous répète qu’il a su moderniser (comprendre : revenir en arrière) et qu’il faut suivre son exemple (comprendre : baisser la tête et accepter).

 

Il est vrai que tout cela se passe dans un pays dont le président a été élu avec les voix de ses adversaires qui ont, à leur grand dam, voté pour lui.

 

Oui, c’est compliqué. Il faut suivre.

10:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (20)

Commentaires

Et j'apprends à l'instant que le ministre de la cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, refuse d'imprimer les formulaires-type du CPE, que les jeunes devront signer, en principe !

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 03 avril 2006

J'ai entendu dire aussi que ce serait la première fois qu'un Président dicte aussi évidemment le contenu d'une loi à un gouvernement et aux parlementaires. Plusieurs collègues en droit constitutionnel m'ont dit, que du point de vue strictement juridique et historique, le p'tit laïus vite torché était à s'arracher les cheveux, et que, du point de vue de la recherche en droit, il pourrait en naître des dizaines de thèse et des milliers d'article.

Jacques, avais-tu sérieusement imaginé un jour que Jacques Chirac deviendrait l'un des auteurs les plus étudiés dans les universités ? Je dois avouer avoir été pris de court, sur ce coup-là.

Écrit par : Guillaume | lundi, 03 avril 2006

J'en perds mes pluriels : "des dizaines de thèses et des milliers d'articles".

Écrit par : Guillaume | lundi, 03 avril 2006

Tiens, c'est vrai, je n'avais pas envisagé ce côté des choses... Chirac, sujet de thèse et de recherche. Qui l'eût cru ?

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 03 avril 2006

Plus inquiétant est, dans cette affaire, le rôle d'Arc-au-Zizi et l'importance grandissante qu'elle lui donne.

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 03 avril 2006

Là, je dois avouer que s'en remettre à un CHEF DE PARTI pour régler un problème qui relève de l'exécutif, c'est non seulement une première et une aberration anticonstitutionnelle, mais surtout le comble du non-gaullisme !

Écrit par : Guillaume | lundi, 03 avril 2006

On sombre encore plus dans le grotesque :
http://www.liberation.fr/page.php?Article=372066

Écrit par : Dominique | lundi, 03 avril 2006

Ah là, vraiment, ça atteint des sommets. Puisse cette gigantesque pitrerie déconsidérer à jamais toutes ces marionnettes indécentes !

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 03 avril 2006

Bonjour tout le monde !
Qui va à la manif aujourd'hui ?

Écrit par : Jul | mardi, 04 avril 2006

Moi, Jul, comme aux précédentes ; sans mérite : je ne travaille plus.

Écrit par : Martine Layani | mardi, 04 avril 2006

Quelques expressions des quotidiens, toutes tendances confondues : absurde, imbroglio, incompréhensible, bouffonnerie, hasardeux, mort-né, Père Ubu, château de cartes, à tort et de travers, embrouille, tricheur, abracadabrantesque, surréaliste, baroque, calamiteux, partie de bonneteau, crise de régime.
J'ajouterais encore ceci : haute trahison. Un président qui est censé faire appliquer la loi et qui demande de ne pas l'appliquer faillit à son devoir. Il est passible de la Haute Cour de Justice. On est arrivés à un point invraisemblable de confusion des rôles respectifs des institutions par des soucis opportunistes. La Ve République a implosé, cette République taillée sur mesure pour un seul homme n'a plus aucune raison d'être, même si sa fiction reste encore un peu en place.

Écrit par : Dominique | mercredi, 05 avril 2006

Si on laisse Dieu faire, et qu'il se mette à la mode des week ends, on est mal partis : les cinq jours de travail ont eu lieu ; les deux jours de repos... Il nous colle devant la télé ? :- ))

Écrit par : Martine Layani | mercredi, 05 avril 2006

Guillaume faisait justement remarquer que "s'en remettre à un CHEF DE PARTI pour régler un problème qui relève de l'exécutif" est le contraire du gaullisme. Cette place donnée aux partis était ce qui faisait hurler le Général et qu'il rendait responsable de la catastrophe de la IVe République.

Chirac, j'espère, ne pourra continuer à se prévaloir du gaullisme. Il est très étonnant d'ailleurs que Philippe de Gaulle continue à le respecter. Peut-être est-il maintenant un peu âgé.

