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jeudi, 05 janvier 2006

Quand Baudelaire fait rire

Baudelaire le tourmenté, celui dont le regard fait trembler les femmes (alors qu’il avait peur d’elles) ou les fait s’apitoyer selon les photographies que par ailleurs il détestait, Baudelaire n’est pas seulement cette grande âme triste que l’on croit, lui, le premier poète moderne, celui qui, de la boue du monde, fit de l’or.

 

Il existe des poèmes de circonstance très drôles. Ainsi, ces vers laissés chez un ami absent, datés « 5 heures, à l’Hermitage » :

 

Mon cher, je suis venu chez vous

Pour entendre une langue humaine ;

Comme un qui, parmi les Papous,

Chercherait son ancienne Athène.

 

Puisque chez les Topinambous

Dieu me fait faire quarantaine,

Aux sots je préfère les fous

– Dont je suis, chose, hélas ! certaine.

 

Offrez à Mam’selle Fanny

(Qui ne répondra pas : Nenny,

Le salut n’étant pas d’un âne),

 

L’hommage d’un bon écrivain,

– Ainsi qu’à l’ami Lécrivain

Et qu’à Mademoiselle Jeanne.

 

Cette assurance de voir son hommage accepté, « le salut n’étant pas d’un âne », me fait rire aux éclats. Comme d’ailleurs cette adresse rimée, qu’il faut oser imaginer inscrite sur une enveloppe :

 

Monsieur Auguste Malassis

Rue de Mercélis

Numéro trente-cinq bis

Dans le faubourg d’Ixelles,

Bruxelles.

(Recommandée à l’Arioste

De la poste,

C’est-à-dire à quelque facteur

Versificateur.)

Commentaires

En matière d'humour, rien ne vaut un bon dépressif. Kierkegaard aussi était très drôle et sarcastique. L'humour est un mécanisme de défense contre la souffrance.

Écrit par : Sébastien | jeudi, 05 janvier 2006

Notre dernière bouée ! Il faudrait pouvoir hurler de rire en se regardant dans la glace. Sans cesse.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 05 janvier 2006

Les adresses rimées sont vraiment une particularité du XIXe s. Je pense que Baudelaire suivait simplement un jeu littéraire et social fort répandu dans la bohème ; cela s'inscrit dans le registre des vers de circonstances (album, éventail). On conserve un certain nombre d'adresses rimées d'Alphonse Allais dans ses poésies complètes parce que l'on guettait ses bons mots. La Poste a édité aussi il y a quelques années les adresses en forme de quatrains par Mallarmé, il y en a plus d'une centaine et celle qui me plaît le plus fait rimer Verlaine et vers l'aine.

Écrit par : Dominique | jeudi, 05 janvier 2006

Bien sûr, le second poème était un jeu. Le premier, non.

Je connais les adresses rimées de Mallarmé, mais pas celle destinée à Verlaine (ou bien l'ai-je oubliée). Quid ?

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 05 janvier 2006

Je te lance mon pied vers l'aine
Facteur, si tu ne vas où c'est
Que rêve mon ami Verlaine
Rue Didot, Hôpital Broussais.

Écrit par : Dominique | jeudi, 05 janvier 2006

Oh, c'est excellent, vraiment. Merci.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 05 janvier 2006

Sur Poulet-Malassis:


http://baudelaire.litteratura.com/?rub=vie&srub=per&id=24

Écrit par : Feuilly | jeudi, 05 janvier 2006

Je recommande la notice biographique que tu signales, Feuilly. Outre les fautes de français et les coquilles, on y relève deux anacoluthes. Enfin, vive Coco Mal-Perché, quand même.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 05 janvier 2006

C'est le problème d'Internet, le meilleur cotoie le pire. Enfin, on a la photo de ce coco-là.

Écrit par : Feuilly | jeudi, 05 janvier 2006

Sourions d'un décalage : tous mes meilleurs voeux, Jacques et Martine !
(et pardon pour le retard)

(mais au fait, qu'entends-tu par premier poète moderne? Je croyais que c'était Rimbaud - que je préfère personnellement à Charles).

Écrit par : Richard G | jeudi, 05 janvier 2006

Allons allons, sans Baudelaire, Rimbaud n'aurait pas été le même. Il appelle d'ailleurs Baudelaire le "premier poète voyant, un vrai dieu". Mais, ajoute-t-il avec son incroyable culot d'adolescent, "la forme, tant vantée chez lui, est mesquine" (ou "vieillotte", je ne sais plus). Ben voyons.

