Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 12 mars 2013

Demy, 6 : d’un opéra populaire à l’autre

 im ages.jpg

Pourquoi le film Une chambre en ville n’a-t-il pas reçu un accueil aussi enthousiaste que Les Parapluies de Cherbourg ? Tous deux sont des opéras populaires, tous deux sont entièrement chantés.

Comme de coutume, il n’y a pas de raison unique, mais un ensemble de causes.

La musique de Michel Colombier, magnifique partition, n’est pas aussi chantante que celle de Legrand. On ne peut pas isoler d’airs, détacher des « chansons » du contexte.

La lutte des classes « paie » moins, au cinéma – ou dans ce que les spectateurs de Demy attendent faussement de lui ? – que les amours malheureuses. Et pourtant, les amours malheureuses sont aussi présentes dans Une chambre en ville, ô combien.

Les grèves de 1955 aux chantiers navals de Nantes intéresseraient-elles moins le public que la guerre d’Algérie ? CV_03.jpg

Dans Les Parapluies, Geneviève est infidèle : elle se lasse assez vite d’attendre son amoureux parti à la guerre, emporte avec elle l’enfant qu’il lui a fait et épouse Cassard, qui donnera son nom à la fille de Guy. Cela serait-il mieux accepté que François Guilbaud abandonnant purement et simplement Violette enceinte de ses œuvres, au milieu d’un marché où l’on balaie les détritus ? Est-ce que, par hasard, le public ne saurait aimer Guilbaud après cet acte lâche, minable, la passion qu’il vit avec Édith ne le dédouanant pas, sa mort tragique ne l’excusant pas, celle d’Édith se suicidant sous les yeux de tous les protagonistes du film ne rachetant rien ?

On compte deux suicides (dont un particulièrement violent, sur le plan visuel) et une mort tragique dans la dernière partie du film : serait-ce trop pour être accepté ?

La stylisation d’Une chambre en ville est-elle plus grande que celle des Parapluies ? Ces grévistes qui lancent sur les CRS des pavés imaginaires, des pavés ramassés nulle part et qu’ils ne portaient pas dans leurs mains avant l’affrontement, seraient-ils moins crédibles que Guy et Geneviève montés sur le travelling et paraissant glisser, flotter dans leurs rêves d’amour, au lieu de marcher comme ils sont censés le faire ?

 images.jpg

Commentaires

Peut-être qu'effectivement, le côté tragique plus apparent, reste difficile à digérer, même sous de belles couleurs. La lutte des classes n'excuse pas le comportement de François. Il y a, comme dans la réalité, un mélange des genres, mais, voilà : ce n'est pas la réalité.

Écrit par : Martine Layani | mardi, 12 mars 2013

Il semblerait aussi que ce film révèle le malentendu attaché au succès des Parapluies, dont la gaîté, la joliesse de surface et l'émotion supposée facile ont caché aux yeux de la plupart la tristesse profonde, la noirceur amère du propos. Ici, la noirceur est visible, on ne peut pas faire semblant. La cruauté des Parapluies n'apparaissait pas. La cruauté d'Une chambre en ville éclate.
Peut-être encore pouvait-on s'identifier aux personnages des Parapluies (enfin, pour ceux qui veulent se reconnaître en tout) : on pouvait s'identifier à Mme Émery, on ne peut pas s'identifier à Edmond Leroyer.

Écrit par : Jacques Layani | mercredi, 13 mars 2013

Les commentaires sont fermés.