Écrit par : Jacques Layani | mercredi, 05 avril 2006

François Bayrou (Grand Jury RTL) et Arnaud Montebourg (Le Parisien) ont les mots les plus durs pour cet effondrement complet de l'État et de la démocratie. Ce sont les seuls hommes politiques qui portent un diagnostic juste sur un régime qui ne tient plus debout. De toute manière, Chirac n'était déjà plus gaulliste depuis qu'il était parti à la conquête de l'UDR afin d'en faire sa base pour le pouvoir, il agissait comme un vulgaire rad-soc cassoulet. La fiction gaullienne aura été une parenthèse ou un accident dans l'histoire et il est temps de passer à une VIe République soit vraiment parlementaire à l'anglaise, soit vraiment républicaine à l'américaine, mais qu'on en finisse avec ce monstre créé pour un seul homme et rafistolé de toutes parts, avec des arrangements plus que douteux, et qui se termine en farce.

Écrit par : Dominique | mercredi, 05 avril 2006

A propos de farce, voir la note d'aujourd'hui.

Écrit par : Jacques Layani | mercredi, 05 avril 2006

Je serais vraiment très curieux de voir ce que donnerait une élection uninominale à la british en France, quel portrait en résulterait.
Avantage: fin des éternels complots et lobbying internes pour faire des alliances (sauf en cas de gouvernement minoritaire).
Désavantage: tout parti qui recueille moins de 11 ou 12 % a rarement ne serait-ce qu'un seul élu. Les libéraux en G.B. sont toujours marginalisés en Chambre alors qu'ils vont parfois chercher dans les 18 % des voix. Il y a même des perversions démocratiques qui en résultent: ainsi, au Québec qui a le même système, deux fois (1966, 1998) le parti ayant obtenus le plus de suffrages se retrouve dans l'opposition ! Bonjour la légitimité.

Écrit par : Benoit | mercredi, 05 avril 2006

Benoît, ce mode de scrutin n'a aucune chance en France car on a connu des représentations proportionnelles pour les législatives (proportionnelle au plus fort reste, proportionnelle par reliquats de listes, proportionnelle avec prime majoritaire, proportionnelle par circonscription) et que la proportionnelle existe toujours pour certaines élections (sénatoriales avec plus de trois représentants, municipales de plus de 5 000 habitants, régionales, européennes). On a toujours été plus proches du modèle allemand ou belge ou suisse sur ce point et on n'a jamais essayé le système anglais qu'une fois : juste avant l'ascension du général Boulanger (qui a failli faire crever la République faut-il le rappeler ?) On aussi réintroduit le scrutin uninominal à deux tours et mis fin à la proportionnelle départementale pour arrêter les poujadistes, mais tout cela c'est du bricolage ! Depuis Boulanger, on se méfie comme de la peste du scrutin uninominal à un tour et on tente de trouver une représentation la plus diverse. En revanche, le système constitutionnel anglais (indépendamment du mode de scrutin) est intéressant car les responsabilités sont clairement fixées. C'est la vision de Montebourg, mais moi je penche plus pour une constitution à l'américaine comme Chevènement. Les questions de mode de scrutin, c'est de la petite cuisine sur un petit réchaud comme disait de Gaulle. Le problème important, c'est celui des responsabilités et des initiatives ou des autorités. Et cela ne passe pas par un énième rafistolage de la constitution à laquelle on fait dire n'importe quoi à présent (et il faut liquider au passage la désignation des membres de ce conseil constitutionnel qui ont failli à plusieurs reprises).

Écrit par : Dominique | mercredi, 05 avril 2006

Au journal télévisé, à l'instant : Arc-au-Zizi veut "introduire une dose de proportionnelle" aux élections législatives.

Écrit par : Jacques Layani | mercredi, 05 avril 2006

Toujours du rafistolage, des compromis, de la petite tambouille, de la politique mode rad-soc IIIe République sans poser la question de la nature des institutions (enfin si, Sarkozy y a déjà répondu, il voit un président comme vrai Premier ministre, mais sans aucune responsabilité, ce qui est l'interprétation la plus délirante et la plus dangereuse que l'on puisse trouver de cette constitution devenue folle parce qu'on entre alors dans la pré-dictature).

Écrit par : Dominique | mercredi, 05 avril 2006

Je souligne combien mon estime pour François Bayrou, déjà élevée, va grandissant, car il fait partie des rares à s'élever contre la grande braderie anticonstitutionnelle de ces derniers temps.

Écrit par : Guillaume | jeudi, 06 avril 2006

Les commentaires sont fermés.