La poésie moderne, en fait, commence avec Villon au XVe siècle. Mais, à proprement parler, elle s'ouvre en 1857, quand Baudelaire publie les Fleurs du mal, cognant ainsi à la porte du XXe siècle, avec une profonde angoisse. La filiation s'établit ensuite ainsi : Verlaine, Rimbaud, Apollinaire, Breton. Dans cet ordre, ils ont créé le XXe siècle.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 05 janvier 2006

Je connaissais les deux vers "Aux sots je préfère les fous..." et je suis ravie d'apprendre qu'ils sont de Baudelaire. Que je révère. Et je souscris à ta généalogie de la poésie moderne...

Écrit par : fuligineuse | vendredi, 06 janvier 2006

Je suis bien content d'avoir évoqué des vers de Baudelaire qui ne font pas partie des Fleurs du mal. Il en est d'autres, que je reproduirai bientôt.

Écrit par : Jacques Layani | vendredi, 06 janvier 2006

J'ignorais que Baudelaire eût inspiré Mallarmé, dont LES LOISIRS DE LA POSTE figurent en le tome 1 du Pléiade.

Avec un ami, je me livrais, il y a quelques années, à de semblables enveloppes à quatrains, et ça marche toujours. Vive la Poste !

Écrit par : Guillaume | vendredi, 06 janvier 2006

Si vous êtes enclin
À la tristesse,
Voici la seule adresse :
Rue Franklin.

Écrit par : Stéphane De Becker | samedi, 07 janvier 2006

Merci, Stéphane !

Écrit par : Jacques Layani | samedi, 07 janvier 2006

C'est à ces époux Layani,
Rue Franklin, vite, et au 14,
Quelque part, je pense, à Paris,
Qu'on porte ce mot, sans entorse.

Écrit par : Guillaume | samedi, 07 janvier 2006

Bravo, Guillaume.

Écrit par : Jacques Layani | samedi, 07 janvier 2006

Facteur à la paresse enclin,
Aux Layani (Martine et Jacques),
En ce 14 rue Franklin,
A Paris, apporte ces plaques.

Écrit par : Guillaume | jeudi, 26 janvier 2006

Ah, évidemment, la rime en acques, c'est dur. Remarque, il y a "tête à claques", aussi, qui me va très bien.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 26 janvier 2006

Facteur à la langueur enclin,
Aux Layani (Jacques, Martine)
En ce 14, rue Franklin
À Paris, porte ces lettrines.


?

?

Écrit par : Guillaume | jeudi, 26 janvier 2006

Ah mais "lettrines" ne rime pas avec "Martine", voyons.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 26 janvier 2006

Ne sois pas, comme Booz,
Endormi, facteur ! Porte ces écrits
Aux époux Layani Le Coz
Rue Franklin, 14, à Paris.

Écrit par : Guillaume | jeudi, 26 janvier 2006

Pour le pénultième : j'avais songé à "tartines" au sens de correspondance outrageusement prodigue de mots, mais ce n'était guère respectueux, quand même.

Écrit par : Guillaume | jeudi, 26 janvier 2006

C'est très rigolo, bravo Guillaume. J'aime bien.

Je te rappelle toutefois que la rue Franklin, c'est à Alger. C'est l'endroit où je suis né, chez mes grands-parents. Et que je ne vis pas à Paris, mais en banlieue.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 26 janvier 2006

Ô Mercure zélé
Chez Layani-Le Coz
Tu devras vite aller
Si tu tiens à ton prose.

Écrit par : Dominique | jeudi, 26 janvier 2006

Oh, excellent, ça ! Bravo ! Quel artiste !

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 26 janvier 2006

Eh bien, voilà ; j'avais raté l'explication pour la rue Franklin. (Tu as dû l'expliquer au début... J'ai mis quelque temps à prendre mes aises ici, mais maintenant, on ne peut plus me décoller, un vrai pochtron...)

Écrit par : Guillaume | jeudi, 26 janvier 2006

Eh oui, élève Guillaume, tu ne suis pas. Pourtant, tu fus invité dès le début, mais tu n'es pas venu pendre la crémaillère.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 26 janvier 2006

En fait, tu m'avais invité à l'adresse bidon que j'avais créée pour pouvoir tenir autant de blogs que possible chez le même hébergeur (1 seul blog gratuit par adresse électronique), d'où le retard au démarrage. Me suis-je un tantinet rattrapé ?

Écrit par : Guillaume | jeudi, 26 janvier 2006

Tu ne seras pas dispensé de tes heures de colle, toutefois.

Écrit par : Jacques Layani | jeudi, 26 janvier 2006

Les commentaires sont fermés.